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COVID-19 : une 2e vague éprouvante pour le message du gouvernement Ford?

Un homme en complet ouvre une porte.

La deuxième vague de la pandémie laisse planer des doutes quant à l'efficacité du plan de communication du gouvernement Ford, selon des experts.

Photo : La Presse canadienne / Rene Johnston

Après sept mois de gestion de crise quotidienne depuis le début de la pandémie, nous avons demandé à des experts si le message de gestion de la pandémie du gouvernement Ford commençait à connaître des ratés et si ces erreurs avaient un impact sur la capacité de l'Ontario à lutter contre la COVID-19.

Contrairement à plusieurs autres premiers ministres des différentes provinces, Doug Ford a continué à faire des points de presse tous les jours depuis le début de la pandémie, il y a plus de sept mois.

M. Ford répète régulièrement qu’il se base sur un principe de transparence, affirmant que les Ontariens doivent savoir les mêmes choses qu’il sait.

Pour Geneviève Tellier, qui est professeure titulaire à l’École d'études politiques de l’Université d’Ottawa, en continuant les points de presse quotidiens, M. Ford dilue en quelque sorte l’impact de son message.

La plupart des premiers ministres ont réduit leurs nombres points de presse, ce qui leur permet d’augmenter la fréquence quand ça va moins bien, afin d’attirer l’attention de la population, M. Ford n’a pas cet outil.

Geneviève Tellier, professeure titulaire à l’École d'études politiques de l’Université d’Ottawa

Mme Tellier ne croit pas que de faire des points de presse quotidiens est une mauvaise chose en soi, mais elle croit que M. Ford a peut-être parlé un peu vite quand il a annoncé qu’il allait être là jusqu’à la fin de la pandémie.

Un retard coûteux

Pour Rob Goodman, qui est professeur adjoint au Département de politique et d’administration publique à l’Université Ryerson, le message et le ton des points de presse du gouvernement Ford ont été à la hauteur du sérieux de la situation.

Considérant la vitesse et les nombreux facteurs inconnus de cette pandémie, le gouvernement a utilisé le bon ton pour amener ces informations à la population, explique-t-il.

Il ajoute que la tâche de parler d’un sujet comme la COVID-19 constitue un défi colossal, ne serait-ce que pour garder les gens intéressés et les empêcher de passer à autre chose et pour que ceux-ci continuent de s’informer sur l’évolution des recommandations de la Santé publique.

M. Goodman affirme cependant que depuis le début de la deuxième vague, plusieurs facteurs font défaut dans le message du gouvernement.

Une femme devant une affiche expliquant le protocole de diagnostic.

Rob Goodman affirme que l'Ontario a pris du retard dans les mesures pour enrayer la deuxième vague.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui/CBC News

Tout d’abord, M. Goodman croit que le gouvernement a beaucoup trop tardé à réagir à l’arrivée de la deuxième vague d’infections en Ontario.

Le gouvernement a concédé qu’on était dans la deuxième vague un peu en retard, explique-t-il, affirmant que les gestes posés ont eux aussi connu un retard.

Si le message qui est porté par le gouvernement est important selon lui, il est encore plus important que les politiques du gouvernement soient les principaux facteurs de réduction de la propagation du virus.

Les discours ont leur limite. Ce qui est important, c’est que les endroits qui favorisent la propagation de la COVID-19 soient fermés, croit-il.

Il ajoute que tous les messages du monde ne peuvent pas rattraper le retard d’une action politique prise en retard.

Des points de presse qui ont changé

Selon Mme Tellier, les points de presse de M. Ford ont pris un tournant plus partisan à l’été, alors que le premier ministre a entamé sa visite de l’Ontario en août.

Doug Ford en point de presse.

Depuis l'été, les points de presse quotidiens du premier ministre de l'Ontario portent beaucoup moins sur des nouvelles impliquant la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Elle explique qu’à ce moment, le gouvernement a commencé à offrir un message plus partisan lors des conférences de presse censées porter sur la gestion de la pandémie.

Mme Tellier explique qu’un tel virage a des conséquences sur la perception de la gestion de la pandémie.

Il y a deux risques. D’abord ça peut diluer les messages. Aussi, ça risque de cabrer les partis d’opposition, qui vont se dire qu’on ne parle plus juste de pandémie et que la collaboration que le gouvernement veut peut s’effriter, explique-t-elle.

