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Des demandeurs d'asile privés de cours de francisation

Christian, 35 ans, et sa conjointe Ivonne, 37 ans, sont arrivés au Québec en janvier 2020.

Christian, 35 ans, et sa conjointe Ivonne, 37 ans, sont arrivés au Québec en janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

De nombreux demandeurs d'asile qui prévoyaient suivre des cours de francisation au Québec cet automne sont dans l'impossibilité de le faire. Radio-Canada a appris que de nouvelles règles du ministère de l'Éducation retardent leur arrivée sur les bancs d'école ou les empêchent carrément d'être admis.

Christian et Ivonne, un jeune couple dans la trentaine, sont tous les deux dans cette situation. Avec leur fille, ils ont fui leur Colombie natale pour venir demander l'asile au Canada, au début de l'année 2020.

Établis à Québec, ils ont tenté de suivre des cours de francisation dès le printemps dans un centre de formation pour adultes, mais la COVID-19 a tout mis sur pause.

Ils racontent avoir de nouveau tenté de s'inscrire au Centre Le Phénix, en août dernier, mais on les aurait informés qu'ils devaient d'abord obtenir deux documents pour être admis.

L'affiche à l'entrée du Centre d'éducation aux adultes Le Phénix, à Québec

Le Centre Le Phénix est situé sur la route de l'Église, à Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Le premier document est un certificat d'acceptation du Québec (CAQ), délivré par le gouvernement provincial. Le second est un permis d'études, délivré par le gouvernement fédéral.

Il s'agit d'une nouvelle exigence du ministère de l'Éducation pour les demandeurs d'asile qui veulent suivre des cours de français dans les centres de formation générale pour adultes. Or, obtenir ces deux documents n'est pas une mince affaire.

D'une part, plusieurs demandeurs d'asile se sont vu refuser le CAQ par le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI). Par courriel, le MIFI dit être au courant de la situation et entend la corriger dans les meilleurs délais .

D'autre part, les délais combinés pour obtenir le CAQ et le permis d'études peuvent atteindre six mois. Pour Christian et Ivonne, ne pas avoir accès à des cours de français a des impacts considérables.

Quotidien complexe

Si nous marchons dans la rue, nous devons avoir un appareil mobile qui nous permet de nous situer parce que nous ne sommes pas capables de demander des indications, illustre Ivonne lors d'une entrevue en espagnol.

Pour accéder à n'importe quel emploi, tu as besoin d'une base de français ajoute son conjoint.

Si tu n'as pas de francisation, ou au moins des études de base, tu pars de zéro.

Christian

Au moment d'écrire ces lignes, le cabinet du ministre de l'Éducation Jean-François Roberge n'avait pas répondu aux questions de Radio-Canada à savoir pourquoi les règles d'accès à la francisation ont été modifiées pour les demandeurs d'asile.

Jusqu'au début de l'année scolaire, il leur suffisait pourtant de présenter une preuve de résidence au Québec, ainsi qu'un document officiel d'Immigration Canada, pour être admis.

Un phénomène répandu

S'il n'a pas été possible de préciser le nombre exact de demandeurs d'asile qui sont touchés, ils se comptent vraisemblablement par centaines, selon nos informations.

Seulement à Québec, le Centre de services scolaire de la capitale indique qu'environ 100 demandeurs d'asile ont été incapables de suivre leurs cours de français au Centre Louis-Jolliet, cet automne.

L'affiche à l'entrée du Centre Louis-Jolliet, à Québec, avec le bâtiment en arrière-plan

Le Centre Louis-Jolliet, situé près du centre-ville de Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Le Centre de services scolaire des Découvreurs confirme une baisse comparable des demandeurs d'asile en francisation au Centre Le Phénix. Le phénomène a également été signalé à l'extérieur de la Capitale-Nationale.

Des membres des régions de Québec et Montréal l’ont soulevé et on peut donc penser que la problématique est présente partout, mais nous n'avons pas fait une vérification systématique, indique par courriel la directrice de communications de la Fédération de centres de services scolaires du Québec, Caroline Lemieux.

Inutile

La porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation, Marwah Rizqy, ne comprend pas pourquoi le gouvernement a mis des bâtons dans les roues aux demandeurs d'asile.

Je suis un peu surprise parce que l'objectif recherché est de franciser le plus rapidement les demandeurs d'asile et avec ces nouvelles demandes, ces nouvelles exigences, on retarde le processus, dit-elle.

Je demanderais à ce stade-ci au ministre de revenir à l'état d'avant, donc de reculer et de permettre immédiatement aux demandeurs d'asile de pouvoir avoir accès à leurs cours de français.

Marwah Rizqy, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation
Plan rapproché de Mme Rizqy, devant des drapeaux du Québec

La porte-parole en matière d'éducation pour le Parti libéral du Québec, Marwah Rizqy

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Rousselle

Les effets de ces nouvelles règles ont été ressentis jusqu'au Centre multiethnique de Québec. Ces dernières semaines, plusieurs demandeurs d'asile se sont tournés vers l'organisme pour obtenir de l'aide.

La directrice générale, Natacha Battisti, estime qu'il s'agit d'un enjeu sérieux, car en dehors des centres de formation générale pour adultes, l'accès à la francisation peut se révéler difficile.

On rentre dans des enjeux de temps aussi, parce que [dans le réseau] communautaire des fois, les groupes sont plus restreints comparativement aux commissions scolaires, alors il y a un enjeu d'attente, explique-t-elle.

Natacha Battisti, directrice générale du Centre multiethnique de Québec et de ses habitations

Natacha Battisti, directrice générale du Centre multiethnique de Québec et de ses habitations

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Mme Battisti dit avoir communiqué avec des élus ainsi que le ministère de l'Éducation pour essayer de trouver une solution à ce problème.

En attendant, Christian et Ivonne essaient d'apprendre un peu de français par eux-mêmes, sachant qu'il s'agit de la clé de leur intégration.

Pour nous, le plus important [...] est d'apporter quelque chose à cette province, à ce pays. C'est d'être au moins capable de communiquer correctement, de la même manière que les gens le font ici, dit Christian.

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