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Borat 2 : politiquement incorrect et tristement drôle

Ce nouveau film immortalise notre époque, celle de l'affrontement des points de vue, celle de la pandémie de COVID-19 et, enfin, celle de l'Amérique de Donald Trump.

Un homme conduit une voiture et tente de retenir une femme qui sort son corps par la fenêtre, pendant que le véhicule est en marche.

Dans ce nouveau récit, Borat doit poursuivre sa mission avec sa fille de 15 ans, une « non-mâle », comme le dit le livre khazan.

Photo : Amazon Prime Video

CRITIQUE – En jetant un regard acide sur les États-Unis et en écorchant très brièvement le blackface de Justin Trudeau, Borat 2 dresse un portrait cynique et décapant d'une Amérique aux prises avec ses démons. Un film coup de poing, encore plus percutant et ancré dans l'actualité que le premier.

Borat, ce faux journaliste venu d'un Kazakhstan imaginaire, est un personnage créé par le comédien britannique Sacha Baron Cohen au début des années 2000. Il avait fait un malheur et suscité la controverse avec son premier film, qui avait vu le jour en 2006. 

Le public avait été à la fois amusé et choqué de voir Borat, ce drôle d'oiseau ignare, mettre en scène des Américains et Américaines de tous les jours tenant des propos antisémites, racistes, misogynes et démagogiques. C'était avant que les réseaux sociaux nous montrent que des Borat, il y en a partout sur la planète.

Borat 2.0

Si Borat – la version de 2006 – était l'illustration par l'absurde que la désinformation et l'ignorance mènent parfois à de graves dérives, comme le racisme, 14 ans plus tard, en pleine crise des fausses nouvelles, le personnage est encore plus d'actualité et va plus loin.

Le deuxième film surpasse le premier, car il immortalise notre époque, celle de l'affrontement des points de vue, celle de la pandémie de COVID-19 et, enfin, celle de l'Amérique de Donald Trump. Cette œuvre essentielle nous permet de rêver à un monde meilleur, car en vieillissant, Sacha Baron Cohen fait un peu plus place à l'empathie et à la compassion dans sa création.

Un homme ayant une épaisse moustache tient un drapeau du Canada et un drapeau du Kazakhstan dans ses mains en souriant.

Sacha Baron Cohen incarnant son personnage de Borat lors du Festival international du film de Toronto en 2006.

Photo : Getty Images / Evan Agostini

Dans Borat 2, le protagoniste est puni et envoyé au goulag par son gouvernement, et les vraies valeurs des États-Unis sont anéanties par un certain Barack Obama – ce qui aurait inspiré d'autres Africains, comme Justin Trudeau, au visage maquillé en noir sur une photo qui a ressurgi l’an dernier, à faire de la politique. Dans le film, l'élection de Donald Trump permet à l'Amérique de retrouver sa grandeur. Le président du Kazakhstan demande alors à Borat, dont le fils a changé de nom pour adopter celui de Jeffrey Epstein, d'aller aux États-Unis pour offrir au vice-président, Mike Pence, un cadeau, soit Johnny le singe, qui se trouve à être le ministre de la Culture et vedette de la porno kazakhe.

La table est mise pour le retour de Borat.

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L'Amérique misogyne, raciste et démagogue

Mais voilà que Johnny le singe est retrouvé mort et Borat doit poursuivre sa mission avec sa fille de 15 ans (étincelante Maria Bakalova), une non-mâle, comme le dit le livre kazakh.

Elle deviendra le cadeau idéal et le fil conducteur de cette aventure, dont la structure narrative ressemble énormément à celle du premier film. On est ici en terrain connu, avec le même genre d'intrigue et de revirements de situation. Avec son personnage, le comédien Sacha Baron Cohen joue encore une fois avec les préjugés et la complicité silencieuse de gens de la collectivité, d'activistes ou de la classe politique.

Au-delà des scènes vulgaires ou inutiles et du cabotinage, il y a de ces moments qui marquent, comme celui où un commerçant lui suggère d'utiliser une bonbonne de propane pour exterminer une vingtaine de gitans.

Le thème de l'antisémitisme, cher à Sacha Baron Cohen, revient, comme quand une pâtissière écrit avec plaisir et en grosses lettres sur un gâteau : Les Juifs ne nous remplaceront pas.

Borat, féministe

Borat vient d'un Kazakhstan caricaturé, qui n'existe pas, où les femmes sont inférieures aux animaux. En Amérique, terre de libertés et des droits individuels, la fille de Borat veut avoir une cage dorée.

Pour y arriver, elle va à la rencontre d’une pléthore de gens pour qui la condition de la femme est primordiale : un commerçant prêt à vendre une cage pour l'enfermer, une influenceuse « sugar baby » lui prodiguant des conseils pour se marier à un vieil homme, un chirurgien lui proposant un implant mammaire à 21 000 dollars, un pasteur pro-vie l'incitant à garder son enfant même s'il est le fruit de l'inceste, puis un homme estimant qu'elle vaut 500 dollars. 

Abordant de nombreux tabous et une certaine hypocrisie du monde occidental, Sacha Baron Cohen met le doigt là où ça fait mal. Son film est résolument féministe et, par la dérision, il démontre bien tout le chemin qu'il reste à parcourir.

Bien sûr, il est difficile de départager le vrai du faux et de savoir quelle mise en scène a été orchestrée pour en arriver à un tel résultat, qui nous laisse parfois sans mot.

Le parti républicain écorché

Borat 2 débarque sur nos écrans à moins de deux semaines de la présidentielle américaine et ce n'est pas un hasard. Au temps de la COVID-19, Borat a passé cinq jours avec deux républicains conspirationnistes qui sont convaincus que la démocrate Hillary Clinton boit le sang des enfants. Ils ont lu ça quelque part sur Internet.

Sacha Baron Cohen se moque aussi abondamment du président Donald Trump et son personnage va jusqu'à offrir sa fille en cadeau au vice-président, Mike Pence. La finale de ce film est à couper le souffle et met en scène un républicain influent et bien connu. Ce que vous verrez ne laissera personne indifférent.

Un homme imitant le président Donald Trump tient une femme sur son épaule.

Dans ce nouveau chapitre de « Borat », Sacha Baron Cohen se moque abondamment du président Donald Trump.

Photo : Amazon Prime Video

On dirait que Borat veut nous souffler à l'oreille que si le rire nous évite de pleurer, il doit parfois nous forcer à réfléchir et à agir.

Ce n'est pas un hasard si la première phrase au générique de fin de Borat 2 est la suivante : Allez voter ou vous allez être exécuté.

Borat 2

  • Version française de : Borat Subsequent Moviefilm: Delivery of Prodigious Bribe to American Regime for Make Benefit Once Glorious Nation of Kazakhstan
  • Réalisation : Jason Woliner
  • Mettant en vedette : Sacha Baron Cohen
  • Offert sur Amazon Prime Video à compter du vendredi 23 octobre 2020 

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