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La défense d'un ex-entraîneur de taekwondo remet en question le témoignage de la plaignante

Les agressions sexuelles se seraient produites de 2013 à 2017 durant des entraînements en Ontario et à l'étranger.

Une photo d'un homme de face

Shin Wook Lim, âgé de 44 ans, fait face à 15 chefs d'accusation liés à de prétendues agressions sexuelles contre deux adolescents.

Photo : Courtoisie / Police de Toronto

Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, la défense de Shin Wook Lim a tenté durant deux jours de discréditer l'une des présumées victimes de l'ancien entraîneur olympique canadien de taekwondo. L'homme a plaidé non coupable à 15 accusations d'agression et d'attouchements sexuels contre deux de ses anciennes athlètes, qui étaient mineures à l'époque.

L'avocate de Shin Wook Lim, Danielle Robitaille, a d'abord démontré que la première présumée victime de son client qui témoigne dans ce procès avait une mémoire défaillante.

L'identité de la femme, qui est aujourd'hui âgée de 21 ans, est protégée par un interdit de publication.

Me Robitaille a relevé par exemple que la plaignante ne se souvient pas des vêtements qu'elle portait lors de certaines agressions qu'elle dit avoir subies.

La jeune femme reconnaît que sa mémoire était défaillante à l'enquête préliminaire il y a 18 mois. Mais elle répond qu'elle se souvient surtout de la nature des actes sexuels de l'accusé plus que des vêtements qu'elle portait en sa présence.

Une photo judiciaire du centre de taekwondo de Toronto.

L'un des centres de taekwondo Black Belt World situé à Toronto.

Photo : Police de Toronto

Me Robitaille lui a par ailleurs fait dire qu'elle avait bien eu l'occasion de revoir sa déposition de police de 2018 à maintes reprises, soit avant l'enquête préliminaire en mai 2019 et même juste avant le procès, le 16 octobre dernier.

La plaignante ajoute par ailleurs que deux détectives lui ont explicitement demandé de ne pas hésiter à les contacter si elle se souvenait de quoi que ce soit pour l'ajouter à sa déposition. J'ai bien communiqué avec eux par courriel durant cette période, confirme-t-elle.

Des trous de mémoire

La femme ajoute qu'elle a bien annoté à la main le document de sa déposition juste avant l'enquête préliminaire qui a déterminé qu'il y avait assez de preuves dans cette affaire pour instruire un procès.

Je n'ai rien modifié ou rien changé, je n'ai fait que clarifier certains passages de ma déclaration, dit-elle en précisant qu'elle ignore toutefois la nature des changements qu'elle y a apportés.

Une photo judiciaire d'un club de taekwondo à Toronto.

Le club de taekwondo de Toronto, où l'ex-entraîneur Shin Wook Lim donnait des cours de taekwondo.

Photo : Police de Toronto

Elle assure qu'elle n'a toutefois révisé sa déposition qu'une seule fois et qu'elle a toujours dit la vérité, que ce soit au poste de police, à l'enquête préliminaire et au procès, où elle rappelle qu'elle a prêté serment de le faire.

Après deux ans et demi, il est possible que ma mémoire se soit un peu estompée aujourd'hui par rapport à ce que j'ai dit dans ma déposition aux policiers.

plaignante numéro 1

La défense a ensuite questionné la présumée victime sur la façon dont elle est parvenue à se remémorer les souvenirs des actes sexuels qu'elle allègue.

Élément clé du témoignage

La femme a expliqué mardi qu'elle mettait dans un coin de sa mémoire les événements qu'elle a vécus en présence de M. Lim pour les oublier, parce qu'elle n'était pas sûre si ces événements s'étaient produits.

La plaignante a ensuite expliqué que ses souvenirs lui sont revenus de façon vive lors d'un cours magistral en criminologie à l'université, ce qui l'avait motivée à finalement porter plainte à la police.

Or, la défense précise à la cour que la femme avait écrite, dans les mois précédents ce cours, un essai sur un entraîneur de taekwondo qui avait écopé de dix ans de prison au Manitoba pour agressions sexuelles contre des athlètes.

