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La pomme de terre à la conquête des Prairies

L’histoire de la culture de la pomme de terre au Canada est indissociable de celle de l’Île-du-Prince-Édouard. Or l’avenir de ce tubercule au pays se joue dans l’Ouest canadien.

Vue aérienne de deux tracteurs qui ensemencent un champ de pomme de terre dans un champ.

Quelque 30 000 hectares sont consacrés à la pomme de terre au Manitoba, soit 5000 de moins qu’à l’Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Evan Wiebe

Tous les ans, en août, la petite ville de Portage-la-Prairie, au Manitoba, célèbre la pomme de terre. Son festival attire des visiteurs de tous les coins de la province, qui viennent y déguster des mets préparés avec le populaire tubercule.

Cultivée dans la région depuis un siècle, la pomme de terre est devenue le moteur économique de la communauté.

Festival de la pomme de terre à Portage-la-Prairire, au Manitoba, août 2019

Festival de la pomme de terre à Portage-la-Prairie, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Sheldon Wiebe en est l’un des plus grands producteurs au Manitoba.

Comme son père et son grand-père avant lui, il cultive les pommes de terre à la ferme familiale sur plus de 500 hectares (soit 5 kilomètres carrés). 

Sheldon Wiebe, vêtu d'une chemise bleue et de jeans, marche vers nous dans un champ de pommes de terre, en regardant les plants verts à sa gauche.

Sheldon Wiebe a considérablement agrandi sa ferme afin de profiter de la demande de plus en plus élevée en pommes de terre.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Mais en 2019, il entreprend une expansion majeure : 200 hectares d’un coup s’ajoutent à la ferme.

Le contexte actuel est très favorable aux producteurs de pommes de terre qui veulent prendre de l’expansion.

Sheldon Wiebe, producteur de pommes de terre

Un ajout qui lui coûtera cher. 

Pour cultiver la pomme de terre dans l’Ouest, il faut irriguer. Et l’eau nécessaire pour alimenter ses nouveaux champs provient d’un puits qui se trouve à trois kilomètres. 

L'eau sort de deux tuyaux suspendus au-dessus d'un champ de plants verts, avec plusieurs tuyaux accrochés à un pivot d'irrigation à l'arrière-plan.

Pivot d'irrigation dans un champ de pommes de terre au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Sheldon Wiebe doit installer trois nouveaux pivots d’irrigation, ce qui lui coûte 750 000 $.

Puis il fait construire un nouveau bâtiment pour entreposer toutes ces pommes de terre additionnelles. Ce nouvel entrepôt hautement spécialisé, presque aussi grand qu’un terrain de football, lui coûte 5 millions de dollars.

Un homme pose une pièce en métal sur le plafond d'un grand entrepôt.

Le nouvel entrepôt était devenu nécessaire en raison de la hausse de la production.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

M. Wiebe n’a pas hésité à dépenser ces sommes importantes.

Car il est persuadé que l’industrie de la pomme de terre dans l’Ouest a le vent en poupe : Les investissements importants se multiplient, on le voit.

Simplot mise sur le Manitoba

La preuve : à 25 kilomètres à l’est de la ferme des Wiebe, l’usine de transformation du géant américain Simplot fait peau neuve.

Depuis 2003, la multinationale y transforme près d’un million de kilos de pommes de terre par jour en produits surgelés.

Un camion de construction passe sur une route de terre devant une usine à la façade bleue, blanche et jaune.

Le géant Simplot a procédé à d'importants travaux d'expansion dans son usine de Portage-la-Prairie.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

En 2017, Simplot décide d’agrandir cette usine, pour un coût de 460 millions de dollars.

La gérante de l’usine, Audrey Comte, explique que la demande pour les produits de pommes de terre surgelées augmente sans cesse.

Il y a une montée de la classe moyenne dans les pays émergents, plus exposée à la culture occidentale et au régime alimentaire occidental. D’où cet attrait pour les frites.

Audrey Comte, gérante d'une usine de transformation du géant Simplot

Des frites sont transportées sur tout un réseau de tapis roulants à l'intérieur d'une usine.

Production de frites à l'usine de Simplot, à Portage-la-Prairie.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

L’expansion permet à Simplot de doubler dans cette usine la production d’aliments surgelés, des produits surtout destinés à la restauration rapide.

Le Manitoba devient ainsi la pierre angulaire de la production à long terme de Simplot.

Production plafonnée à l’Île-du-Prince-Édouard

Depuis le 19e siècle, l’Île-du-Prince-Édouard est la reine de la production de pomme de terre au pays.

Elle y est cultivée sur plus de 34 000 hectares.

Vue aérienne d'un champ à la terre rougeâtre dans lequel un tracteur tire une récolteuse déposant des pommes de terre dans un camion.

Récolte de pommes de terre à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Radio-Canada / Shane Hennessey

C’était, pendant des décennies, presque deux fois plus que la surface semée en pommes de terre dans les autres provinces productrices.

Or le nombre d’hectares consacrés à la pomme de terre à l’Île-du-Prince-Édouard a plafonné, souligne Kevin MacIsaac, directeur général des Producteurs unis de pommes de terre du Canada : L’Est canadien a vu son industrie stagner, notamment en raison de la réglementation sur l’application des pesticides. Aujourd’hui, on a aussi tendance à penser que la pomme de terre pousse mieux dans un sol plus irrigué, ce qui est difficilement réalisable à l’Île-du-Prince-Édouard, puisque le forage de puits y est interdit.

