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Un dernier tour de piste pour Kathleen Wynne

L'ancienne première ministre a annoncé cette semaine qu'elle ne sollicitera pas un nouveau mandat en 2022

Une femme devant un lutrin.

L'ex-première ministre Kathleen Wynne lors du dernier congrès à la direction du Parti libéral de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

ANALYSE | Bien des choses ont changé dans la vie de Kathleen Wynne dans les deux dernières années. D’abord, elle se fait plus discrète à l'Assemblée législative.

Son rôle dans l’opposition est certes beaucoup moins prestigieux. La députée de Don Valley Ouest ne vit plus dans sa circonscription du centre-ville. Elle a déménagé à la campagne. Les matins où la congestion routière est dense, elle doit conduire pendant plus deux heures pour se rendre à Queen's Park et s'acquitter de son rôle de députée. Un moment de solitude, idéal pour les balados, les émissions de radio, même les chaînes « ennemies », raconte l’ex-première ministre.

Parce que même si son parti a mordu la poussière le 8 juin 2018, Kathleen Wynne, elle, a été réélue.

Kathleen Wynne est au bord des larmes lors du discours devant ses partisans à la suite de la défaite de son parti.

Kathleen Wynne avait annoncé sa démission comme chef du Parti libéral de l'Ontario après sa cuisante défaite contre Doug Ford en 2018.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

C'est son devoir envers ses électeurs et une obligation envers son parti qui l'ont gardée en poste aussi longtemps. Il est plutôt inhabituel pour un ancien premier ministre de siéger aussi longtemps après avoir été délogé du pouvoir. Mais voilà que l'heure a sonné. 

Si vous êtes le premier ministre, c'est un grand honneur, mais d'être une députée, pour moi, c'était le premier honneur.

Kathleen Wynne, ancienne première ministre

C'est une décision très difficile. J'aurais aimé continuer, mais je crois fermement que c'est le temps pour moi de passe la torche, je ne sais pas c'est quoi le mot en français , lance Kathleen Wynne, suivi d’un rire. L'ancienne première ministre admet que son français s'est détérioré dans les deux dernières années. Elle le parle moins souvent.

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Lors de la période des questions, mardi dernier, Doug Ford a souligné les pages d'histoire qu'a écrites sa prédécesseure. Première femme à la tête de l'Ontario, première personne ouvertement gaie à diriger la province. Kathleen a été une pionnière à bien des niveaux. Je respecte votre service, je respecte les années que vous avez passées ici au service de vos électeurs. Alors merci, a déclaré le premier ministre, ce qui a déclenché une ovation de l'assemblée. 

Nous avons des divergences d'opinions sur les politiques, nous avons des perspectives différentes, mais en tant que personne, j'ai le plus grand respect pour vous. Vous avez déjà marché dans mes souliers.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

On aurait difficilement pu imaginer pareil hommage en 2018, dans les premiers mois qui ont suivi la victoire des progressistes-conservateurs. Kathleen Wynne était alors une cible de prédilection pour Doug Ford et ses ministres.

Doug Ford et Kathleen Wynne pendant un débat des chefs.

Doug Ford et Kathleen Wynne pendant un débat des chefs en 2018.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Puis le temps a passé, la pandémie a bousculé les priorités à Queen’s Park et comme bien des Ontariens, l'ancienne première ministre a remarqué le changement de ton de son successeur : Je crois que le premier ministre a développé un respect pour le travail, pour le poste de premier ministre, parce que la pandémie a été très difficile pour lui et pour tous les leaders dans le monde

Kathleen Wynne ne veut pas psychanalyser Doug Ford, mais elle admet que les deux politiciens ont maintenant une appréciation renouvelée l'un pour l'autre, avant de rappeler qu’un important fossé idéologique les sépare.

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Kathleen Wynne ne va tirer sa révérence qu'en 2022 ; elle entend aller jusqu’au bout de son mandat à l'Assemblée législative. Déjà, elle sait que la vie politique va lui manquer, puisqu'elle aime à peu près tout du travail de députée. Elle explique d'ailleurs avoir quelquefois négligé sa vie personnelle tellement elle aimait son boulot. 

Ontario Liberal Leader Kathleen Wynne is pictured between glasses as she speaks during a campaign stop at Crosscut Distillery in Sudbury, Ont., on Wednesday, May 23, 2018. THE CANADIAN PRESS/Nathan Denette

Kathleen Wynne lors d'une annonce dans une distillerie de Sudbury, le 23 mai 2018.

