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Analyse

Une victoire avec un arrière-goût de défaite pour Justin Trudeau

En remportant le vote de confiance, le gouvernement Trudeau marque une victoire à court terme.

Justin Trudeau debout en Chambre.

Dans les faits, Jagmeet Singh s’est fait coincer par Justin Trudeau, sans vraiment obtenir de concessions.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Difficile de dire si c’était un bluff ou non, mais une chose est sûre, le Parti libéral a gagné son pari. En remportant le vote de confiance qu’il s’était lui-même imposé, le gouvernement Trudeau marque une victoire à court terme. Mais il pourrait devoir en subir les conséquences à long terme.

Le comité que les conservateurs et le Bloc québécois voulaient créer aurait donné beaucoup de pouvoir à l’opposition et avait le potentiel d’être embarrassant pour le premier ministre Trudeau, sa famille, sa chef de cabinet et la famille libérale en général.

Justin Trudeau sentait donc qu’il devait jouer du muscle pour montrer que son gouvernement minoritaire n’allait pas s’en laisser imposer. Si on commence à se laisser manger la laine sur le dos, quand est-ce que ça arrête! entend-on dans les cercles libéraux.

Or, la défaite des conservateurs semblait presque soulager Erin O’Toole. Gagner le vote signifiait se lancer en campagne électorale contre un premier ministre populaire, alors qu'Erin O’Toole peine encore à se faire connaître. La pente aurait été plutôt à pic.

À l’inverse, les néo-démocrates qui ont contribué à la victoire du gouvernement semblent l’avoir fait à contrecœur. C’est parce que Jagmeet Singh s’est, en quelque sorte, fait forcer la main par Justin Trudeau.

Le chef néo-démocrate a beau dire qu’il a voulu maintenir le gouvernement en vie parce qu’il se préoccupe du bien-être des travailleurs canadiens qui ne souhaitent pas d’élections en temps de pandémie, il est clair qu’il essaie plutôt de mettre du baume sur sa propre plaie.

Le Nouveau Parti démocratique ne pouvait pas se permettre de partir en campagne électorale parce qu’il n'a pas d'argent, que ses effectifs en Colombie-Britannique (une province clé pour lui) sont occupés par une élection provinciale, et ses alliés syndicaux et les travailleurs espèrent profiter des programmes d’aide encore à venir du gouvernement.

Dans les faits, Jagmeet Singh s’est fait coincer par Justin Trudeau, sans vraiment (cette fois-ci) obtenir de concessions. Comme les libéraux ont moins peur de déclencher des élections que le NPD, ce sont eux qui ont, en ce moment, le gros bout du bâton, dans cette relation de dépendance minoritaire.

Portrait de Jagmeet Singh.

Les néo-démocrates ont l'impression d'avoir été invités à la danse par défaut, nous dit Christian Noël.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

On se retrouve donc avec des conservateurs et des bloquistes frustrés dans leurs efforts et motivés à faire payer le gouvernement la prochaine fois. Et des néo-démocrates qui ont l’impression que les libéraux les invitent à la danse par défaut, pour les laisser paître dans un coin.

Cela laisse un goût amer dans la bouche de certains élus de l’opposition, ce qui pourrait bien avoir un effet catalyseur la prochaine fois qu’un vote de confiance pointera le bout de son nez aux Communes. Comme lors du budget, le printemps prochain, ou même lorsque de nouveaux programmes d’aide aux entreprises seront présentés, cet automne.

L’élection est évitée cette fois-ci, mais il y aura une prochaine fois, et peut-être même plus tôt que tard.

Les libéraux aimeraient probablement présenter leur bilan de gestion de la pandémie aux électeurs pendant qu’ils reçoivent encore des bénéfices, mais avant de voir quelle sera la facture totale. Et aussi avant que le commissaire à l’éthique dépose son rapport sur Justin Trudeau et WE Charity (UNIS).

Dans ce jeu de qui perd gagne, quand vient le temps d’établir un rapport de force, on pourrait penser qu’il est parfois plus risqué de faire des compromis, comme l’avait fait Paul Martin avant de perdre le pouvoir, que de gérer sa minorité avec une poigne de fer, comme l’avait fait Stephen Harper avant de remporter sa majorité.

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