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Utilisation du mot en « n » : Concordia a opté pour une autre approche

L'Université Concordia à Montréal.

Confrontée à des plaintes sur l'utilisation du mot en n... dans un cours, l'Université Concordia à Montréal a choisi d'ouvrir le dialogue avec ses étudiants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Confrontée à des plaintes après qu’une de ses professeures eut présenté le livre Nègres blancs d’Amérique dans un cours, l’Université Concordia a choisi d’ouvrir davantage le dialogue sur cet enjeu avec ses étudiants plutôt que d’interdire l’usage du mot en « n ».

L’histoire commence en octobre 2019, lorsque l’enseignante Catherine Russell, qui donnait un cours de cinéma, a présenté à ses étudiants l’œuvre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique.

L’enseignante a prononcé le mot en « n » deux fois en tout. Neuf mois plus tard, dans la foulée de la mort de George Floyd, aux États-Unis, des étudiants ont lancé une pétition contre l’enseignante réclamant qu’on lui retire son cours pour avoir prononcé le mot en « n ».

Plutôt que de suspendre l’enseignante et de bannir l’usage du mot, comme on l’a fait à l'Université d'Ottawa récemment, la direction de Concordia a opté pour une autre approche.

La première chose qu’on a faite quand on a reçu la plainte, on a parlé aux étudiants, a expliqué Annie Gérin, doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia au micro de Tout un matin.

On a passé plusieurs heures à les écouter, à essayer de comprendre exactement quelles étaient leurs préoccupations au lieu de sauter aussitôt aux conclusions.

Annie Gérin, doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia

Le corps professoral a aussi été interpellé par la direction de l’université qui travaillait déjà à ce moment à l’élaboration d’un plan d’action sur le racisme anti-noir, relate Mme Gérin.

En parlant avec les étudiants, on leur a demandé dans ce contexte-là qu’est-ce qu’ils voulaient voir faire partie de notre plan d’action? […] Et ils nous ont donné de bonnes idées.

Les représentants étudiants ont notamment demandé à ce qu’il y ait beaucoup plus de débats entourant la sensibilisation sur les enjeux raciaux.

Ils nous ont dit qu’en tant qu’étudiants ils aimeraient que les auxiliaires d’enseignement, qui sont les enseignants de demain, soient formés eux aussi à travailler sur la classe inclusive, sur comment parler d’enjeux qui sont vraiment compliqués, raconte la doyenne.

Les étudiants ont également réclamé plus d’espace pour ce débat dans les départements de l’université. Les départements se sont retournés sur un dix sous pour créer des comités paritaires où les étudiants et les enseignants, ensemble, sont en train d’identifier des enjeux prioritaires.

Peut-on encore prononcer le mot en classe?

Il n’y a rien d’interdit, mais je pense qu’il faut se servir de son jugement, c’est un mot qui porte un bagage très lourd. En tant que professeurs, je pense que c’est notre rôle de vraiment réfléchir à l’impact que les mots ont sur les gens autour de nous, explique Annie Gérin.

C’est vrai que beaucoup de gens veulent voir disparaître [le mot en « n »], mais c’est quelque chose dont on peut parler.

Annie Gérin, doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia

J’entends des gens autour de moi qui insistent pour utiliser le mot coûte que coûte. Ça, ça ferme la porte au dialogue et c’est là où je pense qu’on peut avoir une discussion très productive, affirme Mme Gérin.

Quand j’entends que les étudiants ne veulent pas débattre, ce n’est pas du tout ce que moi j’entends à Concordia, conclut la doyenne, qui explique qu’aujourd’hui l’université est ailleurs face à ce débat dans la mesure où le dialogue a été ouvert avec les étudiants il y a un bon moment déjà.

Un titre controversé

Publié en 1968 par l’écrivain et journaliste Pierre Vallières, l'essai Nègres blancs d’Amérique est considéré comme une œuvre marquante de la littérature contemporaine québécoise.

Le texte d’inspiration marxiste décrit notamment l’inégalité des rapports entre les Canadiens français et les élites dirigeantes du Québec des années 1950 et 1960 inféodées depuis des siècles aux intérêts anglo-canadiens et américains.

Ce n'est pas la première fois que l'utilisation du mot en « n » dans le titre de cet ouvrage fait des remous.

Récemment, Wendy Mesley, animatrice de l'émission The Weekly, à CBC, a été suspendue pour avoir cité le titre de cet ouvrage dans une réunion au travail. Son émission a été retirée de l'horaire en septembre dernier.

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