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La cinéaste Renée Blanchar a été secouée par son dernier film, Le Silence

Portrait professionnel de Renée Blanchar, cinéaste.

Renée Blanchar, cinéaste

Photo : Office national du film

Le film Le Silence risque de faire du bruit en Acadie.

Le Silence est un long métrage documentaire de Renée Blanchar qui ouvrira le Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) pour sa première, qui tiendra en ligne, le jeudi 12 novembre.

Le film traite des scandales d’abus sexuels perpétrés par des prêtres catholiques sur de jeunes garçons en Acadie.

Le Silence

Le Silence est coproduit par Ça Tourne Productions et l'ONF, en collaboration avec Radio-Canada

Photo : Image fournie par l'ONF

Renée Blanchard admet qu'elle n'a jamais été dérangée de la sorte par un sujet de film depuis le début de sa carrière.

Ça m'a secouée, parce que ce n'est pas un sujet facile. Ce n'est pas comme si on se lève le matin et on se dit : ''Je vais faire un film sur la question des abus sexuels dans l'Église catholique''. En fait, ce qui m'a dérangée, c'est que j'ai l'impression que ça fait 25 ans que je dois faire ce film-là. Mon premier film d'auteur documentaire, vraiment, c'est Vocation ménagère, ça fait 25 ans.

La cinéaste ne se doutait pas qu'un curé, présent dans son film Vocation ménagère, ferait les manchettes des années plus tard et que son histoire viendrait la mettre au défi.

Yvon Arsenault dans une église

Yvon Arsenault a été démis de ses fonctions par l'archidiocèse en janvier 2013 (archives).

Photo : Radio-Canada

Dans ce film, que j'ai fait à l'époque avec beaucoup de joie et toute la ferveur de la jeunesse, il y avait un curé, Yvon Arsenault, qui, au moment où l'affaire Camille Léger est sortie, en 2012, a fait l'objet d'accusations, rappelle-t-elle. Il a été reconnu coupable et mis en prison. Moi, ça m'a choquée.

La réalisatrice Renée Blanchar avec Kenneth Goguen.

La réalisatrice Renée Blanchar avec Kenneth Goguen

Photo : Office national du film - Julie D'Amour Léger

Elle affirme que ça l'a choquée d'avoir côtoyé ce curé pendant la création de Vocation ménagère sans n'avoir rien vu.

Ça m'a confronté à ma propre naïveté et à mon propre silence, explique-t-elle. À partir de là, je n'ai plus été tranquille. Je me suis dit : ''qu'est-ce que je fais avec ça?'' Ç'a quand même pris trois ou quatre ans avant que le sujet soit assez mûr et que je trouve le courage d'écrire une proposition pour faire ce film. Donc, c'est là où ça m'a vraiment secouée. Ce n'est pas que je n'étais plus maître de ce que je j'avais fait. Mais, c'est comme si le destin était en train de me pointer du doigt et me dire : ''heille, tu fais des films... de quoi es-tu faite? C'est peut-être le vrai sujet dont tu n'as jamais parlé''. C'est comme ça que je suis embarquée dans cette aventure humaine difficile, mais extraordinaire.

La complexité du silence

Renée Blanchar raconte que l'idée du titre, Le Silence, lui est venue tout de suite.

Ça m'a habité tout le long, assure-t-elle. Le film n'a jamais démenti ce premier élan-là d'essayer de comprendre la complexité du silence. Ça m'a amenée à aller loin d'une manière personnelle, mais aussi par rapport à notre parcours d'Acadiens. Notre silence, il a commencé par la Déportation. Le silence des générations d'enfants et des doyens qui sont morts. Ensuite, le silence des générations qui se sont ramassées après pour essayer de nous faire des vies.

Lowell Mallais, l’une des victimes du prêtre pédophile Lévi Noël du diocèse de Bathurst, au Nouveau-Brunswick.

Lowell Mallais, l’une des victimes du prêtre pédophile Lévi Noël du diocèse de Bathurst, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Office national du film - Julie D'Amour Léger

Un début de guérison

Renée Blanchard explique qu'il y a toutes sortes de silences.

Il y en a un qui est en lien avec ce qu'ont vécu des hommes et des femmes dans un contexte qui est celui de l'Église catholique. Tous les curés n'étaient pas comme ça, on s'entend. Mais il y en a quand même un nombre assez important pour que, dans la société acadienne, il y a eu quand même des dérapages importants. Je pense qu'on porte encore ça comme société et comme individus. Si on comprend ça, on peut commencer à guérir.

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