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« Un recul! » : des Franco-Albertains s’indignent de la refonte du programme scolaire

Une classe.

La proposition de programme scolaire allant de la maternelle à la 4e année ne fait pas état des conséquences négatives de la colonisation ou des pensionnats autochtones.

Photo : iStock

Une série de recommandations pour la refonte des programmes d’études sociales et d’arts en Alberta soulève les passions chez certains francophones. Ces derniers s’indignent du fait que la perspective franco-albertaine, tout comme celle des Autochtones, soit quasiment absente du programme proposé par le parti conservateur.

Les francophones n’existent pas dans ce document. Ils sont complètement éliminés, tranche Carla Peck, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de l’Alberta.

Il y a de petites [références] mais c’est vraiment superficiel, poursuit-elle, reconnaissant que le mot francophone apparaît à certains endroits du programme, mais très peu.

Cela ne donne pas la chance aux élèves d’en apprendre sur la culture francophone ou le peuple francophone qui est un des trois peuples fondamentaux à l’établissement de l’Alberta ou du Canada, dont les peuples autochtones, précise-t-elle.

C’est un traitement superficiel qui n’est pas bon du tout.

Carla Peck, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de l’Alberta

Nous avons une histoire

La présidente de la Société historique francophone de l'Alberta, Claudette Roy, abonde dans le même sens.

Dans la perspective francophone, là où on parle un peu d’apprentissage à propos du français au Canada, ce sont des choses liées au Québec, constate-t-elle.

On dit, par exemple, que les élèves pourraient apprendre une chanson qui s’appelle La Gaspésienne, que je ne connais pas, dit-elle. Alors, qu’ici en Alberta, nous avons une francophonie vibrante et active qui compose des chansons et qui chante ses compositions.

[Le gouvernement] dit :"Oui, il y a beaucoup de place pour la perspective francophone dans le programme", mais je n’ai pas trouvé grand-chose.

Claudette Roy, présidente, Société historique francophone de l'Alberta
Une salle de classe vide.

Le programme ne précise pas si une version distincte du programme sera créée pour les écoles francophones comme le NPD avait promis de le faire.

Photo : Getty Images/iStock/DONGSEON KIM

Le programme qui est présenté est un recul autant pour les francophones que pour les Autochtones, selon la directrice générale de la Fédération des parents francophones de l’Alberta, Mireille Péloquin.

L’impression qu’on a, c’est que [le gouvernement] censure certaines informations dont il ne veut pas trop parler, comme s’il avait honte des francophones hors province. C’est décevant, dit-elle.

Je pense qu’il n’y avait clairement pas de francophones avec une connaissance approfondie de notre histoire ni de celle des peuples autochtones sur ce comité, ajoute-t-elle.

Srilata Ravi, professeure titulaire de français et de littérature francophone, était la seule conseillère pour la perspective francophone dans le comité, composé de 15 personnes. Elle a refusé d’accorder une entrevue à Radio-Canada.

Tous les conseillers ont été nommés en raison de leur expertise dans leur domaine, dit toutefois le porte-parole du ministère provincial de l’Éducation, Colin Aitchison. Les sujets de l’enseignement et de la recherche de Mme Ravi portent sur les études littéraires, culturelles comparatives françaises et francophones, ainsi que sur les études postcoloniales et diasporiques.

Volet pédagogique critiqué

Faisant allusion à l'histoire autochtone, Carla Peck indique que les quelques références faites aux Premières Nations donnent l’impression qu’il s’agit d’une culture ne faisant que partie du passé. On y traite les Premières Nations comme une culture qui doit rester dans un musée et qui ne fait pas partie fondamentalement de notre société d’aujourd’hui, déplore-t-elle.

Elle dénonce notamment le fait que les documents recommandent de ne pas évoquer l'histoire des pensionnats autochtones avec les jeunes enfants, celle-ci étant jugée trop triste.

Les Autochtones et les francophones ont peut-être vécu les mêmes événements, mais on ne les a pas vécus de la même façon et ça, ça vaut la peine d'être compris et discuté, estime Claudette Roy.

Un autre aspect du programme qui est fortement critiqué, outre son contenu, est sa forme, puisqu’on y recommande également que les élèves mémorisent une série de dates comme celles de la fondation de Québec, de la signature des traités 6 et 7 ou encore de la vague d’immigration ukrainienne dans l’ouest.

Cela contredit plus de 40 ans de recherche sur la façon dont les étudiants apprennent dans les études sociales. C'est vraiment un retour dans le passé , se désole Mme Beck.

J’aimerais mieux que les élèves apprennent sur une ville comme Lacombe, qu’ils sachent d'où vient ce nom et comment il est lié à l’histoire.

Claudette Roy, présidente, Société historique francophone de l'Alberta

De simples suggestions, dit le gouvernement

Ce sont seulement des suggestions, a répété au moins quatre fois la ministre provinciale de l’Éducation, Adriana Lagrange, en point de presse mercredi.

Interrogée sur l’absence de l’histoire francophone dans le programme proposé, elle a esquivé la question, affirmant qu’il s’agit d’une version préliminaire.

Elle indique que celle-ci sera présentée à un groupe de travail composé de centaines d’enseignants cet automne et que la version finale sera présentée au public au début de l’an prochain.

Aucune décision finale n’a été prise.

Adriana Lagrande, ministre de l’Éducation de l’Alberta

Questionné à son tour sur l’absence de la perspective autochtone dans ce programme, le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, assure qu’elle y figurera bel et bien.

Le contenu du programme révisé comprendra évidemment du matériel sur les pensionnats autochtones au Canada, a-t-il répondu. Pour l'heure, la proposition de programme scolaire allant de la maternelle à la 4e année ne mentionne pas les conséquences négatives de la colonisation ou des pensionnats autochtones.

Promesses en l’air, selon le Nouveau Parti démocratique

Pour la porte-parole officielle de l'opposition en matière d’éducation, Sarah Hoffman, ce ne sont que des promesses vides de sens.

J’ai entendu la ministre [Lagrange] dire que le gouvernement sera en mesure d’apporter des changements, mais je l’ai aussi entendue dire, par le passé, qu’il n’y aurait pas de coupure dans le financement pour l’Éducation et il y en a eu, soutient-elle. J’ai aussi entendu la ministre dire au début de la pandémie que le financement pour l’Éducation serait maintenu et elle y a supprimé 128 millions de dollars en quelques semaines.

Je pense qu’elle a prouvé maintes et maintes fois qu’on ne peut pas lui faire confiance.

Sarah Hoffman, porte-parole officielle de l'opposition en matière d’éducation en Alberta

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