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Procès d'un ancien entraîneur olympique canadien de taekwondo

Shin Wook Lim fait face à 15 accusations de nature sexuelle contre deux anciennes athlètes.

Une photo d'un homme de face.

Shin Wook Lim a été arrêté en 2018 pour une quinzaine d'accusations de nature sexuelle contre deux adolescentes.

Photo : Courtoisie / Police de Toronto

Jean-Philippe Nadeau

L'ancien entraîneur olympique canadien de taekwondo Shin Wook Lim a plaidé non coupable à l'ouverture de son procès virtuel mardi à Toronto. L'homme de 46 ans fait face à 15 accusations d'agression et d'attouchements sexuels contre deux de ses anciennes athlètes, qui étaient mineures à l'époque.

Les faits reprochés se seraient produits de 2013 à 2017 durant des entraînements en Ontario, en Corée du Sud et au Mexique. Un interdit de publication a été imposé pour protéger l'identité des deux présumées victimes et de tous les témoins de la Couronne.

Avertissement : ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

La première à témoigner explique à la barre que Shin Wook Lim était un entraîneur exigeant, qui n'acceptait aucun retard, ni aucune absence, encore moins des relations d'adolescentes avec des garçons à l'école.

Il était intimidant, je ne l'appelais jamais par son nom, la discipline était le mot d'ordre lors des entraînements, se souvient-elle.

La plaignante, qui est aujourd'hui âgée de 21 ans, explique qu'elle a commencé à être mal à l'aise avec certaines de leurs conversations par message texte ou en personne.

Il parlait de ces entraîneurs qui ont des liaisons extra-conjugales à l'étranger ou qui payent les services d'une prostituée, poursuit-elle en expliquant qu'il lui avait révélé qu'il ne ferait jamais chose pareille à sa femme.

Une photo judiciaire d'un téléphone cellulaire affichant des messages textes.

Le téléphone que la plaignante utilisait pour s'entretenir avec son ancien entraîneur de taekwondo

Photo : Police de Toronto

La femme prétend qu'il lui a dit qu'il aurait aimé lui masser la cuisse à la place de son physiothérapeute lorsqu'elle avait des maux de jambe après un entraînement. Il me demandait toujours d'effacer nos messages, souligne-t-elle en expliquant qu'ils utilisaient l'application coréenne Kakao Talk.

Assis seul dans une salle et vêtu d'un complet-cravate noir, l'ancien président de Taekwondo Canada écoute attentivement son accusatrice, qui, elle, est la seule présente dans un prétoire au tribunal. Les autres parties sont en ligne sur Zoom à cause de la pandémie.

Intensification des agressions

Les années passent jusqu'au jour où l'entraîneur lui demande de l'étreindre, puis de l'embrasser, dans son bureau alors qu'il y avait une classe de taekwondo juste à l'extérieur dans le gymnase de Black Belt World à Toronto.

Elle soutient que Shin Wook Lim lui avait dit qu'il l'aimait dans un message quelques heures auparavant. Elle explique qu'elle a été contrainte de l'embrasser ce soir-là après plusieurs refus, parce qu'il se faisait insistant.

J'ai mis cet événement dans un coin de ma tête, parce qu'il me disait que cela me donnerait confiance en moi-même, parce que j'avais, comme bien d'autres adolescentes, une pauvre estime de ma personne et de mon corps.

Plaignante numéro 1

La femme souligne que les attouchements se sont aggravés, d'abord par-dessus son uniforme de judoka, puis en dessous jusqu'à ce qu'il mette la main dans ses sous-vêtements. J'étais toujours soumise, je n'ai jamais rien entrepris en sa présence, parce que je ne voulais pas qu'il me touche, précise-t-elle.

À l'entendre, les gestes de l'entraîneur se sont aggravés au cours de son adolescence jusqu'à ses 17 ans : des baisers non sollicités aux attouchements, en passant par le frottage et la masturbation au travers du pantalon de l'accusé, puis la fellation et la pénétration lorsqu'elle était un peu plus âgée.

Une photo judiciaire d'un club de taekwondo à Toronto.

Le club de taekwondo de Toronto, où l'ex-entraîneur Shin Wook Lim donnait des cours de taekwondo

Photo : Police de Toronto

Chaque fois, la plaignante explique à la cour qu'elle était pétrifiée et sous le choc et qu'elle ne savait quoi faire. Elle se demandait toujours ce qu'elle avait fait pour se retrouver en sa présence, particulièrement lorsqu'elle se trouvait à l'extérieur du gymnase.

En quoi ce qu'il me fait vivre peut-il être bénéfique pour ma carrière d'athlète? se demandait-elle après avoir expliqué à la cour qu'elle manquerait une belle occasion si elle ne se joignait pas à lui en dehors des heures d'entraînement.

La femme précise que les attouchements dont elle se dit avoir été victime se sont produits dans deux gymnases, l'un à Toronto et l'autre à Vaughan, à l'appartement de l'accusé, chez elle et lors de voyages à l'étranger pour des entraînements en Corée du Sud au cours des étés 2015 et 2016, pendant les vacances scolaires.

Déni et silence absolu

À la question de la procureure Jill Witkin, qui lui demande pourquoi elle a gardé le silence durant toutes ces années, elle répond qu'elle ne voulait en parler à personne et qu'elle était prête à emporter [s]on secret jusque dans [s]a tombe.

J'ai appris à vivre avec ce qui m'est arrivé et je me sens mieux aujourd'hui, même s'il m'est pénible de tout répéter ce que j'ai dit lors de l'enquête préliminaire. Le processus est maintenant presque fini. Ça a été deux années difficiles.

Plaignante numéro 1

Elle explique qu'elle était dans le déni, mais que son entrée à l'université l'a fait changer d'avis, notamment des cours en criminologie. Je ne m'intéressais plus du tout à la compétition et j'étais prête à briser le silence, dit-elle.

Elle portera plainte auprès de la police de Toronto en avril 2018.

Le contre-interrogatoire de la défense de l'ancien entraîneur aura lieu mercredi.

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