•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec autorise une chasse aux phoques gris à des fins scientifiques sur l'île Brion

Le cheptel de phoques gris près de l'île Brion, une réserve écologique à 16 kilomètres au large des Îles-de-la-Madeleine.

La colonie de phoques gris de l'île Brion, une réserve écologique à 16 kilomètres au large des Îles-de-la-Madeleine, est évaluée à au moins 10 000 individus (archives).

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans le cadre d’un projet scientifique, Québec permettra une chasse « structurée » aux phoques gris sur une partie de l’île Brion durant l’hiver 2021. Les chasseurs de phoques madelinots estiment qu’une telle mesure ne permet pas d’avancée concrète à court terme pour mieux contrôler la population du troupeau.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, consent à retirer une section de plage des limites de la réserve écologique de l’île Brion pour permettre l’abattage de phoque gris.

Québec ne précise pas pour l’instant la superficie du site où la chasse sera permise ni le nombre de bêtes qui pourront être chassées. Le gouvernement mentionne que les modalités de la chasse seront déterminées en collaboration avec les acteurs locaux concernés.

L'attachée du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) précise que deux rencontres auront lieu bientôt pour réunir des représentants de l'Association de chasseurs de phoques intra-Québec, de Pêches et Océans Canada, de la Communauté maritime des Îles et du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

La chasse aux phoques autorisée par Québec fera l'objet d'observations scientifiques et sera complémentaire au projet de recherche mené par le directeur du département de biologie de l’Université Laval, Stéphane Boudreau, visant à documenter les impacts potentiels de la taille croissante de la colonie de phoques gris sur la faune et la flore de l’île Brion.

On veut voir si le phoque, depuis l’établissement de la colonie, a eu des impacts sur la dynamique des écosystèmes terrestres, particulièrement les écosystèmes dunaires de l’île où vivent certaines espèces fauniques ou floristiques qui sont considérées comme vulnérables, indique le chercheur Stéphane Boudreau en faisant notamment référence à un piétinement excessif qui pourrait perturber la végétation et déstabiliser les dunes.

Des phoques sur la plage de l'île Brion

Des phoques sur la plage de l'île Brion (archives)

Photo : Radio-Canada / Line Danis

Parallèlement, le chercheur s’intéressera également aux effets de la chasse sur les dunes de l’île Brion.

Est-ce que la chasse entraîne une perturbation de l’écosystème dunaire via, par exemple, un piétinement se demande le chercheur.

On va profiter de cette chasse-là pour récolter certaines données sur les phoques, indique Stéphane Boudreau. On va prélever des contenus stomacaux de 30 à 40 individus qui vont être chassés et on va probablement prélever certains tissus musculaires.

Le professeur souhaite également valider si la présence de carcasses de phoques gris peut profiter au renard roux et ainsi causer une prédation supérieure à d’autres espèces fauniques qui sont considérées comme menacées à l’île Brion, ou encore si la fertilisation créée par les excréments de phoques gris peut s'avérer bénéfique sur les habitats floristiques.

L’étude d’une durée de trois ans comprend également l’installation de caméras sur l’île Brion pour mieux documenter la colonie de phoques gris évaluée à au moins 10 000 individus par le chercheur Stéphane Boudreau.

Des phoques en groupe

Les phoques gris mâles peuvent atteindre 2,3 m de long et peser jusqu’à 350 kg, alors que les femelles peuvent mesurer jusqu’à 2 m de long et peser jusqu’à 230 kg.

Photo : iStock / Ian Dyball

Mandaté par Québec en 2018, le Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE) s’était penché sur la possibilité d’autoriser une chasse commerciale à l’île Brion, tel que demandé par la Communauté maritimes des Îles.

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement avait finalement conclu que les données étaient insuffisantes pour prendre une décision éclairée et avait demandé au gouvernement d'approfondir les recherches avant de permettre ou non la chasse au phoque gris sur les plages de ce territoire protégé.

Pas une priorité selon les chasseurs

En soi, cette étude scientifique n’est pas une mauvaise nouvelle, mais est-ce que c’en est vraiment une bonne? questionne le directeur de l’Association des chasseurs de phoque intra-Québec, Gil Thériault, qui demande la mise en place d’une chasse commerciale aux phoques gris sur l’île Brion depuis plusieurs années.

Malheureusement, on est rendu un peu sceptique dans ce dossier-là, admet M. Thériault. Y a-t-il vraiment une volonté d’aider l’industrie ou bien on tergiverse avec des études et on repousse ça d’année en année?

« Est-ce que le phoque a une influence sur l’écosystème de l’île Brion? C’est une question intéressante, mais ce n’est pas une question prioritaire. »

— Une citation de  Gil Thériault, directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec

Gil Thériault déplore que Québec s'attarde à évaluer les impacts liés à la présence du phoque gris sur la faune et la flore, alors qu’il estime que sa surpopulation n’est plus à prouver.

Si on conclut que 10 000 phoques sur l’île Brion n’ont pas d’impact négatif sur l’écosystème, c’est à peu près sûr que dix chasseurs qui débarquent durant deux jours l’hiver quand tout est gelé ne doivent pas avoir un impact si négatif que ça non plus, avance M. Thériault. Donc, ça ne dérange pas qu’on chasse. Et si les phoques ont un impact négatif sur l’île, il va falloir qu’ils soient chassés. Pourquoi faire trois ans d’étude exactement?

Est-ce qu’on va se mettre à faire des études pour savoir si le homard nuit aux fonds marins et si on ne trouve pas de preuve, on va arrêter de pêcher le homard? s'interroge Gil Thériault. On se bat pour que le dossier du phoque soit géré comme les autres espèces en termes de population.

Vue aérienne de phoques gris sur l'île Brion en 2014

Une photo aérienne prise en 2014 démontre l'abondance de phoques gris sur l'île Brion (archives).

Photo : Courtoisie Pêches et Océans Canada

Gil Thériault précise qu’il n’a, pour l'instant, pris part à aucune discussion avec le gouvernement pour préciser le nombre de phoques gris qui pourront être abattus cet hiver sur l’île Brion, mais il soutient qu’une chasse se limitant à des visées scientifiques n’est pas rentable.

Chasser quelques dizaines de carcasses, au niveau industriel, c’est zéro et au niveau de la gestion du troupeau, c’est zéro, déplore-t-il. Pour l’industrie, cette annonce n’apporte absolument rien pour l’instant.

Gil Thériault affirme qu'il serait plus pertinent d'investir directement dans des études pour optimiser les méthodes de chasses et la commercialisation du phoque gris dans le but de mieux contrôler la population.

Un délai trop long selon Joël Arseneau

Le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, salue pour sa part la décision de Québec de permettre une chasse expérimentale au phoque gris sur une partie de l'île Brion.

Toutefois, il s'explique mal le délai qui s'est écoulé depuis le dépôt du rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement à ce sujet en décembre 2018.

On ne comprend pas pourquoi ça a pris deux ans pour déployer cette recommandation-là, affirme Joël Arseneau. Maintenant, qu’est-ce que ça change cette mesure-là pour l’industrie de la chasse ou pour l’écosystème madelinot? Pas grand-chose parce qu’on mène une étude sur deux ou trois ans.

Joël Arseneau lors d'une entrevue aux Îles

Le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau (archives)

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Par ailleurs, le député espère que le projet de loi 46, qui viendrait modifier la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, permettra de modifier plus rapidement les modalités de la réserve écologique de l'île Brion, afin d'y permettre une chasse commerciale au phoque gris.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !