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« Ne soyez pas aveugles », lance la diaspora arménienne aux chefs d’État

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Un homme tient une pancarte pendant une manifestation à Edmonton.

« Arrêtez l'agression azérie turque » dit la pancarte de cet homme.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Depuis le réveil d'un conflit armé entre l'Arménie et son voisin, l'Azerbaïdjan, la diaspora arménienne est inquiète et mobilisée dans les rues canadiennes. Ils sont près de 100 000 à se dire Arméniens et à vivre au pays. La diaspora de ce pays d'Asie de l'Ouest prie chaque jour pour ne pas compter de nouveaux morts parmi leurs proches sur place. Ils demandent aux chefs d'État de reconnaître l'indépendance de cette République pour mettre fin au conflit.

Ne soyez pas aveugles. Arrêtez le terroriste Erdogan, scandent la centaine de manifestants au gouvernement canadien présents le 13 octobre devant l'Assemblée législative à Edmonton. Ils viennent de Red Deer, de Calgary et d'Edmonton. Tous ont du sang arménien et ont des proches dans le Caucase du Sud, en guerre depuis la fin du mois de septembre.

J'ai des amis d'enfance qui combattent sur le front. Certains ont été tués à cause des bombardements. Il faut que la communauté internationale réagisse, mais personne ne fait rien, dit Aram Babasyan, né à Erevan, la capitale de l'Arménie.

Un homme avec un drapeau de la République du Haut-Karabakh sur son masque.

Plusieurs proches d'Aram Babasyan sont actuellement sur le front.

Photo : Kamé St-Cyr

Québécoise d’origine, Paylig Oltadjian a aussi fait le déplacement avec sa famille. Ce rassemblement, ça provoque beaucoup d’émotions en moi. Ça provoque un sentiment très fort d’injustice et de nationalisme, avoue-t-elle.

La lourde mémoire du génocide

Tous voient dans le conflit qui sévit à plus de 9000 kilomètres de là, le spectre d’un deuxième génocide. Entre 1915 et 1922, 1,5 million d'Arméniens ont été massacrés par les Turcs ottomans.

On a tous entendu des histoires horribles. C’est la même chose qui se passe en ce moment à Artsakh (nom arménien du Haut-Karabakh), assure Hakob Petrosyan, un autre manifestant. La Turquie a été accusée de souffler sur les braises du conflit actuel en apportant un soutien militaire à son allié turcophone.

Si la Turquie et l’Azerbaïdjan déposent les armes, il y aura la paix. Si les Arméniens déposent les armes, il y aura un génocide, clame Sévag Torossian, avocat au barreau de Paris, dans une tribune du Figaro (Nouvelle fenêtre). La diaspora est inquiète, mais se mobilise. Des rassemblements ont eu lieu le 15 octobre à Washington DC, le 19 octobre à Buenos Aires et le lendemain à Madrid.

Dans cette guerre, l'Azerbaïdjan est, depuis 26 ans, déterminé à reprendre le Haut-Karabakh, une enclave conquise par les forces indépendantistes pro-Arménie en 1994, mais octroyée par Joseph Staline en 1921. Après trois semaines de conflit, le camp arménien essuie de lourdes pertes face à un ennemi plus armé.

Un homme assis au milieu de décombres.

Un homme prie dans une église détruite à 15 kilomètres de la frontière du Haut-Karabakh.

Photo : AFP / Aris Messinis

Malgré le cessez-le-feu humanitaire décrété le samedi 10 octobre, les combats se poursuivent. Les Arméniens mènent une guerre de tranchées contre des drones azéris. Une escalade armée de l'Azerbaïdjan est à prévoir après plusieurs semaines de guerre qui ont affaibli les défenses arméniennes, selon Thomas de Waal, expert britannique interrogé par le New York Times (Nouvelle fenêtre).

Des nouvelles du front

Les pancartes Reconnaissez la République d’Artsakh se comptaient par dizaines lors de cette manifestation devant l’Assemblée législative albertaine à la mi-octobre. Kristina Petrosyan et son mari, Henadzi Arakelian, croient qu'une telle reconnaissance mettrait fin au conflit.

Depuis sa maison dans le sud d’Edmonton, la jeune mère de famille pense tous les jours à ses proches du Haut-Karabakh. Il y a deux ans, elle a quitté sa ville natale, Stepanakert, capitale de ce micro-État, et désormais ville fantôme.

Ma mère et ma soeur sont maintenant en sécurité à Erevan, raconte-t-elle. Deux membres de sa famille sont morts ces dernières semaines. Avec son mari, ils s'attendaient à une nouvelle guerre, mais ils n'imaginaient pas qu'elle serait si brutale.

Une femme assise à une table.

Kristina Petrosyan tente de joindre ses proches tous les jours, depuis le début du conflit.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Nos proches ont dû quitter leurs maisons pour échapper aux bombardements. Des gens meurent tous les jours et des vies sont brisées. Femmes et enfants sont en sécurité, mais nous sommes inquiets pour les hommes qui combattent sur le front en ce moment, explique ce dernier.

Pour la communauté arménienne, le Haut-Karabakh n'a rien à voir avec l'Azerbaïdjan. Pourtant, cette région, dont la majorité de la population est à ce jour arménienne chrétienne, est enclavée au sein de cet État musulman chiite. La République d’Artsakh n’a jamais été reconnue par la communauté internationale qui, par contre, reconnaît cette terre comme propriété azérie.

Une guerre sans issue simple

Les membres de la diaspora arménienne demandent, haut et fort, la reconnaissance du Haut-Karabakh par des chefs d’État, comme Justin Trudeau ou Emmanuel Macron. Ils y voient un moyen de clore le conflit. Une vingtaine de députés français ont formulé le même souhait le 15 octobre (Nouvelle fenêtre). Toutefois, ce geste diplomatique serait loin d’assurer un épilogue, selon Frédéric Mégret, professeur de droit international à l'Université McGill.

La reconnaissance est souvent perçue comme une solution miracle, estime-t-il. Il faut voir qu’elle est extrêmement improbable, puisqu’aucun État actuellement ne reconnaît la République d'Artsakh. Ça n’empêche pas qu’on cherche des solutions créatives, mais ces solutions doivent venir avant tout de l’Arménie et de l'Azerbaïdjan. Par rapport au droit international, l'a priori est plus favorable à la cause azérie.

Un homme en pleurs sur la tombe d'un soldat, à Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, le 17 octobre.

Un homme en pleurs sur la tombe d'un soldat, à Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, le 17 octobre.

Photo : afp via getty images / Aris Messinis

Même si une victoire du oui est à prévoir si un hypothétique référendum sur l’indépendance de ce micro-État avait lieu, ce serait une situation artificielle, selon le professeur Frédéric Mégret, puisque le Haut-Karabakh a été vidé de ses habitants azéris du fait de l’action des armes du début des années 1990 .

En réaction aux demandes de la diaspora, le ministère des Affaires étrangères a répondu, mercredi, par courriel, à Radio-Canada : Le Canada exhorte toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et à œuvrer en vue d'une solution négociée. La position du Canada reste fondée sur son soutien ferme au travail du groupe de Minsk de l'OSCE en vue d'une solution négociée, et notre position ne préjuge pas de l'issue de ce processus.

Près de 2500 Canadiens d’origine azerbaïdjanaise se sont rassemblés dans le centre-ville de Toronto, le 18 octobre, selon La Presse canadienne. Ils réclament le retour des terres occupées par l’Arménie. Le gouvernement azéri a indiqué, pour sa part, n’envisager qu’une seule issue : le retrait de son adversaire.

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