Elle ajoute qu’elle croit que la population pourrait être portée à moins écouter ces points de presse, ce qui pourrait ralentir la diffusion de l’information si la situation dérape, et nécessite un reconfinement plus drastique.

La professeure Tellier souligne que l’approche de transparence de M. Ford est par contre un changement important dans l’attitude du premier ministre. Selon elle, ce dernier avait autrefois plus tendance à fuir les médias, notamment au début de son mandat.

Les politiques avant les messages

M. Goodman affirme que l’efficacité des messages sur le lavage des mains, le port du masque, ou encore d’aplatir la courbe, semble avoir fonctionné rapidement.

Les gens ont compris ce qu’ils pouvaient faire pour réduire les chances de propager le virus, explique-t-il.

Mais selon lui, cette efficacité des messages peut être assez rapidement supplantée par certaines décisions ou certains événements.

Une affiche dit "mets à emporter seulement" devant un restaurant.

Selon Rob Goodman, fermer les salles à manger des restaurants est beaucoup plus efficace qu'un discours politique pour signaler à la population que la pandémie a empiré.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Il prend l’exemple du concept de bulles sociales, qui a été relativement bien compris par les Ontariens, avant que ce concept ne devienne totalement caduc lors de la rentrée scolaire.

Il ajoute que, selon lui, l’approche de la province fait porter la responsabilité de lutter contre la pandémie sur les citoyens, plutôt que sur de bonnes décisions politiques.

Si les restaurants sont ouverts, on envoie un message beaucoup plus fort qu’un discours politique que tout est permis pour les repas à l’intérieur.

Rob Goodman, professeur adjoint au Département de politique et d’administration publique à l’Université Ryerson

Selon lui, le poids des responsabilités de la lutte contre la COVID-19 doit reposer sur le gouvernement, et non sur la population.

Une chaîne d’informations brisée

Timothy Sly, professeur émérite au Département d’épidémiologie à l’Université Ryerson, affirme que la première victime de la gestion de la deuxième vague par le gouvernement Ford est la chaîne d’information sur la progression de la COVID-19.

Un travailleur de la santé utilise un petit appareil pour faire le test.

M. Sly affirme que, bien qu'imparfaits, les tests de dépistage rapides sont des outils pour augmenter notre niveau d'information sur la progression de la maladie.

Photo : Associated Press / Jeff Chiu

Selon lui, les insuffisances de dépistage qui ont été observées depuis quelques semaines vont avoir un impact important sur la capacité de la province à suivre le virus.

Une personne qui est diagnostiquée positive, c’est environ une semaine après son infection. Une personne hospitalisée, c’est peut-être trois semaines après son infection. Une personne sur respirateur, c’est peut-être cinq semaines après son infection, explique-t-il, en affirmant que le temps est un facteur critique si on veut suivre l’évolution de la maladie.

Selon lui, les gouvernements auraient dû mettre en place plus vite les tests de dépistage rapide de la COVID-19, puisque ceux-ci permettent d'avoir plus rapidement l'information nécessaire à une bonne prise de décisions.

Il ajoute que lorsque des messages des dirigeants découragent les personnes asymptomatiques d’aller se faire dépister, et que des informations cruciales sont perdues quant à la progression de la maladie.

Si vous invitez seulement ceux qui ont des symptômes ou qui ont été en contact direct avec des gens qui ont été infectés à se faire tester, on va observer un déclin dans notre source d’information sur la pandémie

Timothy Sly professeur émérite au Département d’épidémiologie à l’Université Ryerson

Selon lui, le gouvernement ne peut pas se fier aux informations qu’il reçoit présentement en raison d'un déficit d'informations, ce qui crée des retards dans les décisions.

Ayant travaillé pour la santé publique à Toronto pendant la crise du SRAS en 2003, M. Sly croit que le gouvernement ontarien n’a pas appris de ses erreurs en ne mettant pas assez l’accent sur le dépistage et le traçage des contacts.

Selon lui, si le gouvernement Ford a dû faire face à beaucoup d’imprévus depuis le début la pandémie, il aurait dû se fier à l’expérience du SRAS et trouver un moyen d’obtenir les meilleures informations possible sur la progression de la maladie.

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