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Analyse

Dernier débat présidentiel américain : un match nul, une occasion ratée

Les deux candidats sont derrière leur lutrin.

Les candidats Joe Biden et Donald Trump lors du dernier débat présidentiel, qui a eu lieu le 22 octobre 2020 à Nashville, au Tennessee.

Photo : Getty Images

Plus calme, plus discipliné que le premier affrontement Trump-Biden mais sans véritable vainqueur, le dernier débat présidentiel américain ne changera sans doute pas la dynamique de la campagne ni l’issue de l’élection.

Il aura fallu une mesure extrême : éteindre le micro de celui qui n’a pas la parole pour obtenir finalement un débat à peu près normal dans lequel les candidats parlent l’un après l’autre et non pas l’un par-dessus l’autre. Il aura fallu, aussi, menacer d’expulser ceux qui ne portent pas de masque pour obtenir des proches de Donald Trump qu’ils se couvrent le visage dans la salle.

Il aura fallu, enfin, beaucoup d’insistance de la part des conseillers du président pour que ce dernier réprime ses instincts et accepte de baisser de plusieurs crans son niveau d’agressivité envers son rival par rapport au premier débat; pour qu’il se retienne de sauter à la jugulaire de Joe Biden à chaque occasion.

En un mot, Donald Trump avait pour mission d’apparaître un peu plus présidentiel pour essayer de rallier les derniers indécis à moins de deux semaines du vote. Après un premier face-à-face tendu et cacophonique en septembre et un deuxième duel annulé pour cause de coronavirus, c’était le dernier débat de la campagne.

La dernière chance pour le président sortant de convaincre les Américains qu’il mérite un deuxième mandat. Une occasion à ne pas rater de parler à tout le pays alors que le président accuse un retard significatif sur son rival sur le plan national, mais également dans bien des États clés.

En ce sens, autant l’enjeu était très élevé pour Donald Trump, autant la barre était basse. Il lui suffisait de se discipliner un peu pour faire une bien meilleure impression que lors du catastrophique premier débat. Ses proches conseillers se frottent les mains. Donald Trump a réussi à se maîtriser; à mieux défendre son bilan et à mieux cibler ses attaques. Il a même réussi à déstabiliser Joe Biden en le présentant comme un politicien de carrière qui, en plus de quatre décennies, a beaucoup parlé, mais a peu accompli.

Est-ce que cela sera suffisant pour changer la dynamique de la campagne? Rien n’est moins sûr.

Au terme de ce débat, il ne reste plus que 11 jours avant le scrutin. C’est peu. Surtout que 48 millions d’Américains ont déjà voté par anticipation. Donald Trump a perdu du temps précieux en convalescence à se remettre de la COVID-19. Il a surtout perdu beaucoup de temps à mener une campagne stérile centrée sur les 42 % d’électeurs qui lui sont déjà acquis plutôt que d’essayer d’élargir sa base.

Donald Trump raffole des grands rassemblements partisans et il mesure son succès au nombre de partisans qui se déplacent pour entendre ses longs discours, souvent décousus, dans lesquels il fait son propre éloge et insulte ses rivaux. Mais l’efficacité de sa campagne reste à prouver. Car le message, un peu diffus, tourne en écho dans la caisse de résonnance de la sphère trumpiste sans atteindre un nouvel électorat.

Et cela coûte cher; le parti républicain a dilapidé en quelques mois son trésor de guerre sans décoller dans les sondages. Pire, les démocrates récoltent aujourd’hui deux fois plus de fonds que les républicains, ce qui leur permet d’inonder de publicité les ondes des stations locales dans les États clés.

Une occasion ratée

Les épouses des candidats sont montées sur scène après le débat.

Le président des États-Unis, Donald Trump (à gauche), et le candidat démocrate Joe Biden (à droite) ont été rejoints sur scène par leurs épouses respectives, Melania Trump et Jill Biden, après le débat.

Photo : Reuters / MIKE SEGAR

En ce sens, le dernier débat était une aubaine à ne pas laisser passer pour Donald Trump. Du temps d’antenne gratuit, sur toutes les chaînes, lui permettant de s’adresser à tous les Américains.

S’il a passé le test de la maîtrise de soi, il a commis une grave erreur en ne comprenant pas ou en refusant d’admettre que cette élection est en fait un référendum sur sa performance en tant que président; et notamment sur sa gestion de la pandémie.

Il avait pour mission de défendre son bilan et de présenter aux électeurs américains le programme qu’il entend appliquer au cours d’un deuxième mandat. Ceux qui espéraient en apprendre davantage à ce sujet sont restés sur leur faim.

Donald Trump devait aussi à tout prix faire preuve d’empathie pour enrayer sa chute de popularité auprès des électrices blanches des banlieues et des chrétiens évangéliques. Mais il a raté une bonne occasion de le faire en parlant des 545 enfants migrants toujours séparés de leurs parents, se bornant à dire qu’ils sont bien traités, sans reconnaître le côté inhumain de cette situation.

Les deux candidats ont commis des erreurs

Les clients d’un bar suivent le débat présidentiel entre Donald Trump et Joe Biden.

Des téléspectateurs suivent le dernier débat entre les candidats Donald Trump et Joe Biden, le 22 octobre 2020, à San Antonio, au Texas.

Photo : Getty Images / Sergio Flores

Il a aussi commis quelques gaffes, comme lorsqu’il s’est vanté d’être la personne la moins raciste dans la salle… face à la modératrice Kristen Welker, une Afro-Américaine. Il a enfin tendu une perche facile à Joe Biden en disant qu’il fallait apprendre à vivre avec le coronavirus; son adversaire s’empressant de préciser qu’on en mourrait.

Joe Biden aussi a fait des bourdes. Sa mention de la fin progressive du pétrole lui coûtera certainement des voix au Texas et en Pennsylvanie. Mais, en avance dans les sondages, le candidat démocrate a moins le couteau sous la gorge que son rival. Il devait seulement éviter de se disqualifier totalement auprès de l’électorat au cours de ce débat.

Le duel a donc donné lieu à un match nul.

Ce débat, plus policé, sans grand relief, risque donc de n’avoir que très peu d’impact sur le cours de la campagne. Une élection dont l’issue se dessine chaque jour avec plus de clarté. À moins, bien sûr, d’un coup de théâtre dont on n’est jamais à l’abri. En 2016, faut-il le rappeler, Hillary Clinton semblait mener largement lorsqu’une lettre du directeur du FBI, James Comey, annonçant une enquête sur ses courriels, est venue tout chambouler, 11 jours avant l’élection.

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