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La vente des maisons intergénérationnelles fait un bond de près de 30 % au Québec

Plusieurs éléments expliqueraient cette hausse, dont la croissance de certaines communautés culturelles.

Une affiche d'agent immobilier qui indique la vente d'une maison à Québec.

Au Québec, 1444 maisons intergénérationnelles ont été vendues en une année.

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Visiblement, la pandémie motive certaines familles à vivre ensemble. Les ventes de maisons intergénérationnelles ont en effet augmenté de près de 30 % en un an au Québec. Une belle aventure, qui nécessite toutefois de bien faire ses devoirs.

Depuis lundi, Marianne est accueillie par sa grand-mère Céline à sa descente de l'autobus scolaire. Main dans la main, elles vont rejoindre Lili-Rose dans la portion gauche de la maison. Les fillettes de 5 et bientôt 2 ans prennent leur collation, puis sortent en courant soigner les poules avec leur grand-papa Sylvain.

Les trois générations Simard viennent tout juste d'emménager dans une maison intergénérationnelle de Mascouche. C'était mon idée, explique Julie Simard. Depuis que je suis jeune que je voulais avoir une maison intergénérationnelle. Au départ avec mes grands-parents, mais finalement, c'est avec mes parents.

Sa mère, Céline Poirier, s'occupe de ses petites-filles toute la journée depuis des années. Avec l'entrée à la maternelle, Marianne aurait dû fréquenter le service de garde plusieurs heures par jour. Je trouvais ça de valeur, dit Céline Poirier, qui pensait déménager plus près, avant de se laisser convaincre assez facilement par son mari. Je n'ai pas hésité quand ma fille m'en a parlé, raconte Sylvain Simard. J'ai dit go, on y va! Trouve des maisons et je m'occupe de ta mère.

Si la pandémie n'est pas la première raison du déménagement des Simard, les grands-parents reconnaissent qu'habiter juste à côté de leur fille et de son conjoint les rassure pour les années à venir.

Là, c'est nous qui aidons à garder les enfants, mais plus tard, ça va peut-être être eux autres qui vont nous rendre service, et les enfants qui vont aller faire notre épicerie et nos petites commissions. Si on regarde loin, ça va être ça.

Céline Poirier
Deux petites filles, leur mère et leurs grands-parents.

La famille Simard

Photo : Radio-Canada

Des maisons rares et recherchées

Les maisons intergénérationnelles représentent moins de 5 % du marché, mais elles sont de plus en plus populaires. Depuis l'automne dernier, il s'en est vendu 1444 au Québec, une croissance de 29 % en un an.

Depuis le début de la pandémie, on voit une augmentation de la demande pour ces propriétés. Plutôt que d'aller en résidence pour personnes âgées, les gens préfèrent opter pour une propriété transitoire, qui se trouve à être la bigénération, explique Alain Malric, qui a conseillé les Simard.

Comme il y a peu de ces maisons sur le marché, elles se vendent vite et à des prix plus élevés. Des fois, on n'a pas le temps de trouver tous les critères dans une propriété, dit le courtier immobilier chez Via Capitale Rive-Nord. Il faut se décider de façon assez rapide, malheureusement pour les acheteurs.

À l'Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec, le directeur de l'analyse du marché Charles Brant préfère attendre encore quelques mois avant de confirmer la tendance, mais il note que la croissance cette année est encore plus forte que celle de l'année dernière.

Il y a plusieurs facteurs. Le vieillissement de la population est un des principaux, mais il y a aussi maintenant la crise sanitaire, où les familles veulent se regrouper sous un même toit.

La croissance de certaines communautés culturelles, qui souhaitent plus souvent habiter en famille élargie, a aussi un rôle à jouer. Cela explique peut-être d'ailleurs que l'augmentation des ventes de maisons intergénérationnelles est la plus forte autour de Montréal.

La vigueur du marché immobilier peut aussi expliquer en partie le phénomène. C'est un autre aspect important en ce moment, dit Charles Brant. La forte croissance des prix fait que c'est plus économique d'être en famille sous un même toit.

Bien faire ses devoirs

Avant d'acquérir une maison intergénérationnelle, mieux vaut bien faire ses devoirs. On présume toujours qu'un vendeur est de bonne foi, mais là où s'arrête l'obligation d'informer, commence celle de s'informer, met en garde Me Bryan-Éric Lane, avocat chez Lane Avocats et conseillers d'affaires, un cabinet de Laval.

Il faut vérifier avec la municipalité que l'usage intergénérationnel est permis, que la maison respecte les normes, et que les travaux ont été faits avec les permis nécessaires. Depuis 1998, ce sont les municipalités qui octroient les permis de construction et de conversion, et certaines les interdisent ou imposent des restrictions.

Le notaire ne peut pas confirmer que l'aménagement de l'espace résidentiel secondaire est conforme aux normes municipales, prévient Me Lane. L'acheteur d'une maison non conforme a certains recours contre le vendeur, mais au prix de nombreux tracas.

L'avocat insiste aussi sur l'importance de recourir à un inspecteur en bâtiment. Il pourra détecter les problèmes d'aménagement, par exemple un plafond trop bas ou une entrée non conforme.

S'assurer contre les non-conformités

Pour se protéger contre les non-conformités qui n'auraient pas été décelées, même en étant diligent, Bryan-Éric Lane suggère à tous les acheteurs de maison intergénérationnelle ou non de souscrire à une assurance de titres.

L'assurance titre immobilière peut, dans certains cas, couvrir un acheteur pour les dommages qui résultent de la non-conformité du bâtiment à l'égard de certains règlements municipaux, dont le zonage, explique-t-il.

Peu connue, l'assurance de titres est vendue par les notaires au Québec. Elle coûte en moyenne moins de 1000 $, payables seulement une fois, et protège les propriétaires jusqu'à la vente de leur résidence. La couverture est habituellement équivalente à la valeur marchande de l'habitation.

Dans le cas d'une maison intergénérationnelle qui se révélerait non conforme après l'achat, l'assurance remboursera les frais juridiques et le coût des modifications exigées par la Ville.

L'assurance de titres protège aussi contre la vente de la maison à l'insu des propriétaires, par exemple par des fraudeurs qui prétendraient détenir la résidence.

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