•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ils ont perdu la foi en Trump

C’est évidemment un cliché de dire que la religion fait toujours partie des campagnes électorales américaines, et cette présidentielle n'y fait pas exception. En 2016, les évangéliques avaient été séduits par Donald Trump. Quatre ans plus tard, certains le soutiennent encore, mais est-ce que ce sera suffisant pour qu’il soit réélu?

Des disciples, debout, portent le masque.

Des disciples de l'église Segadores de Vida en banlieue de Miami.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

« Dieu a installé notre commandant en chef à la Maison-Blanche, remercions le Seigneur », lance avec son ton de prédicateur bien aimé de son église, Ruddy Gracia, évêque fondateur de Segadores de Vida en banlieue de Miami.

Dans son lieu de culte à moitié rempli, il s’adresse aux fidèles qui sont, en très grande majorité, hispanophones. Aujourd’hui, l’église a été prise d’assaut par la machine de réélection du président Trump et, qui de mieux pour ajouter un peu de prestige pour cet événement qu’un invité de marque, Eric Trump, l’un des fils du président?

En coulisses, Trump entend Gracia louanger son père. J’ai vu un homme avec une mission divine qui m’a prouvé en quelques heures seulement qu’il était l’envoyé de Dieu.

Cher Évêque, vous pouvez croire que quelqu’un nous guidait là-haut, car nous n’aurions eu aucune chance de gagner en 2016.

Eric Trump

Le fils du président en profite pour mettre en garde contre les démocrates qui, selon lui, infligeraient les pires maux à la chrétienté. Je ne comprends pas qu’on veuille débarrasser la société de la foi, de vouloir fermer les églises et de détruire le noyau familial, explique-t-il devant la foule, qui désapprouve de telles choses, même si elles ne sont pas vérifiées.

Eric Trump sur une scène.

Eric Trump est en mission dans cette église en faisant l'éloge de son père, Donald.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Qu’importe, à la sortie, les bons commentaires fusent sur le président. C’est un homme de foi qu’il est par sa façon dont il prend soin du monde et de notre pays, dit celle-ci. Je vais prier pour lui. On reconnaît un arbre à son fruit, regardez-le, c’est simple, ajoute un autre.

Dissidence chez les évangéliques

Mais les évangéliques ne pensent pas tous de la même façon. En banlieue d’Orlando, le pasteur Joel Hunter vient de cosigner aux côtés de 1600 leaders religieux une lettre qui invite les chrétiens à voter pour Joe Biden.

Dans la lettre, des chefs de file évangéliques sont prêts à mettre entre parenthèses leur objectif essentiel : empêcher l’avortement à tout prix. Hunter, qui a voté pour Trump il y a quatre ans, le regrette beaucoup. Je me suis dit : "Donnons-lui une chance, après tout, qu’est-ce qui peut arriver de grave?", dit-il en riant aux éclats. Je change mon vote cette fois-ci. Je n’ai pas changé d’avis sur l’avortement, mais il y a d’autres dossiers comme l’accès aux soins de santé, la pauvreté, les changements climatiques, qui sont tous des problèmes pro-vie.

Il ajoute que sa prise de position lui a coûté des appuis au sein de sa congrégation, mais cela valait la peine de s’affirmer.

Trump, ce pécheur impénitent

Dans l’État voisin de la Floride, le pasteur évangélique Doug Pagitt encourage les électeurs à se prononcer devant un des bureaux de vote d’Atlanta, en Georgie.

À bord de son autobus de l’amour, comme il l’appelle, il a déjà parcouru plus de 145 000 kilomètres d’est en ouest au pays pour tenter de faire changer d'avis les chrétiens sur leur vote. Il nous confie qu’il n’apprécie guère le président. Je ne crois pas qu’il soit un homme de foi. Il est ce qu’on appelle un pécheur impénitent. C’est celui qui va se noyer et qui s’accroche à vous pour vous emmener au fond avec lui.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Doug Pagitt prend un autoportrait devant son autobus.

Ses actes parlent plus que ses mots, selon Pagitt, qui a été choqué par Donald Trump l’été dernier lorsque ce dernier a ordonné d’utiliser du poivre de cayenne pour chasser des citoyens du parc Lafayette en face de la Maison-Blanche afin qu’il puisse brandir, triomphant, la Bible. Ce n’est pas quelqu’un qui prend la foi au sérieux.

Un président moins utile

Depuis les quatre dernières années, les évangéliques ont vu en Donald Trump un rempart contre l’avortement, même si, concrètement, il n’a pas fait grand-chose sur ce dossier.

Seul point positif, selon le pasteur Joel Hunter, il a nommé des juges conservateurs à la Cour suprême, ce qui est de bon augure pour s’assurer que l’avortement ne gagne pas de terrain ou même en perde. Maintenant que c’est fait, il y a moins de motivation à voter encore pour lui, estime-t-il.

Priez pour l'Amérique, peut-on lire sur une affiche.

La religion est un acteur important des campagnes électorales aux États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Doug Pagitt, qui a sondé les catholiques blancs et les évangéliques dans les États pivots où les écarts dans les intentions de vote entre Biden et Trump sont plutôt faibles, y voit une occasion de faire pencher la balance en faveur de Joe Biden. Un grand nombre d’évangéliques et peut-être 50 % des catholiques vont encore voter pour Trump et c’est un problème en soi, mais il a perdu suffisamment de soutien parmi eux pour qu’il ne soit pas réélu.

Il a calculé qu’il suffit qu’entre 5 % et 7 % de chrétiens ne votent pas pour Trump, et le tour est joué. Il reste deux semaines pour que son vœu soit exaucé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !