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Couples séparés par une frontière : entre espoir et découragement

Laurence et Adam s'enlacent dans la passerelle menant au stationnement de l'aéroport.

Laurence Fafard accueille son conjoint australien Adam Kudnig, qu'elle n'a pas vu depuis le début de la pandémie, il y a sept mois.

Photo : Ivanoh Demers

Ils sont séparés par la fermeture des frontières depuis maintenant sept mois. Mais depuis deux semaines, l'espoir renaît. Les conjoints de Canadiens qui vivent à l'étranger et ne sont ni mariés ni conjoints de fait peuvent demander une exemption pour visiter le Canada. Les assouplissements accordés ont déjà permis les retrouvailles de certains couples. Mais pour d'autres, l'attente se poursuit et la frustration augmente.


Des retrouvailles magiques

Laurence Fafard attend à l'extérieur de l'aéroport Montréal-Trudeau. C'est que seuls les passagers et les employés sont autorisés à l'intérieur en ce temps de pandémie. Elle trépigne d'impatience. Dans quelques minutes seulement, elle va pouvoir enfin serrer dans ses bras son amoureux Adam. Ça fait maintenant sept mois qu'on ne s'est pas vus, depuis le début de la pandémie en fait! J'étais en Australie, avec lui, au moment où tout a éclaté. Depuis, on fait du longue distance et on attend une opportunité de se revoir.

Cette séparation prolongée et forcée a été une montagne russe d'émotions, pour la jeune femme de 22 ans. Le plus difficile, c'est l'incertitude. Je pense que c'est une émotion que tout le monde comprend en ce moment avec la pandémie. Mais quand tu as un proche au loin, ça décuple vraiment tout ça. Il y a eu une période d'adaptation. On essayait de trouver du positif dans la situation. C'est sûr qu'à un moment donné, il y a eu beaucoup de remise en question, des hauts et des bas. On faisait des plans, mais ils tombaient toujours à l'eau.

Mais cette fois est la bonne! Le très blond Adam sort de l'aéroport, tout droit débarqué de l'autre côté de la planète, le sourire aux lèvres, les bras chargés de bagages et il se précipite vers Laurence.

Les retrouvailles sont évidemment pleines d'émotions. C'est un soulagement. C'est beaucoup d'excitation, beaucoup de bonheur! C'est comme si un poids venait de tomber [de mes épaules], lance Laurence, entre deux éclats de rire, incapable de quitter son amoureux des yeux. C'était un très long voyage, mais ça valait la peine à 100 %, ajoute Adam, en conservant une étreinte serrée autour des épaules de sa douce. Pendant le vol, quand on approchait, mon cœur s'est mis à battre à toute vitesse! Je suis très heureux. Je ne voudrais être nulle part ailleurs en ce moment!

Jusqu'à ce que le gouvernement fédéral annonce des assouplissements pour les couples comme le leur, qui ne sont ni mariés ni officiellement conjoints de fait, leur réunion était impossible.

Adam a déposé une demande d'autorisation de voyage le 8 octobre, dès l'ouverture du processus d'exemption, et six jours plus tard, il a été l'un des premiers à l'obtenir. Le temps d'avoir la permission de quitter l'Australie, et il a sauté dans le premier avion pour rejoindre l'élue de son cœur. Le douanier n'avait jamais vu une exemption comme la mienne! Il se demandait ce que c'était. Finalement, j'ai pu traverser et je suis ici! Je sais que plein de gens attendent d'avoir cette opportunité. C'est difficile, il faut tenir bon, y croire et ça va finir par fonctionner!

On est excessivement chanceux, on le sait, et on est très reconnaissants. C'est comme un coup de chance, comme si on avait gagné à la loterie!

Laurence Fafard

Loin des yeux, loin de son enfant à naître

Direction Arnprior, en banlieue d'Ottawa. La Franco-Ontarienne Samantha Comeau a vécu bien des émotions au début de la pandémie. Je suis allée voir Tim juste avant la pandémie. Je suis revenue au Canada le 3 mars, je pense, le 15 mars la frontière a été fermée et le 20 mars, j'ai su que j'étais enceinte! Elle a donc passé toute sa grossesse seule. Elle était très déprimée par moments, mais son conjoint lui a donné, à distance, de l'énergie et du courage.

Samantha Comeau.

Samantha Comeau doit donner naissance à une petite fille d'ici quelques semaines. Elle a bien eu peur que son conjoint ne puisse être présent lors de son accouchement.

