•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Raymond Bachand défendra l'industrie touristique québécoise

Raymond Bachand s'adresse aux journalistes

Raymond Bachand devient le président de la nouvelle Conférence économique de l’industrie touristique québécoise.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Comment relancer un secteur touristique terrassé par une pandémie qui n’a pas encore dit son dernier mot? Les grands joueurs de l'industrie ont décidé de s’allier pour avoir une plus grande marge de manœuvre auprès des gouvernements.

À la tête de la nouvelle Conférence économique de l’industrie touristique québécoise, l’ancien ministre libéral et avocat Raymond Bachand, qui parle de désastre, ne sous-estime pas la difficulté de la tâche. En entrevue à Radio-Canada, il nous livre quelques pistes de travail.

Le nouvel organisme qu'il préside est formé de 12 dirigeants, dont Alain April de l’Hôtel Le Bonne Entente, Janine Durette de La Ronde, Yan Hamel de Croisières AML, Patrice Malo de la Station Mont-Tremblant et Jacques Primeau de L’Équipe Spectra.

Il y a déjà l’Alliance de l’industrie touristique, Montréal International, les agences de tourisme… Pourquoi un nouveau lobby?

Pour deux raisons. L'Alliance de l'industrie touristique du Québec, c'est comme la Fédération des chambres de commerce, ça regroupe tout ce qui bouge dans l'industrie touristique, mais elle est financée en grande partie par le gouvernement du Québec. Alors, il y a comme un malaise à faire des revendications publiques envers Québec.

L'alliance a donc décidé de faire un comité-conseil en quelque sorte et composé d’entreprises pour dire : là, là, il faut porter le message sur la place publique et auprès des gouvernements d'Ottawa et de Québec. 

Ça vient d’une insatisfaction à l’endroit des gouvernements?

Non. Ça vient d'un besoin qui est tellement criant. Il y a eu de bons programmes gouvernementaux et 95 % de l'économie est remise sur pied. Mais un 5 %, en particulier le tourisme, est pris dans la crise jusqu'à l'été prochain, au moins tant qu'on ne sera pas vacciné.

Les solutions de court terme ne sont pas les solutions à long terme. L'industrie va se déstructurer. Je ne connais pas beaucoup d'entreprises qui peuvent survivre à 15-20 % de leurs ventes pendant 16 à 18 mois. Ça ne fonctionne pas. Il y a un besoin urgent d'aide. Et c'est beaucoup plus crédible quand vous avez les témoignages des hommes et des femmes qui vivent cette crise.

Vous estimez donc que l'aide n'est pas suffisante. N'est-ce pas là une insatisfaction?

On est rendu à une phase où on a besoin d'une aide différente et ciblée pour l'industrie. Les programmes existants ne suffiront pas à sauver l'industrie du tourisme de la catastrophe. Je pèse mes mots. Depuis deux semaines, quand je vois les états financiers des entreprises, c'est un désastre et c'est ainsi partout au Québec.

Les programmes mis sur pied ne répondent plus aux besoins d'aujourd'hui, parce qu'au printemps, personne ne savait que ça durerait aussi longtemps. Il y a des conséquences particulières sur les hôtels, les attractions, les événements, etc. À la station de ski du Mont-Tremblant, le tourisme étranger à Noël, c'est 50 % des ventes. Ce sera zéro cette année.

En 2020-2021, des pertes de revenus de 3,4 milliards de dollars, soit une baisse de 61 % du chiffre d’affaires, sont attendues pour les secteurs de l’hébergement et des attraits et services touristiques au Québec, selon une récente étude de RCGT Horwath HTL.

Qu'est-ce que vous proposez de novateur?

Trois aspects. Premièrement, la prolongation de la subvention salariale du gouvernement du Canada et la stabiliser à un niveau plus élevé.

Deuxièmement, une aide pour les frais fixes. En gros, ils représentent 25 % du chiffre d'affaires. Si vous avez 4 millions $ de ventes, ça fait 1 million de frais fixes : ce sont le loyer, les taxes, les assurances, les intérêts, etc. Et vous n'avez pas de cash qui rentre. Il faut absolument un soutien pour les frais fixes de la part du gouvernement canadien, et Québec devrait être complémentaire à ce que le Canada ne fait pas.

Troisièmement, il faut une facilité de financement plus costaude. Les programmes en général exigent une participation du privé et les banques ne vont pas dans ce secteur. Il y a une limite à l'endettement et elle va être atteinte un peu partout.

C'est une industrie qui va se déstructurer. Est-ce qu'on se dit : Tough luck, les entreprises ouvrent et ferment et c'est ça le capitalisme? Bien là, vous venez de réduire la capacité d'attirer les grands événements et grands congrès.

La place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal

La place Jacques-Cartier, dans le Vieux-Montréal, grouille habituellement de touristes en période estivale. Mais cette année, elle est vide à la fin du mois de juin.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Avez-vous des exigences par rapport aux frontières?

Nous ne sommes pas dans l'aérien. Nous ne sommes pas des spécialistes de la santé publique. On prend acte des décisions du gouvernement et on ne les conteste pas. Par contre, ça a des conséquences. En 2008, c'était une crise d'accès au financement. Là, c'est une crise de revenus; il n'y a plus de ventes. C'est dramatique.

Avez-vous l'impression que les gouvernements sont pleinement conscients de ça?

Aujourd'hui, oui. Les deux ministres Mélanie Joly, à Ottawa [du Développement économique], et Caroline Proulx, à Québec [Tourisme], sont très actives. À mon avis, c'est clair qu'on en a jusqu'à l'été prochain, et ça, c'est nouveau depuis cet été.

Il faut trouver une solution pour éviter que l'industrie soit détruite. Justin Trudeau a dit deux reprises qu’il envisage une solution spécifique pour l'industrie touristique au-delà des programmes actuels. Et l'espoir : Québec a fait quelque chose de spécifique pour la culture avec un remboursement de 75 % de la billetterie perdue sur les six prochains mois et pour les restaurants avec un remboursement partiel des frais fixes.

Vous êtes un ancien ministre du Québec [du Développement économique, du Tourisme et des Finances] et ancien représentant du Québec dans la négociation de l’ALENA. Votre profil est connu. Quelle différence peut apporter Raymond Bachand à cette conférence?

Au niveau de l'accès au gouvernement, c'est plus facile d'avoir une écoute et je suis quelqu'un de raisonnable. Je suis toujours des deux côtés dans ma tête. Je représente l'industrie, mais je comprends très bien les gens assis de l'autre côté et des finances publiques à gérer.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !