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Catherine Voyer-Léger : parent en suspens

« C’est quoi, une famille d’accueil banque mixte? »

Catherine Voyer-Léger et Charlie sont dans un parc, à proximité d'une structure avec des jets d'eau.

Catherine Voyer-Léger et Charlie

Photo : Carl Gladu-Léger

Lorsque Charlie (nom fictif) a débarqué dans la vie de l’autrice Catherine Voyer-Léger, elle avait 15 mois.

Quelque part dans le labyrinthe bureaucratique de l’adoption, les chemins de Catherine et de Charlie se sont rejoints dans le programme de la banque mixte, il y a trois ans.

La banque mixte, c’est un programme de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Comme parent potentiel on est évalué autant comme famille d’accueil que comme parent potentiellement adoptant, explique celle qui est bien connue dans le milieu littéraire de l’Outaouais.

Ce que ça veut dire, c’est qu’on reçoit chez nous des enfants en famille d’accueil, dont tout nous indique qu’il y a peu de chances qu’ils retournent dans leur famille naturelle, ajoute-t-elle au détour d’une sortie au parc avec Charlie. Donc on est toujours disponible pour les adopter éventuellement.

Famille d’accueil banque mixte. Quatre termes abstraits, quatre morceaux de jargon administratif pour euphémiser des milliers d’histoires. Celles d’enfants ballottés dans l’incertitude d’un retour dans leur famille naturelle, à qui on a voulu éviter de vivre trop de déchirements. Des enfants en transit. Des vies en suspens.

Des histoires d’enfants qui, dans la grande loterie cosmique qui apparie les joueurs et les lots, attendent de piger un meilleur numéro.

Pour devenir famille d’accueil banque mixte, il faut être prêt à vivre avec le départ éventuel de l’enfant. C’est le risque de ce programme : que le vent tourne, et que l’enfant que l’on a pris sous son aile retourne vivre dans la famille dans laquelle il est né. Et combien de temps dure cette incertitude? Un à trois ans.

Lâcher prise

La maternité, Catherine en rêvait. Mais l’artiste avait choisi depuis longtemps d’abandonner l’idéal du couple.

La procréation assistée, elle préférait éviter. Et le processus d’adoption, ici comme ailleurs, fait peu de cadeaux aux mamans solos.

Adopter à l’international, c’est très compliqué quand on est soloparentale, explique-t-elle. Et adopter au Québec de façon ferme, c’est possible, mais on parle d’une attente de 7 à 10 ans. Moi, j’étais déjà rendue à 38 ans….

Avant de devenir famille d’accueil banque mixte, les candidats doivent traverser un long processus assez intrusif dans lequel on scrute leur parcours de vie sous toutes les coutures.

Catherine elle-même avait eu une petite enfance houleuse, dans l’ombre de la consommation, et avait vécu des dépressions. Tous ses démons, elle les a présentés à la DPJ.

Et ce n’est même pas quelque chose que j’ai trouvé dur! s’exclame-t-elle. Enfin, en évaluation finale, on mentionnait une petite fille d’un an, encore, et encore...

Charlie est enfin débarquée chez Catherine, trois mois plus tard. Surprise: l’enfant était aux antipodes de celle que Catherine avait été. Catherine avait été obéissante, timide et elle préférait les règles des jeux de société. À quatre ans, Charlie est une enfant exigeante, mais attachante, qui déborde d’énergie, fait parler les pions après 10 minutes de jeu, et qui remet en question tout ce que sa mère lui dit - tout!

Des moments précieux

Catherine l’admet en éclatant de rire : La meilleure métaphore que j’aie trouvée, c’est qu’élever un enfant, c’est comme essayer de mettre un drap contour sur un corps en mouvement, illustre-t-elle. Récemment, elle a recommencé à faire beaucoup pipi dans ses culottes, quand ça a été un combat de sept mois, la propreté, qu’on vient de gagner.

Sauf que : Je ne reviendrais pas en arrière, c’est sûr. J’aime notre vie à deux. J’aime le moment de l’histoire. J’aime le moment quand elle se réveille le matin en me disant une phrase très incongrue, comme ce matin, qui était : "Les momies, ça parle pas parce que c’est mort". Je ne sais pas c’était quoi son rêve, mais en tout cas: ça, je ne m’en passerais plus.

Aujourd’hui, Charlie a chez Catherine un placement en majorité.

En jargon administratif, cela signifie que les chances que la petite retourne chez sa mère biologique sont infimes. Ça fait trop longtemps qu’elle est avec moi. Personne ne pourrait trouver que c’est la bonne chose pour elle, de partir de chez moi quand elle est tout ce que je connais, et que je suis tout ce qu’elle connaît.

En jargon administratif, Charlie a enfin pigé le numéro gagnant.

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