Photo : Radio-Canada / Nathan Denette

Après son départ de Queen’s Park, la politicienne veut trouver le moyen de s’engager auprès de la jeunesse, de leur parler de ses succès… comme de ses revers. Difficile d'oublier la flambée des tarifs d'électricité pendant ses années au pouvoir. Kathleen Wynne reconnaît sa mauvaise gestion du dossier, même si les décisions ont été prises de bonne foi. [L'électricité et Hydro One ] c'était des sujets très difficiles pour moi et mon gouvernement. Dans ces moments, j'ai décidé ce que je croyais être la meilleure décision, se rappelle l'ancienne première ministre. 

Elle avoue même avoir considéré démissionner en 2016, alors que son impopularité atteignait des sommets. Après réflexion, elle a choisi de rester plutôt que de trahir les électeurs qui lui avaient donné une majorité deux ans plus tôt. Une autre preuve de son caractère combatif. Avec les années, Kathleen Wynne s'est forgé une réputation de politicienne infatigable, qui ne jette rarement l'éponge et qui sait sortir les griffes lorsque la situation le demande.

La première ministre Kathleen Wynne

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick (Archives)

Quant à ses succès, l’ancienne première ministre mentionne le projet pilote sur le revenu garanti, qui a plus tard été annulé par Doug Ford, mais également des avancées plus modestes comme l’introduction d’une nouvelle carte d’identité du citoyen, du temps qu’elle était ministre des Transports. 

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Le gouvernement Wynne entretenait de bonnes relations avec à la communauté franco-ontarienne. Au nom de la province, l’ancienne première ministre avait d’ailleurs présenté des excuses aux francophones à propos du règlement 17. Une main tendue, afin de fermer ce chapitre noir de l’histoire franco-ontarienne pendant lequel l’enseignement et l’utilisation du français dans les écoles étaient interdits. 

La première ministre est assise à une table ovale avec la ministre des Affaires francophones Marie-France Lalonde et cinq autres personnes.é

La première ministre Kathleen Wynne de passage à Ottawa pour rencontrer des membres de la communauté francophone d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Gilles Taillon

C’est aussi sous son leadership que les bases de l’Université de l’Ontario ont été jetées. Une réalisation majeure, bien que l’ancienne première avoue que la réalisation du projet aurait pu se faire plus rapidement. Je suis triste en ce moment que nous avons un gouvernement qui ne respecte pas et qui ne fait pas attention à la francophonie , explique Kathleen Wynne. 

Comme pour l’Université de l’Ontario français et le démantèlement du Commissariat aux services en français, Kathleen Wynne ne peut s’empêcher d’être blessée chaque fois que le gouvernement Ford annule une des réalisations de son gouvernement. En ce moment, je vois que le gouvernement veut replacer les politiques que nous avons avancées, mais c'est une perte d’énergie. C'est plus facile détruire une situation, une politique. C’est plus difficile à reconstruire , se désole-t-elle. 

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Kathleen Wynne fait toujours de la course à pied. Un sport qui, avec les années, est devenu une marque de commerce. Maintenant qu’elle habite en campagne, ses sorties à l'aurore sont moins fréquentes ; les routes secondaires sont généralement mal éclairées et sont souvent trop sombres en matinée. Elle doit donc parfois se résigner et grimper sur son elliptique, une machine qu'elle n'apprécie pas particulièrement. Mais Kathleen Wynne est résiliente, dans la vie comme en politique.  

Kathleen Wynne qui fait du jogging.

Même en campagne électorale, Kathleen Wynne avait l'habitude de faire son jogging avant de débuter sa journée de travail.

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

Après 19 ans en politique provinciale, elle n'aura pas la finale qu'elle espérait. Or, on la sent tout de même sereine. Dans son bureau du quatrième étage, beaucoup plus modeste que celui qu’elle occupait lorsqu’elle dirigeait la province, elle continue de servir ses électeurs, avec fierté. Que j'ai été honnête, que je travaillais très fort et que j’ai fait le mieux que j'ai pu, voilà le souvenir qu’elle souhaite laisser aux Ontariens. 

Pour la suite des choses, l’agenda de Kathleen Wynne semble déjà se remplir. Elle a recommencé à écrire, elle veut profiter de ses petits-enfants, et elle laisse de la place pour d’autres projets. Qui sait? Je ne sais pas. Mais je suis ici, j’ai de l’énergie et je veux continuer à travailler et à supporter la démocratie et la politique en Ontario , raconte l’ex-première ministre. 

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