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Désinfectant pour les mains : plus d'empoisonnements chez les enfants

Les experts rappellent qu’il est important de regarder les produits approuvés par Santé Canada.

Une classe vide avec, en avant-plan, une bouteille de désinfectant.

Le nombre d’empoisonnements causés par des produits désinfectants pour les mains a augmenté depuis les derniers mois chez les moins de 19 ans.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le nombre d’empoisonnements causés par des produits désinfectants pour les mains a augmenté depuis les derniers mois chez les moins de 19 ans au centre antipoison de l’Ontario. Ailleurs au pays, des hôpitaux remarquent aussi des augmentations.

Entre juin et septembre, 314 personnes de moins de 19 ans ont appelé le centre antipoison de l’Ontario, comparativement à 96 en 2019. Le centre a reçu des appels du Nunavut et du Manitoba en plus de ceux faits par des Ontariens.

La majorité de ces appels concernent des enfants de cinq ans et moins, selon le Centre antipoison.

Dans les douze dernières années, l’Hôpital de Montréal pour enfants a reçu 10 patients pour empoisonnement avec désinfectant pour les mains, soit moins d'un cas par année. Au cours des sept derniers mois, il en a reçu trois.

Il s’agissait surtout d’ingestions, mais aussi de brûlures dans les yeux, indique Liane Fransblow, coordonnatrice en traumatologie et programme de prévention.

Pour les jeunes enfants de moins de 6 ans, c’est important d’utiliser ces produits seulement en la présence d’un adulte. Il faut les voir comme des produits dangereux qu’on laisse hors de la portée des enfants.

Liane Fransblow, coordonnatrice en traumatologie, Hôpital de Montréal pour enfants
Une femme aux cheveux bouclés et portant des lunettes sourit.

Liane Fransblow, coordonnatrice en traumatologie, Hôpital de Montréal pour enfants

Photo : Liane Fransblow

Selon elle, le problème provient aussi du fait que l’emballage est devenu plus attrayant pour les consommateurs, mais peut prêter à confusion. Il faut prendre des produits qui ressemblent à des désinfectants pour les mains, pas à des produits comestibles, rappelle-t-elle.

À Halifax, le programme de prévention des blessures du Centre de santé IWK a mis récemment en garde les parents contre le désinfectant pour les mains dont l’emballage ressemblait à celui d’une collation.

Les produits de la marque Smart Care par exemple, sont présentés comme des collations liquides de yogourt ou de compote de pommes, avec des personnages d’émissions et de films populaires pour enfants sur l’emballage.

Empoisonnement à l'alcool

Le niveau d’alcool peut aussi être dangereux pour les jeunes enfants en cas d’ingestion, rappelle Mme Fransblow.

Leurs corps sont un peu plus petits. Donc, en fonction de la quantité ingérée, cela peut les rendre assez malades ou assez rapidement en état d'ébriété, renchérit Kelly Grindrod, professeure agrégée à l'École de pharmacie de l'Université de Waterloo.

Certains désinfectants ont aussi un parfum de citron ou d'orange. Un jeune enfant peut penser que c’est bon à boire. Même chose pour les adolescents qui pourraient penser que cela peut être bu pour se saouler, explique pour sa part la pédiatre Anna Banerjee.

Le spécialiste des maladies infectieuses à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, Colin Furness, recommande aux parents de prendre des produits qui sentent l'alcool. Prenez un produit qui a une odeur forte d'alcool, pas un parfum attrayant et surtout, il faut que le produit ressemble à un médicament qui va sur les mains, dit-il.

Les mains d'acheteurs se font désinfecter par un commerçant au marché des fermiers de Regina en automne.

C'est devenu une norme d'utiliser du désinfectant pour les mains partout au pays.

Photo : Radio-Canada / Rob Kruk

Les ingrédients dangereux

Les experts rappellent qu’il est donc important de regarder les produits approuvés par Santé Canada.

Les désinfectants pour les mains font l’objet d’un examen minutieux par l’agence fédérale et plus de 100 marques ont été rappelées depuis le début de la pandémie.

Le Canada a en effet vu une augmentation du nombre d'entreprises produisant des désinfectants pour les mains au début de la pandémie, lorsque la demande était élevée et que l'offre était faible.

Le problème est que durant cette pandémie, il n’y avait pas assez d’éthanol de qualité pharmaceutique ou alimentaire pour fabriquer le désinfectant. Santé Canada a accordé une exemption temporaire pour autoriser l’utilisation de certains éthanols de qualité technique. Dans certains cas, cela doit être étiqueté pour spécifier que ces désinfectants ne doivent être utilisés que par des adultes, et non par les femmes enceintes par exemple ou les enfants, explique Kelly Grindrod.

