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Montréal : l'électorat de Valérie Plante se fragilise

Les Montréalais jettent un regard critique sur son administration, selon un sondage commandé par Radio-Canada à un an des élections municipales.

Gros plan de Valérie Plante durant une conférence de presse.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La mairesse de Montréal Valérie Plante aura à convaincre encore bien des électeurs si elle veut être réélue en novembre 2021.

À un an du scrutin, 41 % des Montréalais estiment qu'il est « très » ou « assez » probable qu'ils votent pour elle, selon un sondage commandé par Radio-Canada.

À l'inverse, 6 Montréalais sur 10 estiment « peu » ou « pas du tout » probable qu’ils l'appuient lors de l'élection l'an prochain. Et près de la moitié de ceux qui l’ont soutenue en 2017 se disent prêts à changer leur fusil d’épaule.

Selon le sondage, les jeunes de 18-24 ans forment le groupe d'âge qui a la meilleure opinion de l'administration Plante, tandis que les 55 ans et plus sont les moins enthousiastes.

Ces résultats ne constituent pas en soi une bonne nouvelle, admet l'experte en sondages Claire Durand, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal. Mais étant donné tout ce qui s'est passé dans les derniers mois et les nombreux dossiers sur lesquels elle a été critiquée, ce n'est pas tragique non plus, nuance-t-elle.

Car la critique médiatique peut avoir influencé les répondants, explique Mme Durand, faisant référence aux nombreux reportages ayant donné écho aux insatisfactions liées à la gestion de la pandémie à Montréal.

La suppression de nombreuses places de stationnement pour faire place à des voies réservées aux piétons et aux cyclistes, par exemple, a soulevé l'ire de certains commerçants, dont les commentaires ont été relayés abondamment par la presse.

Bref, Claire Durand appelle à la prudence, d'autant plus que les adversaires de Valérie Plante en 2021 ne sont pas encore connus.

C'est certainement un drapeau rouge qui se lève, mais de là à dire que c'est cuit pour dans un an...

Claire Durand, professeure au Département de sociologie de l'UQAM

En 2017, Valérie Plante avait été élue après avoir récolté 51,4 % des voix exprimées, contre 45,7 % pour le maire sortant, Denis Coderre.

Montréal vue par ses habitants

Le sondage commandé par Radio-Canada laisse néanmoins entendre que les Montréalais ont une moins bonne opinion de leur ville qu’il y a trois ans.

Ainsi, 42 % des Montréalais estiment que leur perception de la métropole s’est détériorée depuis les dernières élections, tandis que 23 % d’entre eux affirment qu’elle s’est améliorée.

Des statistiques sur l'évolution de la perception de la ville de Montréal par rapport à il y a trois ans, qui s'est détériorée pour 42 % des Montréalais et 43 % des banlieusards.

La perception de la ville de Montréal s'est détériorée depuis trois ans, tant chez les Montréalais que chez leurs voisins de la banlieue.

Photo : Radio-Canada

Les Montréalais semblent particulièrement critiques par rapport à certains enjeux. En ce qui concerne le coût des logements et des maisons, par exemple, 61 % des répondants montréalais estiment que la ville « va moins bien qu’il y a trois ans », alors que seulement 2 % d’entre eux jugent que la ville « va mieux qu’il y a trois ans ».

Une tendance similaire s’observe quant à l’état des routes et des rues (60 % contre 3 %); la fluidité des transports, la congestion routière et la gestion de travaux routiers (60 % contre 5 %); la santé économique de Montréal (42 % contre 5 %); et la vitalité commerciale du centre-ville (41 % contre 7 %).

Un cycliste roule sans tenir son guidon dans les voies cyclables de l'avenue Christophe-Colomb.

Des voies sanitaires ont été aménagées cet été le long de nombreuses artères montréalaises, au grand plaisir des cyclistes... et au grand dam des automobilistes.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À l’inverse, les Montréalais estiment que la situation de certains enjeux s’est améliorée sous Valérie Plante. Concernant le réseau des pistes cyclables, par exemple, 46 % des répondants montréalais estiment que la ville « va mieux », alors que 23 % jugent qu’elle « va moins bien ».

C’est aussi le cas pour les espaces verts (28 % contre 8 %); la préservation de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques (21 % contre 14 %); et le transport en commun (21 % contre 15 %).

Notre sondage montre par ailleurs que 42 % des Montréalais songent à quitter la métropole.

Globalement, 55 % des Montréalais se disent « confiants » quant à l’avenir de leur ville. Mais ils sont tout aussi nombreux (56 %) à affirmer que cette confiance s’est effritée en raison de la pandémie de COVID-19.

Une professionnelle de la santé marche devant un autobus transformé en clinique de dépistage.

Au mois de mai, des autobus de la STM ont été transformés en cliniques mobiles pour augmenter le dépistage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cette crise, 57 % des Montréalais croient que l’administration Plante l’a « bien gérée ».

