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En 2016, les Russes voulaient Trump; aujourd'hui, « l'engouement n'y est plus »

Les services de renseignement américains affirment une fois de plus avoir des preuves que la Russie manigance pour influencer le vote aux États-Unis, toutefois les relations entre les deux pays sont pires qu’elles l’étaient il y a 4 ans. Au dire du Kremlin, que Donald Trump ou Joe Biden gagne, cela n’a plus aucune importance.

Des poupées russes de Donald Trump à côtés de celle de Staline et de la place Rouge.

À Moscou, les poupées russes à l'effigie du président américain côtoient celles de héros du pays.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Si vous entrez dans n’importe quelle boutique de souvenirs à Moscou, vous les verrez aux premières loges parmi les babioles à vendre pour les touristes. Des poupées russes à l’effigie de tous les grands qui ont marqué l’histoire du pays, de Staline à Vladimir Poutine, en passant par le cosmonaute Youri Gagarine.

Et parmi les héros à l’honneur sur les étagères, il y a depuis quatre ans le président américain Donald Trump, tout comme des t-shirts, des tasses et des aimants sur lesquels le président russe Vladimir Poutine le tient à bout de bras.

Un aimant sur lequel on retrouve Vladimir Poutine portant un enfant ayant la tête de Donald Trump.

En Russie, le prétendu ascendant de Vladimir Poutine sur Donald Trump est fièrement mis en valeur.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Cette image de l’emprise qu’a Vladimir Poutine sur Donald Trump aura défini sa présidence depuis quatre ans et continue d’alimenter la joute politique aux États-Unis.

Mais quel avantage Donald Trump représente vraiment pour la Russie? La question demeure entière.

L'ironie, c’est que malgré un rapport chaleureux, voire d'admiration, entre les deux hommes, les relations entre les deux pays sont pires qu’elles ne l’ont été depuis la guerre froide, selon l’analyste Dmitri Trenin, directeur du Centre Carnegie de Moscou.

À mon avis, elles ne vont qu’empirer, peu importe qui est élu président. Si c’est Trump, on va accuser la Russie de l’avoir réinstallé et elle sera punie davantage. Si c’est Joe Biden, la ligne de confrontation russo-américaine s'étendra aux questions de politique interne, comme les droits de la personne et la démocratie, ce dont Trump se souciait peu, dit l'analyste.

C’est ce qui fait dire à Dmitri Trenin que l'engouement qui existait il y a quatre ans pour Donald Trump en Russie est chose du passé. Il y a, selon lui, une certaine passivité qui s'est installée à Moscou, comme dans le reste de la Russie.

En 2016, les Russes voyaient Trump comme un homme capable de réformer le système. Mais quatre ans plus tard, les attentes de la Russie ont baissé, il a beau être un personnage coloré, il est un président assiégé.

Dmitri Trenin, directeur du Centre Carnegie de Moscou

Le constat, selon lui, est clair : la Russie n’a pas d’amis dans l'administration américaine, ni dans les milieux politiques américains tout court, et elle s’y est habituée.

Les médias russes semblent eux aussi avoir déchanté. Notre équipe a été invitée sur le plateau de l’animateur Dmitri Kiselyov qui, tous les dimanches soirs, décortique l'actualité pour des millions de téléspectateurs russes. Celui que les médias occidentaux ont surnommé le propagandiste en chef du Kremlin parle de la campagne électorale américaine comme d’un spectacle de mauvais goût.

C’est comme du théâtre pour nous. La Russie est indépendante, et que Joe Biden ou Trump gagne, franchement, ça importe peu.

Dmitri Kiselyov, animateur
Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Plan large de l’animateur Dmitri Kiselyov, dans son studio.

Et que pense-t-il des allégations de Joe Biden, selon qui Donald Trump n’est rien de moins que le caniche de Vladimir Poutine?

C’est une joute politique interne aux États-Unis. La réalité, c'est que les États-Unis, sous Trump, ont imposé plus de sanctions à la Russie que sous n’importe quel autre président, ajoute l'animateur.

