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Acculés au mur, les organismes caritatifs se réinventent

Des milliers de personnes marchent à Ottawa.

La pandémie a conduit à l'annulation d'activités collectives de financement, ce qui a plongé de nombreuses associations dans des difficultés financières.

Photo : Société de la sclérose latérale amyotrophique du Québec

Environ 20 % des organisations à but non lucratif albertaines pourraient ne pas survivre à la pandémie, selon plusieurs organismes qui les chapeautent. Face à une demande toujours croissante et à des revenus qui disparaissent, ces associations doivent faire preuve d’ingéniosité pour continuer à survivre.

En juin, les activités communautaires auraient dû remplir le calendrier de la directrice de la Société de la SLA de l’Alberta, Karen Caughey. Le mois est consacré à la sensibilisation à la sclérose latérale amyotrophique et, normalement, les marches au profit de la société à but non lucratif se multiplient chaque fin de semaine.

Gros plan de Karen Caughey.

Karen Caughey est la directrice de la Société de la SLA de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Karen Caughey surnomme même cette période le mois à 1 million de dollars, mais pas cette année.

Nous avons eu 50 % de moins de marches et toutes nos activités communautaires ont été annulées [...] Nos efforts de collecte de fonds sont en baisse de 70 %, déplore-t-elle.

La société hésite à puiser dans ses réserves, ne sachant pas combien de temps la situation durera.

Des revenus en chute libre

Plus des deux tiers des associations ont constaté une baisse de leurs revenus d’au moins 30 %, selon un rapport d’Imagine Canada, un lobby dans le domaine caritatif.

Après six ans de ralentissement économique, la pandémie a frappé les organisations bénévoles d’autant plus fort en Alberta. Sur le site de la fondation de Calgary, plus de 300 associations locales présentent leurs besoins urgents, qui vont de quelques milliers de dollars à plus de 1 million.

Selon la présidente par intérim de la chambre des organisations bénévoles de Calgary (CCVO), Karen Ball, le problème n’est toutefois pas que monétaire. Les bénévoles, souvent des personnes âgées, se sont faits rares depuis la pandémie.

Le passage forcé au virtuel a également été plus difficile pour certaines organisations qui, soit n’avaient pas les ressources numériques en place, soit ne peuvent fonctionner qu’en offrant des services en personne.

Innover pour survivre

L’exemple des arts lui donne toutefois de l’espoir.

Nous avons vu dans ce secteur un immense degré d’innovation. Il n’a pas seulement déplacé les performances en ligne, mais aussi créer des spectacles en voiture, des concerts à la porte des gens, et même préparer des rassemblements intégrant la distanciation sociale, explique-t-elle.

L’innovation sera la clé pour maintenir le secteur à flot.

Karen Ball, présidente par intérim, CCVO

Pivoter est exactement le mot qui motive la petite équipe de la Société de la SLA de l’Alberta. Dans un sens, les malades pour lesquels ils se battent sont les champions du changement, puisque la SLA progresse rapidement et sans avertissement.

En un rien de temps, les groupes de soutien qui ne se tenaient qu’en personne ont été transférés en ligne. Nous avons pu joindre des personnes qui ne pouvaient pas se déplacer. Il y a de nouvelles activités qui perdureront, explique Mme Caughey.

Un tout nouveau système sans contact a été mis en place pour fournir le matériel de la société, les lits et les fauteuils roulants aux malades. Quant aux questions financières, la société s’attelle à une nouvelle campagne de financement basée sur les histoires des familles qu’elle aide.

Tout ne peut plus être gratuit

Calgary Reads, une organisation qui promeut la littératie des enfants, est un autre exemple du remue-méninges dans le domaine caritatif. La pandémie a fermé les portes des écoles ainsi que tous les lieux d’intervention de l’Association.

En quelques jours, des dizaines de bénévoles se sont mobilisés pour créer un pipeline de livres, un réseau pour récupérer les dons et les déposer à la porte des familles dans le besoin.

Gros Plan de Staecy Pinney en entrevue

Steacy Pinney ne manque pas d'idées pour générer de nouveaux revenus pour Calgary Reads.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Les finances sont cependant là où le bât blesse. L’annulation de l’énorme vente annuelle de livres et d’un tournoi de golf a privé Calgary Reads de 1 million de dollars de revenus sur un budget de fonctionnement de 1,5 million de dollars. Nous avons été touchés, et fort, résume la PDG de l’Association, Steacy Pinney

Calgary Reads a dû mettre à pied la moitié de son personnel, ce qui a aussi créé des occasions de revenus. Les bureaux sont devenus trop grands, un espace est donc à louer pour du cotravail.

Nous sommes déterminés à survivre.

Steacy Pinney, PDG, Calgary Reads

Le surplus de livres d’occasion accumulé pour la vente annuelle est maintenant à vendre dans un espace commercial du centre-ville. Malheureusement, cette librairie éphémère comptait sur le retour des employés au travail pour générer des revenus, ce qui n’est pas encore le cas.

Calgary Reads ne désespère cependant pas et multiplie les initiatives. Steacy Pinney choisit en ce moment un logo pour commercialiser des produits estampillés Calgary Reads.

Nous devons fondamentalement nous départir du traditionnel organisme à but non lucratif qui donne tout gratuitement. Nous ne pouvons plus faire cela, conclut-elle.

S’unir pour survivre

D’autres organisations ont décidé de fusionner pour réduire les pertes. Avec 26 000 organismes à but non lucratif en Alberta, plusieurs disent qu'il y en a trop.

Karen Ball met toutefois les gens en garde contre une solution qui peut paraître trop facile. Dans le secteur privé, on ne verrait pas deux entreprises en faillite s’unir, affirme-t-elle. De plus, les fusions exigent du temps pour marier deux cultures différentes, du temps que les organismes n’ont pas.

Karen Ball en entrevue.

Karen Ball plaide pour plus d'implication du secteur social dans les politiques de relance post-pandémie.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Mme Ball pointe plutôt du côté de l’aide financière. Localement, de nombreuses fondations ont offert de l'aide, mais, sur le plan provincial, c’est beaucoup moins le cas.

Le plan de relance provincial est à 100 % consacré à la reprise économique et oublie totalement le pan social. [...] Le secteur a besoin d’être à la table quand on parle de reprise parce que, si on veut reconstruire plus fort et mieux, nous allons avoir besoin du milieu associatif, affirme-t-elle.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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