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Analyse

Menaces d’élections fédérales : si tout le monde bluffe, qui perd?

Pablo Rodriguez.

Le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, accuse les conservateurs de vouloir paralyser le Parlement.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Si les libéraux veulent vraiment continuer d’aider les Canadiens en temps de pandémie, il semble contre-intuitif de déclencher eux-mêmes des élections parce qu’ils ne sont pas d’accord sur la formation d’un comité.

Imaginons Justin Trudeau et Erin O’Toole en train de faire une partie de bras de fer. Tous deux ont le visage crispé par l’effort, mais leurs poings bougent à peine. C’est comme si ni l'un ni l'autre ne voulait vraiment gagner la partie.

Justin Trudeau répète dans tous les micros qu’il ne veut pas d’élections générales cet automne, mais son gouvernement agit comme s’il en désirait. Quant à l’opposition conservatrice, elle dit avoir perdu confiance en un gouvernement corrompu, mais refuse de le faire tomber.

Erin O’Toole veut continuer à creuser l’affaire UNIS (WE Charity, en anglais) qui a fait mal aux libéraux cet été, avant la prorogation du Parlement. Cependant, les conservateurs se sont assurés de braquer les libéraux contre eux en incluant les mots corruption et scandale dans la motion qui doit créer ce comité. Des termes loin d’être neutres, utilisés pour attirer l’attention de leur base et pour attiser la colère des libéraux.

Une question de confiance

Le gouvernement Trudeau répond en se mettant lui-même en danger : le vote pour la création de ce comité sera une question de confiance. Si le gouvernement minoritaire perd ce vote, il ira voir la gouverneure générale pour demander des élections.

La rapidité avec laquelle les libéraux minoritaires sont prêts à mettre leurs sièges en jeu pour une question de cuisine parlementaire suggère peut-être que l’affaire UNIS (et d’autres contrats accordés durant la pandémie) leur fait plus peur qu’ils n’osent le dire ou qu’ils sont davantage prêts pour un scrutin qu’ils n’osent l’admettre publiquement.

Avec cette menace, les libéraux cherchent peut-être à faire d’une pierre deux coups : empêcher la sortie de nouvelles révélations potentiellement dommageables tout en essayant de faire porter l’odieux du déclenchement d'élections en pleine pandémie aux partis d’opposition.

Et c’est là qu’un des arguments du gouvernement Trudeau peut sembler contradictoire.

Élections en pleine pandémie

Le leader des libéraux à la Chambre, Pablo Rodriguez, estime que les conservateurs font de l’abus de pouvoir. Leur demande paralyserait le gouvernement, parce que le comité va exiger des tonnes de documents et des heures de témoignages. Ce qui empêcherait les élus et les fonctionnaires de se consacrer à la lutte contre la pandémie.

Or, il n’y a pas de scénario idéal, puisque des élections pourraient aussi paralyser le gouvernement fédéral presque jusqu’à Noël, le temps de faire campagne et de préparer la rentrée parlementaire. Difficile d’adopter les programmes promis aux travailleurs et aux entrepreneurs quand on est dans une course électorale.

Le NPD estime qu’une campagne électorale maintenant se ferait au détriment des Canadiens. Le chef Jagmeet Singh affirme qu’il ne va pas donner aux libéraux une excuse pour plonger le pays dans des élections. Il pourrait donc encore une fois sauver la mise en votant avec le gouvernement.

Les députés libéraux n’ont pas encore été consultés sur la possibilité d’élections, mais s’attendent à l’être cette semaine. Plusieurs élus contactés disent qu’ils sont prêts à partir en campagne s’il le faut. Ils sont convaincus que les dégâts causés par l’affaire UNIS sont derrière eux. Ils croient que les Canadiens ont une opinion positive du bilan du gouvernement en temps de pandémie et ils veulent tester cette théorie auprès de l’électorat.

D’autres libéraux pensent toutefois qu’il serait préférable d’attendre que le gouvernement présente son énoncé économique de novembre avant de partir en campagne, histoire de montrer qu’on garde un œil sur les finances.

Quand Justin Trudeau demandait aux Canadiens de faire des sacrifices à l’Action de grâce pour avoir une chance de sauver Noël, personne ne pensait qu’il pourrait y avoir des élections fédérales entre les deux.

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