Ce sont ces produits, mal étiquetés parfois, qui font l’objet de la plupart des rappels par Santé Canada.

L'éthanol de qualité technique peut contenir des impuretés, comme d'autres types d'alcool.

L’éthanol de qualité est l’ingrédient qui rend ces désinfectants efficaces, mais des substitutions peuvent être dangereuses, comme le méthanol et l'acétate d'éthyle, souligne Colin Furness.

Il faut toutefois noter que le méthanol devient très dangereux lorsqu'il est ingéré, l'absorption par la peau demeurant minime. Cela ne vous rendra pas malade, mais ce sera moins efficace et si un enfant le boit, cela peut être fatal, précise-t-il.

 Colin Furness,  épidémiologiste basé à Toronto.

Colin Furness, épidémiologiste basé à Toronto

Photo : CBC / (Dale Molnar/CBC)

L’étiquette des produits devrait indiquer quelque chose comme éthanol ou alcool éthylique à 60 ou 70 % [pour être considéré comme sécuritaire]­. C'est le seul alcool autorisé dans ces produits.

Colin Furness, épidémiologiste

La principale préoccupation concerne d'ailleurs le méthanol qui est parfois présent dans les désinfectants pour les mains et qui n’est pas censé y être. Ce contaminant se transforme dans le corps et c’est là que la toxicité est importante, pouvant entraîner la cécité, une insuffisance rénale, voire la mort.

Les risques de ces produits, lorsqu'ils sont ingérés, sont multiples. Cela dépend de la quantité bien sûr, mais cela peut causer de la somnolence. Cela peut même causer de la dépression chez certains enfants, voire les tuer si la dose ingérée est importante, prévient la Dre Anna Banerjee.

La professeure Grindrod recommande donc de s'assurer que le désinfectant a un numéro de produit naturel (NPN) sur son étiquette. Il faut toutefois noter que ce n’est pas une sécurité totale, puisque les solutions récemment rappelées étaient également associées à des NPN. Cela veut cependant dire que Santé Canada peut vérifier les bons dosages et suivre l’évolution du produit et s’assurer que l’entreprise qui les produits corrige les erreurs s’il y en a, dit-elle.

La Dre Anna Banerjee dans un studio de radio.

La Dre Anna Banerjee

Photo : Radio-Canada

Les désinfectants toujours nécessaires

S'il n’y a pas de savon et d’eau à proximité, le désinfectant pour les mains reste la seule solution pour éviter la propagation du virus, rappellent ces experts.

Le problème n'est pas que le désinfectant pour les mains est mauvais, ce sont certains produits qui ne devraient pas être utilisés dedans et encore moins être ingérés. Donc, le message le plus important ici est de vous assurer de trouver un bon produit.

Kelly Grindrod, professeure agrégée à l'École de pharmacie, Université de Waterloo
Une femme aux cheveux bruns sourit à caméra.

Kelly Grindrod, professeure agrégée à l'École de pharmacie, Université de Waterloo

Photo : Hillary Gauld-Camilleri

Colin Furness abonde dans le même sens. Certaines personnes croient que les désinfectants pour les mains sont en quelque sorte le cousin pauvre ou le dernier recours, mais c'est incroyablement efficace et n'a besoin qu'entre 15 et 30 secondes pour être efficace, rappelle-t-il.

Selon lui, comme la plupart des gens ne se lavent pas les mains en profondeur, l'utilisation du produit peut être beaucoup plus efficace.

C'est vraiment un excellent produit pour se protéger de toutes sortes de bactéries et de virus.

Colin Furness, épidémiologiste

Santé Canada recommande d’ailleurs aux écoles de mettre des distributeurs de désinfectant pour les mains approuvés à disposition des élèves.

Une adulte verse du désinfectant dans la main d'une élève dans la cour de l'école Principal Sparling.

Les élèves doivent se familiariser avec les nouvelles mesures d'hygiène.

Photo : CBC/Jeff Stapleton

Les parents peuvent également interroger les écoles à ce sujet. Ce qu’il faut, c’est de la transparence et de bons produits, conclut Mme Grindrod.

Le conseil scolaire public anglophone de Toronto a une zone désignée à l'entrée de ses écoles avec des distributeurs de désinfectant pour les mains sous supervision d'un adulte, explique le porte-parole Ryan Bird. Il y en a aussi dans les salles de classe, même si nous demandons aux enfants de se laver les mains avec savon et eau en priorité.

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