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Québec veut réduire de 15 % les pesticides utilisés en agriculture

André Lamontagne en gros plan dans un couloir.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Améliorer le bilan environnemental de l'agriculture, notamment par la réduction de l'usage des pesticides : voilà le principal objectif du Plan d'agriculture durable 2020-2030 dévoilé jeudi par le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, André Lamontagne.

Cette décision de la part du gouvernement du Québec de s'attaquer aux pesticides survient un an et demi après l'affaire Louis Robert, cet agronome qui avait dénoncé l'ingérence de l'industrie dans la recherche sur les grains. Cette affaire avait conduit à la mise sur pied d'une commission parlementaire sur les pesticides.

Le Plan d'agriculture durable (PAD) vise à accélérer l'adoption de pratiques agroenvironnementales performantes d'ici 2030 afin de répondre aux préoccupations du milieu agricole et des citoyens, peut-on lire dans le communiqué de presse du ministre.

Le gouvernement vise cinq objectifs : réduire l'usage des pesticides et les risques qu'ils présentent pour la santé et l'environnement, améliorer la santé et la conservation des sols, améliorer la gestion des matières fertilisantes, optimiser la gestion de l'eau et accroître la biodiversité.

Pour mesurer les résultats, le plan prévoit huit indicateurs avec des cibles à atteindre. Par exemple, le ministère souhaite réduire de 15 % la quantité de pesticides utilisés dans les champs d'ici cinq ans.

Une enveloppe budgétaire de 125 millions de dollars est prévue. Pour aider les entreprises agricoles à améliorer leur performance sur le plan environnemental, le gouvernement consacrera 70 millions de dollars au soutien des agriculteurs qui vont au-delà des exigences réglementaires et qui généreront des gains environnementaux importants. Il s’agit en quelque sorte d’incitatifs au changement et à la prise de risque.

Les agriculteurs recevront de l’aide pour faire des aménagements sur leur terrain comme par exemple des bandes riveraines élargies qui permettront de protéger les cours d’eau et de favoriser la biodiversité.

On ignore pour le moment comment l’argent sera réparti entre les 27 000 fermes du Québec. La méthode sera déterminée par un projet-pilote l’année prochaine.

Recherche et accompagnement

De plus, le ministère investira 30 millions de dollars dans le développement des connaissances par le biais de la création d’un pôle de recherche en agriculture durable, sous la responsabilité du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies et du scientifique en chef du Québec.

Finalement, Québec dépensera 25 millions de dollars pour mettre sur pied un parcours de formation continue en agroenvironnement par l'Institut de technologie agroalimentaire, qui offrira de l’information et de l’accompagnement aux agriculteurs.

Le gouvernement compte notamment déployer 75 agronomes et ingénieurs agricoles sur le terrain pour réaliser son plan. Ils auront pour mission d'aider les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Changer de méthode et réduire le recours aux pesticides, qui permettent de protéger les récoltes, peut avoir des conséquences pour les producteurs, d’où l’importance de l’accompagnement et de la formation.

En entrevue à l’émission Le 15-18, le ministre André Lamontagne a évoqué un plan qui vise à accélérer une transition vers une agriculture qui est plus durable. C’est beaucoup plus large que le simple calcul de pesticides, a-t-il lancé.

« On veut diminuer de 40 % l’indice de risque pour la santé et l’environnement », a déclaré André Lamontagne.

Le ministère de l'Agriculture indique que le gouvernement vise une réduction de l'usage de 500 000 kilogrammes de pesticides.

Selon des statistiques du ministère de l'Environnement, les ventes de pesticides dans le milieu agricole totalisaient plus de 2,4 millions de kilogrammes en 2018.

Pour […] assurer la prospérité du milieu agricole, il faut que le lien de confiance entre ceux qui produisent et ceux qui consomment soit très fort. Le plan qu’on dépose et les actions qui vont être mises en œuvre visent justement à renforcer ce lien de confiance, a-t-il ajouté.

Par surcroît, le gouvernement Legault prévoit la modernisation de la Loi sur les agronomes afin qu’elle soit plus adaptée aux réalités d'aujourd'hui.

Il y a un travail sérieux qui va se faire. […] Ce qu’on recherche naturellement c’est un meilleur encadrement, a assuré le ministre Lamontagne.

La Loi sur les agronomes date de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les produits chimiques utilisés et les méthodes ont bien changé depuis cette époque.

Des réponses à plusieurs demandes

L'Union des producteurs agricoles (UPA) se réjouit du plan déposé par le ministre Lamontagne qui, selon elle, a repris plusieurs éléments contenus dans le Plan vert agricole qu’elle promeut depuis deux ans.

Elle considère qu’il répond à plusieurs des demandes exprimées, comme les investissements en recherche, un meilleur accompagnement des producteurs et la rétribution des producteurs pour les pratiques environnementales.

Marcel Groleau en gros plan.

Marcel Groleau est le président général de l'Union des producteurs agricoles du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Comme nous le souhaitions, le PAD place les productrices et producteurs au cœur de l'action en misant sur l'accompagnement et le transfert de connaissances, a déclaré le président général de l'UPA, Marcel Groleau.

Cependant, le Plan vert agricole que défendait l’UPA reposait sur un investissement supplémentaire de 60 millions de dollars par an pour les 10 prochaines années, souligne-t-il.

Les investissements en agroenvironnement ont été plutôt rares ces dernières années et j'ai confiance que, si des montants additionnels sont requis pour atteindre les cibles établies par le ministère, le gouvernement prendra les engagements nécessaires, a-t-il enchaîné.

Le PAD prévoit des objectifs chiffrés difficiles à évaluer aujourd'hui. Ils ont été établis sans beaucoup de consultation. Sont-ils réalistes? Trop ambitieux? Pas assez? Nous allons prendre le temps de les analyser, estime Marcel Groleau.

Une approche porteuse

De son côté, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) appuie également le plan du ministre de l’Agriculture, rappelant que la relance durable de notre économie passe également par le secteur agroalimentaire.

L'approche incitative retenue par le gouvernement visant à récompenser les producteurs agricoles qui adapteront leurs méthodes est également porteuse pour susciter l'adhésion de ceux-ci et préserver la compétitivité de notre agriculture, a déclaré Charles Milliard, PDG de la FCCQ.

Toutefois, la FCCQ pense que l'occasion était belle d'aller plus loin pour accélérer la transition verte de toute la filière agroalimentaire.

Nous croyons que plusieurs éléments sont toujours manquants pour rendre le secteur agroalimentaire encore plus vert, durable et compétitif. De plus, nous constatons que l'accent est surtout mis sur le secteur des grandes cultures et très peu sur les productions animales et la transformation, affirme M. Milliard.

L’organisation réclame notamment des investissements supplémentaires dans la conversion énergétique des entreprises agroalimentaires et un meilleur appui aux initiatives favorisant l'achat local et l'approvisionnement en produits locaux.

Avec les informations de Vincent Rességuier

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