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Quelles sont les limites des autosoins en santé mentale?

De plus en plus, le gouvernement mentionne les guides d’autosoins comme outil pour traiter les troubles de santé mentale.

Une personne portant un chandail avec une capuche qui cache son visage est adossée à une clôture, seule.

Un récent sondage Léger indique que près d’une personne sur cinq souffre de troubles anxieux ou de dépression au Québec.

Photo : Getty Images / zodebala

Alors que la deuxième vague de COVID-19 est bien entamée, le gouvernement se fait beaucoup questionner sur les enjeux en santé mentale au Québec, dont l’accès aux services d’un psychologue. Une des solutions proposées : les guides d’autosoins. Or, cet outil ne doit pas être une panacée, disent des psychologues.

Jeudi matin à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a dû répondre à plus de six questions concernant la santé mentale, venues de trois députés différents.

Presque au même moment, son collègue Lionel Carmant, le ministre délégué, était en entrevue sur les ondes de RDI pour répondre aux craintes grandissantes face à l’état de santé mentale des Québécois.

Tous deux ont réaffirmé qu’un plan existe au sein du gouvernement en santé mentale, et que ça passe par l’intervention des différents professionnels du milieu… mais aussi par les autosoins.

On a besoin d'utiliser toutes nos ressources dans le réseau, l’approche qu’on souhaite mettre de l’avant est étapiste. Il y a les autosoins, les thérapies individuelles ou de groupe, mais ensuite la psychothérapie. On veut utiliser tout le réseau, a affirmé le ministre Lionel Carmant, en réponse aux questions de la journaliste et animatrice Julie Drolet.

Les autosoins, c’est quoi?

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux a ensuite précisé sa pensée. Les guides d’autosoins, ce sont des modèles où on vérifie nos forces et nos faiblesses. On peut les utiliser seuls, et on peut améliorer nos forces et tenter de régler le problème, et ensuite, on essaie de voir un psychologue au besoin.

Lionel Carmant assis à la table de presse devant un drapeau du Québec affiche un air sérieux.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En ce moment, le temps d’attente pour obtenir des services psychologiques varie de 6 à 24 mois. C’est là où le bât blesse, estime la Coalition des psychologues du réseau public québécois.

L’enjeu, c’est que si c’est une personne qui ne va vraiment pas bien, avec un guide à la maison, c’est difficile à se mobiliser. Ça peut être utile pour des gens qui vont relativement bien. Mais la plupart du temps, quand quelqu’un est rendu à demander de l’aide, c’est qu’il ne va pas bien, soutient la Dre Karine Gauthier, psychologue et porte-parole à la Coalition.

Elle décrit les guides d’autosoins comme des documents divisés par type de symptômes - anxiété, dépression, angoisse. La personne utilise donc le guide qui correspond le mieux à ce qu’elle vit.

Comment obtenir les guides?

Les guides sur les troubles mentaux sont développés pour aider les intervenants et les personnes nécessitant des services en santé mentale dans leur prise de décision éclairée sur les soins et les services à recevoir, selon leur état de santé, est-il écrit sur le site du ministère de la Santé.

Chaque guide est une traduction française d’un guide en anglais créé par le National Institute for Health and Care Excellence, en Angleterre.

Par courriel, le Ministère précise que toute personne qui se présente à l’accueil de son CLSC ou encore qui communique avec le 811, discutera avec une intervenante qui analysera le besoin.

Il est ensuite indiqué que l’intervenante et la personne détermineront ensemble la nature des besoins. Des services seront ensuite proposés comme des services de groupe ou des autosoins ou encore des services individuels.

Une page blanche avec un dessin d'un visage de côté et une fleur à la place du cerveau. Il est écrit : obtenir de l'aide et du soutien pour les troubles mentaux fréquents

La page couverture d'un document à l'intention du public concernant les guides pour les troubles mentaux.

Photo : ministère de la Santé et des Services sociaux

Devant un manque important de psychologues au sein du réseau public, le gouvernement veut ainsi s’assurer que les citoyens obtiennent des services rapidement. Il y a toutes sortes d'intervenants qui peuvent aider à améliorer la santé mentale, a affirmé le ministre Lionel Carmant, jeudi matin, pour préciser sa vision.

Attention aux comorbidités

Les autosoins font partie du Programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM) que le gouvernement est en train d'instaurer dans le système.

La Coalition des psychologues du réseau public québécois surveille de près cette implantation, craignant que le programme ne règle pas directement les enjeux de main-d’oeuvre en psychothérapie dans le réseau public.

Pour la Dre Karine Gauthier, les autosoins ne doivent pas devenir la réponse à tous les maux. Il y a plusieurs choses problématiques avec les autosoins. Comme les comorbidités. Beaucoup de gens présentent plusieurs problèmes en même temps. Pour les anxieux, ou pour la dépression, il y a des comorbidités dans 70 % des cas, fait-elle valoir.

Cette association de deux maladies, psychiques ou physiques, peut difficilement être traitée grâce à un seul guide qui se concentre sur un seul trouble, souligne-t-elle.

On craint que la personne se décourage, et qu’elle se dise : "Bon, finalement, le système, je ne vais pas lui demander de l’aide, il me donne seulement des autosoins". Ou que la personne échoue les exemples des guides d’autosoins, et se décourage et devienne encore plus anxieuse.

Le ministre Lionel Carmant a souligné, jeudi, que le PQPTM sera implanté le plus rapidement possible. Il y voit une solution directe à la liste d’attente pour obtenir les services d’un psychologue qui est significative au public.

Le programme est présentement testé dans cinq établissements : CIUSSS de la Capitale-Nationale, CISSS Chaudière-Appalaches, CIUSSS de l'Est-de-l’Île-de-Montréal, CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et CISSS de l'Outaouais.

Avec la collaboration de Fanny Samson

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