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Le CHSLD du Fargy, « une tempête parfaite » pour la COVID-19

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La façade du CHSLD du Fargy, l'automne.

Le reportage de Guylaine Bussière

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Situé au coeur du Vieux-Beauport, le vétuste CHSLD du Fargy réunissait les conditions parfaites pour devenir un lieu d'éclosion de la COVID-19, selon des syndicats. Des proches des patients sont inquiets et veulent obtenir des réponses.

Insatisfait des réponses obtenues de la part de la direction de quatre CHSLD du Québec aux prises avec une éclosion majeure, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a ordonné jeudi l'envoi d'équipes spécialisées en contrôle et en prévention des infections (SWAT) dans ces établissements.

Dans la Capitale-Nationale, la situation au CHSLD du Fargy est jugée chaotique. Le SWAT doit notamment vérifier si tous les protocoles ont été respectés.

Selon le plus récent bilan public, plus de 50 % résidents de l'établissement ont contracté la maladie, soit 32 cas. Sept décès sont survenus au cours des derniers jours.

Thérèse Côté, âgée de 90 ans, a été déclarée positive le 8 octobre dernier. Sa fille, Jocelyne Paré, fait confiance au personnel de l'établissement, mais souhaite avoir des communications plus fréquentes. Moi, je souhaite juste qu’on me renseigne, qu’on me donne des nouvelles de ma mère, lance-t-elle.

On s’inquiète drôlement pour ce qui se passe à l’intérieur, mais on a confiance beaucoup envers les infirmiers, le personnel. J’imagine qu’eux aussi sont catastrophés de ce qui est en train de se passer.

Suzie Pelletier, fille d'une résidente

Vétuste

Le président du Syndicat des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Richard Boissinot, apporte déjà quelques éléments de réponses. Pour lui, la vétusté des lieux et le manque de personnel seraient en cause.

Il est vétuste, oui, et ce, même si on a mis un peu de peinture. Le confinement des travailleurs sur les étages fait que c’est problématique aussi. Je pense que c’est toutes ces conditions-là.

Fargy, et quelques autres endroits dans le CIUSSS, c’est une tempête parfaite pour que ça n'aille pas bien.

Richard Boissinot, président du Syndicat des travailleurs du CIUSSS de la Capitale

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a affirmé en point de presse jeudi après-midi qu’il n’était pas encore au courant des enjeux particuliers liés au CHSLD du Fargy. Il a toutefois indiqué que la vétusté du bâtiment a aussi été mise en cause lors d’autres éclosions, comme celle à l’hôpital de Saint-Jérôme cet été.

Il y avait un enjeu de vétusté, et c’est comme ça qu’on a réussi à le contrôler. C’est de s’assurer qu’on limitait, qu’on enlevait les chambres doubles, les chambres triples.

Anne Caron, fille d'une résidente de l'établissement de Beauport, souhaite indiquer malgré tout que l'endroit est très bien entretenu par le personnel, très propre, même si la bâtisse se fait vieillissante.

Cette dernière n'avait que de bons mots, voire des remerciements, à l'égard des employés du CHSLD pour leur gestion de la crise.

Pénurie de main-d'oeuvre

Patricia Lajoie, présidente de la section Capitale-Nationale de la Fédération des infirmières du Québec (FIQ), pense également que la pénurie de main-d’oeuvre explique en partie la situation dramatique dans ce CHSLD du Vieux-Beauport.

Des fois quand il manque de personnel, on fait les choses un peu plus vite et on est peut-être un peu moins vigilant. Si j’étais en train d’enlever mes équipements ou de les changer entre deux patients et que quelqu’un est en train de tomber, ça se peut que dans l’urgence d’agir, je ne pense pas par exemple à finaliser de mettre mes gants parce que la situation l’exige, illustre-t-elle.

C’est vraiment l’enquête qui va révéler ce qui n’a pas fonctionné.

Patricia Lajoie, présidente de la section Capitale-Nationale de la Fédération des infirmières du Québec

Manque de rigueur

Appelée à réagir, la chef de l’opposition officielle à l'Assemblée nationale, Dominique Anglade, dénonce pour sa part le manque de rigueur du gouvernement depuis le début de la pandémie.

La semaine passée, on a franchi le cap des 6000 morts au Québec. Je ne conçois pas qu’au Québec, nous sommes en train de vivre un moment aussi difficile avec autant d’impact, qui va avoir des impacts sur les décennies à venir, et que nous ne sommes pas capables de faire la lumière sur ce qui s’est passé, déplore Mme Anglade.

Les équipes SWAT ont déjà été mises à contribution lors des éclosions aux hôpitaux de Saint-Jérôme et de Saint-Eustache, cet été. Elles avaient permis de resserrer les mesures en place.

Enquête en cours

Nancy Drouin, directrice adjointe au CIUSSS de la Capitale-Nationale, volet soutien à l’autonomie des aînés, confirme que l'équipe du Ministère s'est présentée sur place jeudi matin pour débuter son enquête.

On a appliqué ici la même recette qu’on a appliquée dans d’autres centres, donc pourquoi ici ça s’est quand même propagé alors que dans d’autres centres on arrive à l’arrêter? C’est ça qu’on veut comprendre, explique-t-elle.

Les conclusions de l'enquête permettront de modifier le processus mis en place s'il le faut pour mieux éviter la propagation de la maladie, souligne-t-elle. Il n’y a pas de place à l'orgueil quand on combat un virus comme la COVID. Si l’équipe du Ministère vient ici nous dire qu’il y a des choses qu’on aurait dû faire différemment ou qu’on pourrait faire différemment.

Avec les informations de Marie-Pier Mercier

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