Résultat : depuis dix ans, les transformateurs investissent surtout dans l’ouest du pays.

Vue aérienne d'une usine dans un champ avec une petite ville à l'arrière-plan

Usine de transformation de pommes de terre de Cavendish Farms à Lethbridge, en Alberta.

Photo : J.D. Irving

La société néo-brunswickoise Cavendish a elle aussi ouvert, en 2019, une nouvelle usine de transformation en Alberta, au coût de 430 millions de dollars.

Les nouveaux marchés de la pomme de terre étant surtout en Asie, les provinces de l’Ouest offrent un réel avantage en termes de transport.

Rendements plus élevés

Il y a aussi une question de rendement, selon Kevin MacIsaac.

Les semences se font plus tôt dans l’Ouest, ce qui permet aux plants de se développer plus rapidement. La période de croissance est plus longue et les plants tirent profit des longues journées ensoleillées du mois de juin. Ajoutez à ça un bon système d’irrigation, et le potentiel de rendement devient excellent.

Carte illustrée du Canada qui montre le rendement de la culture de la pomme de terre en Alberta, au Manitoba et à l'Île-du-Prince-Édouard.

Rendement de la culture de la pomme de terre en Alberta, au Manitoba et à l'Île-du-Prince-Édouard

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Vachon

Alors que le rendement moyen sur l’Île-du-Prince-Édouard est de 33 000 kilos de pommes de terre par hectare, la production au Manitoba est nettement plus élevée, à près de 38 000 kilos par hectare.

En Alberta, le rendement est plus important encore : 43 000 kilos par hectare.

La météo : un défi dans l’Ouest

À l’été 2019, Sheldon Wiebe s’attend à un excellent rendement dans ses nouveaux champs : On voit déjà des pommes de terre d’une belle grosseur, donc on est très optimistes pour la suite des choses.

Mais en septembre, des orages violents s’abattent sur le sud du Manitoba. Les champs se transforment en grandes étendues de boue.

Lorsque Sheldon Wiebe réussit enfin à entamer la récolte, en octobre, le travail est ardu. 

Un camion à côté d'une récolteuse de pommes de terre s'enlise dans la boue, avec un autre camion à l'arrière-plan.

Un camion s'enlise dans la boue lors de la récolte de pommes de terre, dans la ferme de Sheldon Wiebe.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

La machinerie s’embourbe. L’équipement encaisse un coup dur.

Les déplacements sont encore difficiles. Ça complique beaucoup la récolte.

Sheldon Wiebe, producteur de pommes de terre

La météo imprévisible à l’automne est l’un des défis importants pour les producteurs de pommes de terre dans les Prairies.

Deux tracteurs, les phares allumés, tirent des récolteuses dans un champ boueux la nuit avec des camions à l'arrière-plan.

La récolte de pommes de terre se fait dans des conditions difficiles à la ferme de Sheldon Wiebe.

Photo : Sheldon Wiebe

Kevin MacIsaac explique que la fin de saison souvent abrupte dans ces provinces augmente le risque de pertes. À l’Île-du-Prince-Édouard, on peut récolter les pommes de terre jusqu’au début de novembre. Mais dans l’Ouest, après l’Action de grâce, c’est pour ainsi dire terminé.

Sheldon Wiebe réussit tout de même, en octobre 2019, à tirer la quasi-totalité de sa récolte du sol.

La qualité est excellente.

Mais 2019 aura été, en quelque sorte, son baptême du feu. C’est la première fois qu’il cultive des pommes de terre sur une aussi grande superficie. Si on plante des pommes de terre, qu’on en prend soin, mais qu’en fin de compte on ne peut pas toutes les ramasser, on a un vrai problème.

Un avenir prometteur

Au printemps 2020, Sheldon Wiebe décide d’augmenter de 200 hectares de plus la superficie, qu’il sème en pommes de terre.

Les travaux étant terminés à l’usine Simplot près de chez lui, celle-ci veut acheter encore plus de matière première.

Si on a l’occasion de prendre de l'expansion, on ne veut pas la rater, nous dit Sheldon Wiebe.

En 2020, 24 000 hectares sont semés en pommes de terre en Alberta, tandis qu’au Manitoba, on atteint presque les 30 000 hectares. Cela représente 5000 hectares de moins qu’à l’Île-du-Prince-Édouard.

Mais avec des rendements par hectare nettement plus élevés, les provinces des Prairies sont sur le point de faire ce qui aurait été impensable il y a dix ans, soit devenir le berceau de la production de la pomme de terre au pays.

Tracteur dans un champ qui tire une récolteuse de pommes de terre, avec le soleil qui se couche à l'horizon.

Sheldon Wiebe estime que l'avenir est prometteur pour les producteurs de pommes de terre de l'Ouest du pays.

Photo : Evan Wiebe

En deux ans, Sheldon Wiebe aura presque doublé la taille de sa ferme.

Malgré les sommes faramineuses dépensées, il est convaincu que le rendement de son investissement vaudra son pesant d’or. La pomme de terre est au menu d’à peu près tous les repas. Et plus la population augmentera, plus il y aura de gens à nourrir. Alors, je pense que notre stabilité financière est assurée à long terme.

Le reportage de Marc-Yvan Hébert sera présenté à La semaine verte, samedi à 17 h sur ICI Télé, en rediffusion dimanche à 12 h 30.

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