 Photographie de King Yeung, ancien instructeur en chef à Kang's Taekwondo Academy

King Yeung, ancien instructeur en chef à Kang's Taekwondo Academy.

Photo : Radio-Canada

La plaignante confirme qu'elle a rédigé le devoir à partir d'articles de médias, mais qu'elle n'est jamais entrée en contact avec les victimes de l'individu pour réaliser des entrevues.

Elle précise que c'est l'entraîneuse Kate Noseworthy qui lui a suggéré d'écrire à ce sujet lors d'un tournoi de taekwondo en février 2018 à Ottawa.

Me Robitaille se dit très surprise que la jeune femme ne se soit souvenue de rien de ce qui lui était arrivé en faisant ses recherches sur la cause au Manitoba (les faits allégués dans ce procès ressemblent à ceux pour lesquels l'ex-entraîneur King Yeung a été condamné dans cette province, NDLR).

Je savais que toute agression sexuelle est grave au moment d'écrire cet essai, mais je ne comprenais pas encore ce qui m'était arrivé, je ne savais pas que ce que j'écrivais [au sujet de King Yeung] était la même chose qui m'était arrivé.

plaignante numéro 1

L'avocate relève ensuite des extraits d'articles de CBC et de CTV dans lesquels les victimes de Yeung ont utilisé à son procès à Winnipeg les mêmes mots que l'accusatrice de M. Lim utilise aujourd'hui dans ce procès. Il est possible que j'aie usé des mêmes mots pour décrire ce qu'il s'est passé entre nous, répond-elle.

Le rêve olympique de Vivianne Tranquille s'est terminé samedi à Laval, alors qu'elle a été éliminée des qualifications.

Un combat de taekwondo au Québec en vue d'une sélection olympique nationale.

Photo : Radio-Canada

Me Robitaille lui demande de qualifier sa performance lors de ce tournoi en particulier. Vous n'avez pas très bien performé ce jour-là, lui demande-t-elle. J'ai gagné deux matchs et j'en ai perdu deux autres, réplique la plaignante.

La défense lui rétorque que la femme ne s'est toutefois pas qualifiée dans l'équipe nationale canadienne. Non, mais je ne voulais pas me mesurer dans un cinquième combat contre l'une de mes co-équipières, conclut-elle.

Un documentaire à CBC

La plaignante affirme également qu'elle a participé en mai 2019 à la réalisation d'un documentaire de CBC sur l'éthique dans le sport, parce qu'elle voulait exposer la merde qui s'y passe en termes de respect et d'intégrité.

Elle explique qu'elle a toutefois refusé d'accorder une entrevue à CBC au sujet du procès de Shin Wook Lim pour ne pas miner le processus judiciaire.

La femme reconnaît qu'elle n'a pas mentionné aux détectives qu'elle avait donné une entrevue à CBC dans le cadre de ce documentaire. Mes avocats étaient au courant, c'est pourquoi je ne l'ai pas dit à la police, précise-t-elle.

Marc-André Bergeron sert un coup de pied du gauche à son adversaire.

Un combat à l'Open du Canada de taekwondo.

Photo : Nicolae Buceatchi

Elle assure toutefois qu'elle n'avait pas encore envisagé une poursuite civile dans cette affaire, mais qu'elle souhaitait que des avocats protègent ses intérêts. Elle souligne qu'on ne lui a jamais demandé de toute façon si elle avait participé à la réalisation d'un documentaire.

La plaignante reconnaît néanmoins que CBC s'intéressait bien à ses allégations. Je n'avais aucune intention malicieuse de cacher quoique ce soit, je ne faisais que suivre les conseils de mes avocats, conclut-elle.

Le procès devant juge seul se déroule sur la plateforme Zoom. Seule la présumée victime témoigne dans le box des témoins dans une salle d'audience du palais de justice de Toronto.

L'ex-entraîneur Lim, qui réside à Woodbridge, est aussi en ligne dans une salle dont le lieu n'a pas été spécifié.

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