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La deuxième vague frappe de plein fouet les travailleurs de la santé en Gaspésie

Un panneau indiquant la direction à prendre pour se rendre au centre de dépistage pour la COVID-19 à Maria.

La Gaspésie est la région avec le plus haut taux de cas actifs de la COVID-19 au Québec.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Isabelle Damphousse

La deuxième vague prend par surprise les travailleurs de la santé de la Gaspésie. Ils sont deux fois plus nombreux à être atteints par la maladie comparativement à la première vague.

Des éclosions ont fait rage aux centres hospitaliers de Maria et de Gaspé, au CHSLD de New Carlisle et de Maria ainsi qu’à la résidence privée pour aînés Manoir Lady Maria de la même municipalité.

Le directeur régional de la santé publique pour la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, le Dr Yv Bonnier-Viger, constate que si le virus se propage, c'est qu'il y a eu des manques quelque part.

La semaine dernière, des employés de l’hôpital de Maria ont témoigné dans les médias sous le couvert de l’anonymat de manquements dans l’application des mesures sanitaires pour contrer la propagation du virus au sein de l’établissement de santé.

Cette sortie a suscité un branle-bas de combat au sein de l’équipe de direction du CISSS de la Gaspésie.

Deux rencontres ont été organisées vendredi avec les employés, les gestionnaires et les syndicats de l’établissement. Ce qui n’a pas empêché les équipes de fin de semaine d'être confrontées, une fois de plus, à des problèmes organisationnels avec un patient en détresse respiratoire.

La chambre à pression négative n’était pas disponible. Dans l’urgence, les équipes de soins ont dû déplacer le patient.

Il y a plusieurs facteurs humains là-dedans. Ce que moi je comprends, c'est que la chambre à pression négative qui aurait dû être disponible ne l'était pas nécessairement à ce moment-là. Ils ont dû se déplacer, indique le Dr Bonnier-Viger.

On était dans une urgence et il fallait intuber quelqu'un qui était en détresse respiratoire extrême. Je pense que les gens ont fait rapidement selon le mieux qu'ils pouvaient faire.

Dr Yv Bonnier-Viger, directeur régional de la santé publique pour la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine

Résultat : près d’une dizaine de patients ont dû être testés et placés en isolement.

On s’est aperçu qu’il y a un facteur de risque qui risquait d’avoir contaminé quelques patients dans la trajectoire, explique le Dr Yv Bonnier-Viger.

Dans une précédente version de ce texte, il était indiqué que quatre travailleurs infectés avaient été par la suite ajoutés au bilan de l’hôpital de Maria, et que la santé publique ne pouvait confirmer, pour des raisons de confidentialité, si ces infections étaient liées à cet incident. La porte-parole de la santé publique a toutefois précisé, samedi, que ces quatre cas n'y sont finalement pas reliés.

Hôpitaux vétustes

La direction du CISSS admet que les hôpitaux de la région sont vétustes et que les espaces de soins ne sont pas adaptés à la pandémie.

Des travaux ont été réalisés pour améliorer la ventilation dans les établissements, mais les taux de ventilation ne sont pas optimisés pour une pandémie, selon la santé publique.

Un panneau d'accueil à l'entrée du stationnement de l'hôpital de Maria.

Le ministère de la Santé reconnaît que les urgences de l'hôpital de Maria ont des problèmes de circulation croisée, de confidentialité, de visibilité des patients et d’ergonomie.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Dans la foulée des dénonciations des employés, la ministre responsable de la région, Marie-Eve Proulx, a annoncé en début de semaine par voie de communiqué un projet de réaménagement et de modernisation de l'urgence de l'hôpital de Maria.

Le ministère de la Santé reconnaît que l'urgence actuelle a des problèmes de circulation croisée, de confidentialité, de visibilité des patients ainsi que d’ergonomie.

Les travaux ne débuteront toutefois pas demain matin. Le CISSS de la Gaspésie a pour l'instant lancé les appels d’offres pour le programme fonctionnel. La réalisation des plans et devis se fera dans un deuxième temps.

En attendant, certains aménagements seront rapidement réalisés pour faciliter le travail des équipes durant la pandémie.

Les mesures sanitaires sont aussi rehaussées.

Un rapport de la CNESST déposé le 16 octobre recommande que tout le personnel de l’hôpital porte de l’équipement de protection oculaire lors d’interventions auprès des patients ou d’interactions entre travailleurs.

Le CISSS confirme avoir réajusté le tir à cet effet tout en spécifiant que l’organisation disposait de suffisamment de matériel.

Culture de l’omerta

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, n’hésite pas à dénoncer sur toutes les tribunes ce qu’il qualifie de problème de gouvernance au CISSS de la Gaspésie.

On a des allégations de toutes sortes, il y a des gens qui se sentent intimidés dans leur travail, des cadres qui ont été foutus à la porte, dit-il.

Selon lui, le manque de ressources dans la Baie-des-Chaleurs, accompagné d’une direction qui est assez dure avec les employés, crée une tempête parfaite dans un contexte de pandémie.

Les services à Maria, c’est une médecine attachée avec de la broche qui est sur le bord de la rupture des services parce que la COVID est entrée à l’hôpital.

Sylvain Roy, député de Bonaventure

La présidente-directrice générale du CISSS, Chantal Duguay, dit ne pas être gênée du climat de son organisation.

La culture de l’omerta, ce n’est pas notre culture, on a une culture de cohérence organisationnelle, a-t-elle mentionné lorsqu'elle a été questionnée en marge du conseil d’administration du CISSS, cette semaine.

Elle reconnaît que la communication est l’enjeu principal de toute la pandémie, tout en précisant qu’elle est à la recherche de deux infirmières sur le territoire de la Baie-des-Chaleurs pour compléter l'équipe SWAT du CISSS de la Gaspésie, qui est responsable de faire la vigie en prévention et contrôle des infections.

Pour l'instant, aucune infirmière n'est attitrée à cette région.

La vice-présidente du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l'Est-du-Québec (SIIIEQ), Annie Bélanger, dit que très peu de travailleurs se sont présentés aux rencontres organisées par la direction la semaine dernière, par peur de représailles après avoir dénoncé leurs conditions de travail dans les médias.

Elle souhaite que le ministère vienne voir ce qui se passe sur le terrain en Gaspésie.

En ville, on a eu besoin de l’armée pour donner des soins, peut-être qu’ici on aura besoin de l’armée pour donner un ordre d’opération.

Annie Bélanger, vice-présidente du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l'Est-du-Québec

Malgré la progression de la COVID-19 en Gaspésie, la direction de la santé publique songe à rétrograder les municipalités de Nouvelle, Carleton-sur-Mer et Maria au palier orange. Le nombre de cas est en baisse dans ces trois municipalités de la Baie-des-Chaleurs qui sont en alerte rouge depuis le 5 octobre.

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