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Pourquoi écrire une nouvelle au lieu d’un roman?

Une femme est assise devant un ordinateur et écrit avec un stylo dans un carnet.

Écrire un recueil de nouvelles ou un roman sont deux exercices différents.

Photo : getty images/istockphoto / Rawpixel

Cecile Gladel

La nouvelle est un genre à part entière, comme la poésie. Mais souvent, on la définit par rapport au roman. Pourtant, la différence est évidente, surtout pour les personnes qui en écrivent.

Des gens disent que la nouvelle, c’est comme monter dans un train en marche et en redescendre très vite. C’est un style littéraire à l’ombre du roman et ça a pris du temps avant que la nouvelle ne prenne sa place, explique Sylvie Massicotte, écrivaine et professeure qui offre des ateliers d’écriture.

Le nouvelliste Gilles Pellerin, auteur de l’essai Nous aurions un petit genre : publier des nouvelles, compare la nouvelle à un alcool fort à consommer à petites doses. Il pense que la nouvelle correspond à la désorganisation chaotique de nos vies modernes. On morcelle la vie en trois ou quatre fragments.

C’est dans les années 1980 que plusieurs personnes ont voulu démocratiser et mettre en valeur la nouvelle. Des revues comme XYZ et Stop sont devenues des espaces de diffusion pour ce genre littéraire.

Mal aimée, la nouvelle?

La nouvelle n’a toujours pas gagné ses véritables lettres de noblesse. On n’est pas si nombreux à s’être consacrés au genre de façon durable. C’est une sorte de militantisme. À l’époque, on me demandait quand j’allais écrire un roman. Ça me piquait au vif, rapporte Sylvie Massicotte.

La femme sourit et regarde devant elle.

L'écrivaine Sylvie Massicotte

Photo : Véro Boncompagni

Cette dernière soutient que la nouvelle est beaucoup plus qu’un passage pour aller à un roman : On ne demande pas aux poètes quand ils vont écrire un roman.

Elle ajoute que les médias parlent plus souvent des romans que des nouvelles. On ne choisissait pas la nouvelle pour être mis en lumière. Si j’avais été carriériste, j’aurais écrit un roman. Je peux comprendre que traiter d'un roman est plus simple. C’est plus exigeant de parler de nouvelles pour un critique littéraire, soutient-elle.

Chaque fois que je terminais un recueil, j’avais l’impression de creuser ma tombe. Mais je revenais à l’essentiel. Je n’ai jamais choisi d’être écrivaine pour la lumière.

Sylvie Massicotte

La nouvelle, un choix à faire

Sylvie Massicotte explique que l’écriture d’une nouvelle est différente de celle d’un roman : Quand on écrit, dès la première ligne, on est conscient de la fin imminente. L’état d’urgence influe sur la langue qu’on utilise, on a toujours la sensation d’être au bord du gouffre. Ça permet d’exploiter des choses très profondes et très intenses et d’explorer une profondeur de manière concentrée.

Gilles Pellerin pense que les nouvellistes, les romanciers et romancières et les poètes écrivent différemment, selon un style propre à chaque genre. Il fait une comparaison avec la course à pied, parlant de vitesse pour la nouvelle et de course de fond pour le roman. L’énergie n'est pas la même dans une nouvelle; c’est très excitant, un peu haletant et épuisant, dit-il.

L'homme est devant un micro dans un studio de radio.

L'écrivain et ancien éditeur Gilles Pellerin

Photo : Radio-Canada / Geneviève Gagnon

Sylvie Massicotte pense que le choix d’écrire une nouvelle ou un roman dépend du propos et du regard sur le monde qu’on veut donner à l’histoire. Il y a autant de façons d’écrire que d’écrivains. [...] Il faut voir où va l’écriture de manière naturelle. La pire chose qui peut arriver à un écrivain, c’est d’avoir un propos qui ne pourrait être exploité que dans le roman, mais d’essayer de le faire entrer dans une nouvelle. C’est un combat épouvantable, ça ne rentre pas. C’est comme essayer de mettre des vêtements pour un an dans une valise de petit format, illustre Sylvie Massicotte.

Plus facile, la nouvelle?

Puisque la nouvelle est plus courte qu’un roman, on peut penser qu’il est plus facile d’en écrire. C’est complètement faux. Les romanciers qui décident d’écrire des nouvelles s’en rendent compte rapidement, précise Sylvie Massicotte.

Elle ajoute que chaque genre littéraire a ses exigences. La nouvelle, par exemple, est un travail infini de réécriture, ce qui n’est pas le cas du roman. Quand j’ai écrit un roman, j’avais tendance à faire comme la nouvelle, qui est une boucle de relecture, dit-elle. Mais la relecture était fastidieuse. Ça m’a poussée vers une autre expérience.

Gilles Pellerin pense aussi que l’écriture d’une nouvelle et l’écriture d’un roman sont deux choses bien différentes.

Une nouvelle, c’est explosif. Le début est important, puis il faut que ça se résolve rapidement dans l’inattendu. C’est du concentré.

Gilles Pellerin

L’écrivaine Suzanne Myre, autrice de cinq recueils de nouvelles, de dizaines de nouvelles et de deux romans, avoue que l’écriture d’une nouvelle se fait vite, mais que ce n’est pas simple. Un roman demande du temps. J’ai aimé prendre mon temps. Avec la nouvelle, je me dépêchais, avoue-t-elle.

Portrait en couleur, en plan rapproché, en légère plongée, de Suzanne Myre. La femme sourit, regarde la caméra et porte un foulard sur ses cheveux.

L'autrice Suzanne Myre

Photo : Sarah Scott

La nouvelle se lit en peu de temps par rapport à un roman, mais pas plus facilement. C'est exigeant pour les personnes qui lisent, ça demande de la concentration. Je trouve que le roman est reposant, dit Gilles Pellerin.

Le lecteur d'une nouvelle remplit les vides. On sait les vides qu’on laisse, en fonction de la chute. Il y a des moments d’arrêt qui forcent la personne qui lit à réfléchir, précise Sylvie Massicotte, qui pense que la nouvelle est proche d’une chanson.

Un recueil de nouvelles est donc un peu comme un album de musique. Mais Gilles Pellerin explique qu’il faut trouver le bon ordre dans lequel placer celles-ci. C’est très long quand on a 80 nouvelles. On pourrait ne pas les mettre dans un certain ordre, ce n’est pas obligé. Aujourd’hui, les livres de nouvelles sont organisés, il y a un fil conducteur. C’est une question d’atmosphère ou de nature narrative, conclut-il.

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. 

Vous écrivez des nouvelles? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 31 octobre 2020.

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