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Des résidents de l’Angle nord-ouest sont isolés de leur propre pays

Les quelque 120 habitants de l'Angle nord-ouest, au Minnesota, sont plus isolés que jamais, car même des visiteurs de leur propre pays ne peuvent y aller.

Une carte montre la situation géographique de l'Angle nord-ouest, à la confluence du Manitoba, de l'Ontario et du Minnesota, baigné au sud par un lac qui se situe à la fois en territoire américain et canadien.

L'Angle nord-ouest est une petite enclave américaine en territoire canadien, appartenant à l'État du Minnesota.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les Canadiens et les Américains ne peuvent se rendre dans l'Angle nord-ouest en ce moment. Ce petit territoire américain entouré du Canada se trouve isolé en raison de la pandémie.

Connue simplement sous le nom de l'Angle par les 120 personnes qui y vivent, cette petite parcelle de terre entre le Manitoba et l'Ontario fait en fait partie du Minnesota. Elle est entourée sur trois côtés par le Canada et par une étendue d'eau au sud. Son seul lien terrestre est sa frontière ouest avec le Manitoba.

L'Angle du nord-ouest (Northwest Angle) de l'État du Minnesota, un territoire de 300 km2 (soit un peu plus moins que Winnipeg) est une anomalie géographique, créée par des erreurs d'arpentage qui remontent à plus de 200 ans.

Aujourd'hui, les restrictions frontalières liées à la pandémie font en sorte que les visiteurs américains ne peuvent pas emprunter la route du sud-est du Manitoba pour se rendre dans cette partie isolée de leur propre pays.

Des quais vides à proximité de chalet en bois.

Les quais de la pourvoirie Jake's Northwest Angle à l’Angle nord-ouest, au Minnesota, étaient plus vides que d'habitude cet été. La fermeture de la frontière a empêché non seulement les Canadiens d'entrer dans le canton, mais aussi les Américains.

Photo : gracieuseté : Paul Colson

Cette interdiction est catastrophique pour les propriétaires de pourvoiries de la région, car plus de 90 % de leur clientèle ne peut s'y rendre.

Nous n’avons eu que sept groupes cet été, indique le propriétaire de la pourvoirie Jake’s Northwest Angle, Paul Colson.

À l’aube de la saison de pêche hivernale, des habitants implorent les autorités canadiennes d'exempter un tronçon de route de 80 kilomètres au Manitoba des restrictions de voyage, afin de permettre aux touristes du Minnesota d'entrer sur le territoire.

Une pancarte qui indique l'entrée d'un complexe hôtelier.

La pourvoirie Jake's of Northwest Angle accueille les touristes toute l'année dans cet endroit réputé pour la pêche.

Photo : Radio-Canada / Lizaville Sale

Les habitants ont eux-mêmes soumis des idées pour s’assurer que toutes les personnes qui entrent au Canada ne fassent pas d'arrêt en route vers la destination américaine, ajoute Paul Colson.

Nous avons lancé l'idée de véhicules d'escorte, d'amendes très élevées, de caméras, ainsi de suite, explique-t-il. Nous sommes prêts à tout pour pouvoir accueillir les nôtres dans notre coin de pays.

Nous ne demandons pas l'ouverture de la frontière, d'accord? Nous demandons que des Américains puissent se rendre de l’Amérique vers l'Amérique.

Paul Colson, propriétaire de la pourvoirie Jake’s Northwest Angle

Hormis les voyageurs essentiels, les seules personnes autorisées à entrer par la route sont les 120 habitants de l'Angle nord-ouest. Paul Colson mentionne que certains visiteurs ont traversé le lac des Bois en bateau, mais ce mode de transport n'est pas pratique.

Un homme et une femme assis dans leur salon montrent une carte.

Paul et Karen Colson possèdent le châlet de pêche Jake's of Northwest Angle, dans lequel ils accueillent les touristes toute l'année.

Photo : Radio-Canada

Paul Colson raconte qu’au courant de l’été certains véhicules avec des plaques d'immatriculation canadiennes sont entrés dans l'Angle nord-ouest pour se rendre par bateau dans une Première Nation voisine, où une installation de traitement des eaux est en construction.

Les travailleurs ont été autorisés à entrer aux États-Unis parce que leur travail est essentiel. Mais les voyageurs essentiels pour nous, ce sont nos touristes, dit Paul Colso. C'est comme ça que nous gagnons notre vie ici.

Le représentant du Minnesota au Congrès, le démocrate Collin Peterson, fait pression pour que le Canada change d'avis. Il souhaite que les Américains puissent traverser la frontière uniquement pour se rendre à l'Angle nord-ouest, mais le Canada hésite à accéder à cette requête.

J'ai essayé toutes sortes de choses. J'ai essayé de voir si, par exemple, on nous permettrait d'avoir une voiture de tête pour emmener un groupe, pour assurer que personne ne s'arrête, que personne ne sorte de sa voiture, explique Collin Peterson.

J'ai également suggéré que nous installions un traceur GPS sur les voitures lorsqu'elles quittent le poste frontalier, ajoute-t-il. Encore là, l’idée n’a pas été retenue.

On ne veut tout simplement pas d'Américains au Canada.

Collin Peterson, représentant du Minnesota au Congrès
Une affiche indiquant l'arrivée dans l'angle du Nord-Ouest.

Pour sortir du territoire, les résidents doivent informer les autorités canadiennes qu'ils sont sur le point de franchir la frontière. Ensuite, ils doivent parcourir environ 96 km pour traverser le Canada jusqu'à la frontière américaine, avant de rejoindre le Minnesota et la ville la plus proche.

Photo : Tony Webster/Wikimedia Commons

La fermeture de la frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis est entrée en vigueur en mars et a été prolongée à plusieurs reprises.

Et le gouvernement canadien n'envisage aucune exemption à la frontière du Minnesota pour atteindre l'Angle nord-ouest.

La décision de la mise en oeuvre de restrictions importantes à nos frontières a été difficile, mais nous savons qu'elles sont nécessaires pour assurer la sécurité de nos communautés tout au long de la pandémie, indique Mary-Liz Power, porte-parole du ministre de la Sécurité nationale, Bill Blair.

La situation est de plus en plus désastreuse pour la douzaine de pourvoiries de la région, affirme le directeur général du bureau du tourisme de Lake of the Woods au Minnesota, Joe Henry.

De son côté, le propriétaire du Young's Bay Resort, Richard McKeever, se dit chanceux parce que la majorité de ses réservations ont été repoussées à l'année prochaine.

Mais il avoue se sentir bien isolé ces jours-ci. On s’ennuie de nos clients, dit-il. On les voit année après année. Ce sont des amis. Sans personne autour, c'est vraiment étrange, c'est comme une ville fantôme.

Avec les informations d’Ian Froese

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