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Le prix Sakharov 2020 décerné à l'opposition au Bélarus

La remise du prix Sakharov doit se tenir le 16 décembre.

Une femme esquisse un sourire.

Svetlana Tikhanovskaïa, ici en conférence de presse au Danemark le 22 octobre 2020, est la figure de proue du mouvement d'opposition au président du Bélarus. Elle s'est vue décerner le prix Sakharov.

Photo : Associated Press / Liselotte Sabroe

Agence France-Presse

Le Parlement européen a décerné jeudi le prix Sakharov pour les droits de la personne à « l'opposition démocratique » au président Alexandre Loukachenko au Bélarus, dont la figure de proue, Svetlana Tikhanovskaïa, est réfugiée en Lituanie.

N'abandonnez pas votre combat. Nous sommes à vos côtés, a déclaré le président du Parlement européen David Sassoli sur Twitter, soulignant que les membres de l'opposition, pour la plupart emprisonnés ou poussés à l'exil, avaient une chose que la force brutale ne pourra jamais vaincre : la vérité.

Un homme sourit devant un drapeau de l'Union européenne.

Le président de l'Union européenne, David Sassoli, annonce la remise du prix Sakharov au mouvement d'opposition au Bélarus et à sa figure de proue, Svetlana Tikhanovskaïa.

Photo : Associated Press / Francois Lenoir

Cette candidature était soutenue par les principaux groupes politiques du Parlement, notamment le PPE (droite), S&D (socialistes et démocrates) et Renew Europe (centristes et libéraux).

Après l'intellectuel ouïgour Ilham Tohti, condamné à la prison à vie en Chine pour séparatisme, lauréat en 2019, les eurodéputés ont couronné un mouvement porté en particulier par des femmes, réprimé par le pouvoir.

Cette récompense devrait susciter la réprobation de Minsk, mais aussi celle de Moscou, soutien du président Loukachenko. Les autorités russes avaient déjà dénoncé le choix du lauréat en 2018, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, alors emprisonné.

Depuis le scrutin présidentiel controversé du 9 août, le Bélarus est le théâtre d'une contestation de masse inédite contre la réélection d'Alexandre Loukachenko, le président ayant établi depuis 1994 un régime inspiré du dirigisme économique et politique soviétique.

Le prix arrive à un moment clé pour ce mouvement : l'ex-candidate de l'opposition au scrutin Svetlana Tikhanovskaïa a donné au chef de l'État jusqu'à dimanche pour démissionner, menaçant d'appeler à une grève générale et à intensifier les manifestations.

Le président Loukachenko est par ailleurs menacé de sanctions par l'UE, qui a déjà pris des mesures contre 40 responsables du régime accusés d'être impliqués dans la répression et le trucage de l'élection, dont l'Union ne reconnaît pas le résultat.

Outre Mme Tikhanovskaïa, le Parlement distingue neuf personnalités de l'opposition, dont les deux femmes qui ont fait campagne à ses côtés, Maria Kolesnikova, aujourd'hui emprisonnée, et Veronika Tsepkalo, en exil, ainsi que la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch.

Mais aussi le mari de Svetlana Tikhanovskaïa, le blogueur Sergueï Tikhanovski, ainsi que le Mikola Statkevitch, figure historique de l'opposition, tous deux en prison.

La quasi-totalité des personnalités liées à Mme Tikhanovskaïa et au Conseil de coordination formé pour arracher une transition au pouvoir ont été incarcérées, assignées à résidence, ou contraintes de fuir à l'étranger.

Tous les dimanches, les Bélarusses sont des dizaines de milliers, malgré le risque d'arrestation et désormais la menace d'usage de balles réelles, à manifester à Minsk et d'autres villes. Le samedi est l'occasion d'une marche de milliers de femmes, et le lundi de retraités.

Soutenu par la Russie, Alexandre Loukachenko exclut toute concession d'ampleur, promettant une vague réforme constitutionnelle pour sortir de la crise, et mettant en scène un simulacre de dialogue avec des opposants en leur rendant visite en prison.

Une vocation motivée par l'amour

Mme Tikhanovskaïa a, elle, enregistré les soutiens de l'UE, d'Angela Merkel, d'Emmanuel Macron. Un appui à double tranchant, Moscou et Minsk n'ayant de cesse de dénoncer un complot occidental.

Rien ne destinait cette femme de 38 ans, professeure d'anglais de formation et mère au foyer, à une telle vocation. Son mari Sergueï s'était fait un nom sur YouTube en dénonçant le cafard Loukachenko et avait prévu de le défier à la présidentielle.

Après son arrestation au printemps, sa femme s'est lancée par amour dans la campagne, rejointe par Maria Kolesnikova et Veronika Tsepkalo, proches de deux autres candidats victimes de la répression.

Le trio de femmes a été proposé pour le prix Nobel de la paix 2021.

La remise du prix Sakharov doit se tenir le 16 décembre.

Petite histoire du prix Sakharov

Doté de 50 000 euros (77 000 $) et décerné pour la première fois en 1988 à Nelson Mandela, ce prix pour la liberté de l'esprit doit son nom au physicien nucléaire Andreï Sakharov, figure de la dissidence à l'époque de l'URSS.

Il a plusieurs fois fait office d'antichambre du Nobel de la paix.

En septembre, fait inédit, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a été exclue de la communauté des lauréats, en raison des exactions contre la minorité musulmane rohingya en Birmanie.

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