Cela étant dit, la pandémie de COVID-19, qui est loin d’être terminée, a un effet plutôt négatif sur l’opinion des Montréalais à l’égard du travail de la mairesse et de son équipe. Ainsi, 25 % des répondants montréalais affirment qu’ils ont aujourd’hui une « moins bonne opinion » de l’administration qu’avant la crise, alors qu’ils sont 19 % à dire l’inverse.

De manière générale, 45 % des Montréalais estiment que « l'administration Plante fait un bon travail »; 43 % croient qu’elle « fait un mauvais travail »; 12 % « ne savent vraiment pas ».

Le sondage, réalisé auprès de 1454 habitants du Grand Montréal, révèle par ailleurs que les banlieues jugent encore plus sévèrement le bilan de l’administration Plante depuis les élections de 2017 et la manière dont elle a géré la pandémie de COVID-19. En outre, les habitants de la Rive-Sud et de la Rive-Nord ont généralement une meilleure opinion de leur propre ville et se montrent plus satisfaits des services qu’ils reçoivent. À suivre cette semaine sur Radio-Canada.ca.

Ces résultats ne surprennent guère Danielle Pilette, experte en politique municipale et professeure associée à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM. Selon elle, c’est comme si la mairesse avait voulu trop accélérer la mise en place de son programme pendant une période où les Montréalais cherchaient d’abord et avant tout de la stabilité.

Le programme [de Projet Montréal] semble avoir été appliqué presque intégralement, peut-être même avec un certain intégrisme [...] alors que les résidents de Montréal vivent déjà d’autres problèmes, explique-t-elle.

Les Montréalais, poursuit Mme Pilette, sont particulièrement inquiets du coût des logements et des maisons. Et là on leur impose des questions de mobilité active pour lesquels ils ne sont pas prêts, surtout étant donné le contexte, observe-t-elle.

Si la tendance se maintient, le scrutin de 2021 pourrait prendre la forme d’un référendum sur le bilan de Valérie Plante, à en croire la professeure associée. La conjoncture politique sera tout à fait déterminante : s’il y a plusieurs candidats et plusieurs formations valables, le vote d’opposition à Mme Plante peut se diviser et il est possible qu’elle soit réélue, même avec un bilan mitigé, explique-t-elle. Si par contre il y a seulement un candidat d'envergure qui a une grande notoriété, là, ça pourrait être plus difficile pour elle.

En attendant, Mme Pilette conseille à Valérie Plante de miser sur l’amour des Montréalais pour Montréal en leur donnant ce qu’ils aiment, et ce, dès l’été [ou] le printemps 2021. Parce qu’on sait de toute façon que l’opinion électorale est très volatile. Surtout à quelques mois du scrutin, comme on l’a vu en 2017, lorsque la saga de la formule E a plombé la réélection de Denis Coderre.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
De nombreux panneaux de signalisation dans une rue de Montréal.

Plante perd des appuis chez ceux qui ont voté pour elle

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quelques pistes pour une dernière année de mandat

Mais que veulent vraiment les Montréalais?

Le coût des logements et des maisons est le problème numéro 1 auquel l’administration de la Ville de Montréal devra s’attaquer au cours des prochaines années, selon les résultats de notre sondage : 36 % des Montréalais estiment qu’il s’agit d’une « priorité ».

Suivent dans l’ordre : l’état des routes et des rues (31 %); le transport en commun (30 %); le logement social et la lutte contre la pauvreté (25 %); la fluidité des transports, la congestion routière et la gestion de travaux routiers (24 %).

Congestion routière sur le réseau montréalais. Photo prise à proximité de l’échangeur Anjou, Montréal.

La congestion routière demeure une source d'irritation majeure pour les automobilistes, tant à Montréal qu'en banlieue.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les résultats de ce coup de sonde ne surprendront guère les stratèges de Projet Montréal, estime le politologue Thierry Giasson, de l’Université Laval. Surtout en ce qui a trait aux préoccupations reliées à la congestion routière et à l’état des routes et des rues.

Si, dans sa campagne, les membres de l’équipe de Valérie Plante sont capables de montrer ce qu’ils ont fait et de convaincre la population qu’ils ont encore besoin de temps pour compléter leurs projets en identifiant les chantiers sur lesquels ils ont encore du travail à faire, ils peuvent espérer quelque chose, analyse-t-il.

À un an des élections, la partie est encore loin d'être perdue pour Projet Montréal.

Méthodologie : Ce sondage a été commandé par Radio-Canada auprès de la firme Ad hoc Recherche, qui a consulté entre le 30 septembre et le 4 octobre un panel web de 1454 adultes capables de s’exprimer en français ou en anglais dans le Grand Montréal. Un échantillon probabiliste de la même taille aurait une marge d’erreur maximale de plus ou moins 2,6 % à un niveau de confiance de 95 % ou plus, et la marge d’erreur serait supérieure dans les sous-échantillons. La moitié environ des répondants (720) résidaient dans un des 19 arrondissements de la Ville de Montréal. L’ensemble des résultats a été rendu disponible mardi matin sur le site web d’Ad hoc Recherche (Nouvelle fenêtre).

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