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La bibliothèque publique de North Bay renvoie des livres en français

Pile de livres sur une étagère avec un livre ouvert et des livres rangés en arrière-plan.

La bibliothèque de North Bay affirme que les livres franco-ontariens n'intéressent pas ses clients.

Photo : iStock / percds

Jean-Loup Doudard

La bibliothèque municipale de North Bay a annulé une partie de sa commande de la maison d’édition franco-ontarienne Prise de parole, citant un manque d’intérêt pour ces ouvrages.

La maison d’édition de Sudbury envoie régulièrement des oeuvres de ses auteurs à plusieurs bibliothèques municipales, y compris celle de North Bay.

Or, deux livres de la dernière commande ont été renvoyés par l’établissement municipal : Jack est scrap de Denis Lord et le dernier roman de l’auteur sudburois Melchior Mbonimpa, Au sommet du Nanzerwé il s'est assis et il a pleuré.

La bibliothèque justifie ce renvoi par un faible taux de consultation des ouvrages, d’après une chaîne de courriels obtenue par Radio-Canada.

Nos clients francophones sont seulement intéressés par les histoires de familles canadiennes et québécoises.

Une employée de l'équipe d'acquisition de la bibliothèque de North Bay

Dans cet échange avec la maison d’édition, l’employée au département des acquisitions affirme que nous n’avons jamais de demandes pour les sujets de justice sociale, d’immigration, d’Autochtones ou d'œuvres non fictionnelles.

N livre sur une table

Ce roman de l'auteur sudburois Melchior Mbonimpa, où il est question du parcours d'immigration au Canada d'un jeune homme originaire de l'Afrique des Grands Lacs, est l'un des deux romans renvoyés récemment par la Bibliothèque publique de North Bay aux Éditions Prise de parole.

Photo : Radio-Canada

La bibliothèque a toutefois conservé les livres pour enfants envoyés par Prise de parole, mais exprime le désir d’annuler son contrat avec Prise de parole.

Le codirecteur général de Prise de parole, Stéphane Cormier, dit avoir été pris par surprise par ce qu’il qualifie d’une fin de non-recevoir.

De dire que les usagers n’ont que de l’intérêt pour ça et aucun pour le reste, ça dépasse un peu mon entendement, dit-il.

C’est là que ça me fait poser la question : "mais qu’est-ce qui est fait pour valoriser les collections de livres en français ?"

Stéphane Cormier, codirecteur général de Prise de parole

Si les ouvrages francophones ne sont pas consultés suffisamment, c’est à la bibliothèque d’en faire la promotion afin d’en augmenter la visibilité, dit-il.

Le président-directeur général de la bibliothèque, Ravil Veli, ne s’est pas rendu disponible pour une entrevue vendredi.

Une claque pour les francophones

Plusieurs francophones de la communauté de North Bay ont réagi vivement au renvoi des ouvrages de Prise de parole.

L’artiste et chroniqueuse de North Bay Justine Gogoua a pris la nouvelle comme une claque, dit-elle.

On doit avoir un espace pour notre littérature dans la bibliothèque de North Bay. Alors, dire qu’il n’y a pas eu de clientèle pour ça, je dis non! Il y a même un besoin!, affirme-t-elle.

Justine Gogoua admet toutefois qu’il y a une part de responsabilité qui revient à la communauté, qui doit montrer un intérêt envers sa bibliothèque.

Ce petit malheur temporaire, j’y vois une belle opportunité. Peut-être qu’il est temps que je prenne les livres de mes écrivains francophones, de la diversité francophone, et créer un café littéraire virtuel, reconnaît-elle.

La coordonnatrice en immigration pour le centre multiculturel de North Bay et districts, Imane Meddah croit pour sa part que le faible taux de consultation n’est pas un argument suffisant pour retirer des ouvrages francophones de la circulation.

Personnellement, je crois que la bibliothèque de North Bay[...], c’est le temple du savoir et de la connaissance et il est important que les livres et les ressources disponibles soient représentatifs de la diversité, de la culture de la communauté.

Imane Meddah, coordonnatrice en immigration pour le centre multiculturel de North Bay et districts

En ne se fiant qu’aux chiffres, la bibliothèque court le risque de réduire la capacité de la communauté de North Bay de comprendre cette population diverse qui vit dans la communauté, dit-elle.

Une tendance qui se répète

Une situation similaire est survenue au début de l’année, lorsque le réseau de bibliothèques municipales de Toronto avait décidé de retirer des milliers de livres en français de ses tablettes.

La Ville était finalement revenue sur sa décision à la suite de protestations de la part d’organismes francophones et de l’implication de la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly.

Le rôle des bibliothèques a beaucoup changé au cours des 20 dernières années, de sorte qu’elles doivent faire plus de promotion pour faire face aux autres formes d’arts telles que la télévision, dit Frédéric Brisson, directeur général du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.

À Toronto, comme à North Bay, comme ailleurs, les bibliothécaires ont un mandat de jouer un rôle beaucoup plus proactif dans leurs communautés, que de simplement suivre le courant et élaguer de façon très forte.

Frédéric Brisson, directeur général du Regroupement des éditeurs franco-canadiens

Le danger est de se fier de façon très mécanique aux chiffres et de ne pas se soucier de savoir si les titres sont bien mis en valeur, les titres sont bien valorisés, dit-il.

La maison d’édition Prise de parole ne compte pas cesser ses collaborations avec la bibliothèque de North Bay.

Stéphane Cormier se dit ouvert à appuyer l’établissement dans la promotion des œuvres francophones.

Avec les informations de Bienvenu Senga

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