Photo : Radio-Canada / Émilien Juteau

Une grossesse, c'est physiquement [et] mentalement difficile. Ne pas l'avoir avec moi, ne même pas savoir quand on allait se revoir (...) ça a été une des pires expériences de ma vie. Je ne le souhaiterais pas à mon pire ennemi.

Samantha Comeau

Puis, la lumière est apparue au bout du tunnel le 2 octobre. Ce jour-là, des modifications ont été apportées par le gouvernement fédéral aux critères d'admissibilité pour une exemption aux restrictions de voyage au Canada. La définition de famille élargie inclut dorénavant les conjoints de Canadiens ou de résidents permanents qui sont dans une relation amoureuse exclusive depuis au moins un an, déclaration solennelle assermentée à l'appui. Ces assouplissements s'appliquent aussi aux enfants adultes d'un Canadien ou d'un résident permanent canadien.

Samantha a trouvé le processus de demande d'autorisation de voyage complexe et peu clair. Des modifications apportées au formulaire publié à l'origine ont accentué sa confusion.

C'était vraiment l'enfer. Toute l'année a été un enfer, mais les deux dernières semaines ont été particulièrement difficiles. Tu as l'impression de voir un peu la lumière au bout du tunnel, mais tu n'y arrives jamais. On savait qu'il y avait finalement de l'espoir, qu'on allait peut-être se voir, mais on ne savait pas quand et on ne savait pas si l'autorisation allait venir à temps.

C'est que Samantha doit accoucher à la mi-novembre et elle avait très peur de devoir vivre ce moment sans le père de son enfant à naître. Mais, heureusement, après 13 jours d'attente angoissante, l'autorisation de voyage de son conjoint Tim lui a été accordée. Je sens que je peux enfin respirer parce que je sais qu'il va être là pour la naissance de notre fille.

Tim a quitté le Texas en voiture et devrait la rejoindre très bientôt. Samantha, elle, ne sera totalement rassurée que lorsque son amoureux sera, finalement, à ses côtés.


« C'est un processus complètement inefficace »

D'autres couples sont toujours en attente d'une réponse. L'avocate Marie-Hélène Giroux est plongée dans ces démarches d'exemption pour son propre conjoint sud-africain et pour des clients. Elle déplore la lourdeur et la lenteur des démarches.

Le processus est opaque. Il y a un manque de communication. Il y a une complexité dans le processus qui est inutile.

Me Marie-Hélène Giroux, avocate criminaliste et en droit de l'immigration

Me Giroux se rappelle que l'annonce du 2 octobre dernier avait soulevé l'enthousiasme : On avait l'espoir que ça allait se faire rapidement. Alors on s'est tous mis dans un état un peu d'euphorie, alors voilà, on va finalement être en mesure de se voir, on va finalement être en mesure de reprendre nos vies finalement, mais non!

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Une femme assise à son bureau et travaillant à son ordinateur

Des amoureux enfin réunis

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lafont

Elle qualifie l'exercice d'angoissant et de frustrant. Si on décide de mettre sur pied un processus pour faciliter la réunification des familles, je ne vois pas pourquoi on le rend complexe et pourquoi on n'est pas capable de répondre à nos questions!

On se sent un peu trahis maintenant, par le gouvernement, parce que le processus ne semble pas fonctionner (...) Les gens commencent à se demander, si le gouvernement finalement n'a pas mis ce processus-là en place et le rend particulièrement difficile pour décourager les gens d'y avoir recours, ajoute-t-elle.

Le porte-parole du ministre fédéral l'Immigration, Marco Mendicino, indique que plus de 15 000 demandes liées à ces assouplissements récents ont été déposées et que 2500, donc 16 % d'entre elles, ont été traitées jusqu'à présent. Il reconnaît que le nouveau processus a suscité un vif intérêt, mais [que] les objectifs de délai de traitement pour les demandes dûment remplies ont été fixés à deux semaines. [Cela] n'a pas changé, et nous répondons à ce standard.

Le Groupe de défense pour la réunification familiale à la frontière canadienne, qui compte plus de 8500 membres sur Facebook, reconnaît et remercie le travail du ministère. Toutefois, il s'inquiète que ce délai de 14 jours pour le traitement des demandes ne soit pas respecté et signale plusieurs incohérences dans le processus, dont l'ajout de nouvelles exigences qui n'étaient pas présentes à l'origine.

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