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Santé Canada pourrait permettre l'inoculation du coronavirus pour tester un vaccin

Il faudrait toutefois que les essais cliniques respectent des normes éthiques très rigoureuses, incluant l’accès à des traitements fiables contre la COVID-19, avertit le ministère.

Une femme tient un petit flacon portant un autocollant «Vaccin COVID-19» et une seringue médicale.

Il faudrait que les essais cliniques par provocation sur des humains respectent des normes éthiques très rigoureuses, avertit le ministère.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Compte tenu de l'urgence que représente la pandémie, Santé Canada pourrait approuver des études médicales où des participants en bonne santé seraient délibérément infectés par le SRAS-CoV-2 dans le but de tester l’efficacité d’un nouveau vaccin.

Cette méthode — surnommée étude de provocation — est rare et très controversée.

Contrairement à un essai clinique traditionnel, où les participants reçoivent un vaccin potentiel et attendent de voir s’ils vont naturellement contracter le virus, une étude de provocation consiste à injecter un vaccin au participant et ensuite à lui inoculer le virus que l'on veut combattre.

Des études de provocation ont déjà été utilisées dans le passé pour accélérer le développement de vaccins contre la typhoïde et le choléra, mais, dans certains cas, elles ont aussi donné lieu à de regrettables dérives médicales.

Les partisans d’une telle approche soutiennent qu’infecter des sujets humains en laboratoire dans des conditions contrôlées permettrait d’obtenir des réponses plus rapides et plus concluantes que la manière traditionnelle de tester de nouveaux vaccins.

Patty Hajdu debout en Chambre.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, à la Chambre des communes.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Dans une lettre envoyée à la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, plus de 200 scientifiques internationaux en faveur d’une telle approche ont expliqué qu’une étude de provocation accélérerait l’obtention d’un nouveau vaccin contre la COVID-19 de plusieurs mois.

Cette semaine, la Grande-Bretagne est devenue le premier pays au monde à annoncer des études de provocation portant sur la COVID-19.

Les signataires enjoignent le Canada à non seulement emboîter le pas à la Grande-Bretagne en permettant ce type de recherche, mais à être proactif en soutenant une production sûre et fiable du virus et en participant à l’installation d’un lieu de confinement biologique nécessaire pour loger les participants qui seront infectés.

Une femme se fait vacciner sur le bras gauche.

Les essais cliniques ont commencé pour un possible vaccin contre la COVID-19.

Photo : Medicago

Enjeux éthiques

Monique Lanoix, professeure à l’École d’éthique, de justice sociale et de services publics à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, rappelle qu’inoculer un virus à un humain soulève plusieurs préoccupations éthiques et émet plusieurs réserves.

C’est que l’on va causer un certain mal; prendre un risque avec les participants en leur donnant une maladie, dit-elle, remarquant au passage que le concept va à l’encontre du serment d’Hippocrate prêté par les professionnels de la santé.

On cause un certain danger à ces personnes-là.

Monique Lanoix, Université Saint-Paul, Ottawa

Pour qu’une telle méthode soit jugée éthiquement acceptable, il faudrait déjà avoir en main un traitement efficace ou un médicament qui pourrait soigner le patient, au cas où le vaccin se révélerait inopérant.

Or, dit-elle, ce traitement n’existe pas pour la COVID-19 qui est dans plusieurs cas une maladie mortelle, particulièrement sournoise, de laquelle on ne connaît pas encore grand-chose.

Le nerf de la guerre, c’est le consentement libre et éclairé, rappelle Emmanuelle Marceau, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, au département de bioéthique. Les gens [les participants] doivent à la fois savoir les risques liés au vaccin qui est à l’étude et les risques liés à la COVID-19.

« Ce type d’essai-là est une mesure exceptionnelle qui comporte des risques plus élevés que des essais cliniques normaux », insiste Mme Marceau.

Avant de permettre des essais sur humains pour la COVID-19, Santé Canada doit être suffisamment informé sur les risques liés au virus et comment les atténuer.

Santé Canada

Santé Canada soutient qu’elle donnerait son accord à une étude de provocation seulement si des normes éthiques extrêmement rigoureuses étaient respectées. L’agence cite en référence l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a récemment rendu publics des critères d’admissibilité éthique en matière d’essais cliniques sur des humains pour la COVID-19.

Dans une version précédente de ce texte, une citation a été erronément attribuée à Santé Canada alors qu'il s'agit dans les faits d'une remarque du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI).

Des voix s’élèvent

Santé Canada n’a pas encore reçu de demandes d’essais sur les humains pour la COVID-19. Par conséquent, aucun essai clinique de ce genre n’a encore été autorisé. Mais la pression pour obtenir un nouveau vaccin se fait de plus en plus sentir.

Une pétition (Nouvelle fenêtre), signée par 543 personnes, qui demande au gouvernement de se prononcer clairement sur les études de provocation comme méthode pour trouver un vaccin contre la COVID-19, a été déposée jeudi matin à la Chambre des communes.

La pétition a été présentée au Parlement par le député libéral de Thunder Bay—Rainy River, le Dr Marcus Powlowski, au nom de quelque 1600 Canadiens prêts à servir de cobaye en s'exposant au virus dans une potentielle étude visant à trouver un vaccin contre la COVID-19.

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