Et c’est dommage, franchement dommage, lance Nikas Safronov, en regardant la copie d’une toile qu’il a offerte au président Trump en 2016 pour le féliciter de sa victoire.

Nikas Safronov n’est ni politicien ni analyste, mais un célèbre peintre russe décoré par le Kremlin. Il a rencontré et peint les grands de ce monde, y compris tous les présidents américains depuis Bill Clinton. Nous l’avons rencontré dans un de ses studios du centre-ville de Moscou qui a les allures d’un musée.

Plan moyen de Nikas Safronov, dans son atelier.

Le peintre Nikas Safronov.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeev

Il décrit le président Trump comme un homme sympathique, impulsif et intelligent, ce qui pour un artiste est inspirant, dit-il. Mais Nikas Safronov ajoute qu’il était surtout convaincu que Trump allait changer la dynamique, et la perception que les Américains ont de la Russie. 

Il est lui-même un grand fan de notre pays et du président Poutine, mais malheureusement depuis quatre ans il a les mains liées par le Congrès. C’est la réalité politique, croit-il.

Les Russes indifférents, selon le Kremlin

Si le Kremlin semble dire que le résultat des élections importe peu pour la Russie en 2020, les sondages effectués auprès des Russes à quelques semaines des élections américaines lui donnent raison.

Seulement 11 % des personnes sondées ont déclaré qu’elles suivaient de près la campagne électorale aux États-Unis. 

Le même sondage indique que 43 % ont une opinion négative de Donald Trump, alors que 55 % affirment n’avoir jamais entendu parler de Joe Biden.

Le président russe Vladimir Poutine, qui s'était jusqu'ici abstenu de commenter l’élection américaine, a déclaré en entrevue à la télévision le 22 octobre qu’il est prêt à travailler avec Joe Biden en dépit de la rhétorique antirusse qu’entretient le candidat démocrate.

Lors du premier débat présidentiel en Ohio, Joe Biden a prévenu qu’il ne tolérera pas les manigances de Vladimir Poutine, en ajoutant que Donald Trump est le caniche du président russe.

Cela renforce notre prestige, a répondu Vladimir Poutine, car ils parlent de notre incroyable influence et de notre pouvoir.

Le président russe a toutefois tenu à souligner le désir de Joe Biden de négocier un nouveau traité pour le contrôle des armes nucléaires, ce qui à son avis pourrait servir de base pour un futur dialogue, s’il devait être élu le 3 novembre.

Et pour l’analyste Dmitri Trenin, éviter une collision militaire entre deux grandes puissances qui se disputent l'hégémonie demeure l’enjeu numéro un de l’agenda russo-américain.

C'est l'essence même de l'affrontement, la Russie est obsédée par sa propre souveraineté et pour les États-Unis, il n'y a pas de souveraineté, à part celle de l'Amérique, qui est importante, et cela ne changera pas.

Dmitri Trenin, directeur du centre Carnegie de Moscou

L'Amérique en déclin

Capture d'écran d'images montrant des policiers s'en prendre à des manifestants. En surimpression, est écrit « American way of life ».

À la télévision russe, le chaos et la violence aux États-Unis sont utilisés comme toile de fond de la campagne électorale américaine.

Photo : Radio-Canada

Mais en attendant que le peuple américain se prononce, vu de Moscou comme ailleurs, les États-Unis sont si divisés en 2020 que le Kremlin n’aura pas vraiment besoin de faire quoi que ce soit pour créer la zizanie… si tel était son objectif.

À la télévision russe, les images de chaos et d’émeutes dans les grandes villes américaines tournent en boucle, comme toile de fond à la campagne électorale.

À plusieurs égards, c'est comme si les rôles étaient maintenant inversés, dit l’animateur Dmiri Kisyelov.

On nous demande encore de se comparer au modèle américain, mais pourquoi? Nous sommes bien en Russie!

Dmitri Kiselyov, animateur

Si la campagne électorale aura été bénéfique pour le Kremlin, c’est qu’elle permet encore de dire aux Russes qu’ils n’ont rien à envier au peuple américain.

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