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Les familles d’accueil : un milieu de moins en moins familial

Un adolescent appuyé sur une clôture.

La COVID-19 est venue perturber pour ne pas dire bouleverser plusieurs réalités (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Assujetties aux mêmes règles que les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et les ressources intermédiaires, les familles d’accueil doivent observer des règles d’hygiène strictes. En plus des problématiques habituelles en lien avec des jeunes en difficulté, elles composent avec les risques de contamination à la COVID-19.

C’est vraiment difficile psychologiquement pour les ressources, affirme d’entrée de jeu Lucille Rouillard, présidente du syndicat des intervenant-es en milieu résidentiel à l'enfance de l'Abitibi-Témiscamingue, affilié à la CSN.

Depuis le mois de mars, la pression sanitaire s’est accrue, comme partout. Désinfection des poignées de porte, respect des distances entre les individus font partie du quotidien, ce qui change le visage de ces maisons familiales à qui ont imposent des mesures d'institutions.

On ajoute la désinfection des mains régulièrement et nous sommes en nombre limité. La règle du deux mètres, c’est autant que faire se peut. On a tout de même des maisons familiales et ce n’est pas toujours facile. Et si on a un jeune avec des symptômes, on doit le confiner à sa chambre pour éviter que tout le milieu soit contaminé , explique Mme Rouillard, qui héberge chez elle sept adolescents.

Une femme sourit à la caméra dans son salon.

Lucille Rouillard, présidente du syndicat des intervenant-es en milieu résidentiel à l'enfance de l'Abitibi-Témiscamingue (archives)

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Composer avec des adolescents consiste aussi à jongler avec des pratiques quotidiennes qui ajoutent à la pression psychologique d’avoir à s’assurer qu’il n’y a pas de contamination.

Les adolescents qu’on garde ont souvent des problèmes de comportements ou diverses problématiques. On peut avoir des jeunes qui se prêtent des vapoteuses ou des cigarettes. Ils mettent leurs lèvres là-dessus et se les partagent. Le stress de penser qu’il pourrait avoir propagation dans notre milieu est grand, reconnaît Lucille Rouillard.

Dans les premiers mois, une aide financière avait été accordée pour permettre aux différentes familles de s’adapter aux règles sanitaires.

On avait un 20 % pour toutes nos mesures d’hygiène et pour la lourdeur. On nous a retiré cette aide au 30 juin en nous demandant de maintenir toutes les pratiques qui vont avec , déplore la présidente.

Des choix déchirants

Il arrive parfois que les grands-parents deviennent famille d’accueil pour leurs petits-enfants. Il est arrivé aussi qu’une personne m’appelle pour me dire que les directives lui imposaient de choisir. Elle m’a dit "j’ai quatre petits-enfants que je garde et on me dit que je ne peux qu’en avoir deux. Je dois donc choisir lesquels je veux garder." Elle devait donc choisir laquelle de ses deux filles elle allait aider, relate Lucille Rouillard.

Les restrictions quant aux nombres de personnes qui peuvent entrer dans une maison a aussi isolé plusieurs ressources. La question des bulles à respecter est rapidement devenue un élément bien théorique.

Les enfants allaient dans les milieux naturels où ils ne respectaient pas nécessairement les mêmes règles que ce qui nous est imposé à nous par le réseau de la santé. Au retour des enfants, il y avait toujours un certain niveau de stress, qui a connu un autre pic avec la rentrée, précise-t-elle.

Pour les jeunes qui quittent pour un week-end chez un parent naturel, la procédure de retour impliquera de prendre une douche en arrivant et de laver tous les vêtements.

Parallèlement, les personnes qui hébergent ont aussi dû se restreindre. Souvent on ne peut pas recevoir la visite de ses propres enfants, s’ils n’habitent plus à la maison par exemple. On ne réalise pas jusqu’à quel point être famille d’accueil c’est contraignant. On doit parfois faire une croix sur des amis [...] les amis ne pouvaient pas venir à la maison, notre famille non plus. On se retrouve très isolés , confie Lucille Rouillard.

La pénurie de familles d’accueil s’accentue

Régulièrement, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue publie des invitations à postuler pour devenir famille d’accueil. Les besoins étaient déjà criants avant la pandémie.

Lucille Rouillard a commencé à accueillir des jeunes chez elle il y a 21 ans. Plusieurs autres ressources, comme la sienne, sont portées par l’implication d’hommes et de femmes qui s’investissent depuis de nombreuses années. Plusieurs avaient déjà la retraite dans leur mire.

Certains avaient l’intention de prendre une retraite d’ici 5 à 10 ans, mais depuis la pandémie, ils voient la sortie beaucoup plus près maintenant, prévient-elle.

Le vieillissement des familles d'accueil et le recrutement de nouveaux lieux d’hébergement qui ne comblent pas ceux qui se retirent du réseau ajoutent à la pénurie. Il faut dire aussi que les exigences sont grandes et les pare-feu peu nombreux.

On met des plasters sur les bobos, mais personne ne vient les guérir les bobos.

Lucille Rouillard

Pendant le confinement, le suivi avec les intervenants s’est fait principalement par téléphone, ce qui n’est pas idéal pour discuter des enjeux plus délicats ou même pour établir une relation de confiance auprès des jeunes.

Les intervenants sont débordés. Ils sont moins là, moins présents, certains en congé maladie. Tout le système de la santé, et on pourrait en faire une grande discussion, est malade , affirme Lucille Rouillard.

Selon elle, le recrutement n’en sera que plus difficile et les alternatives ne sont pas légion.

Il va en avoir de moins en moins. Rien ne va s’améliorer. On va probablement avoir à construire de petites institutions parce qu’il n’y a pas assez de familles d’accueil , conclut-elle.

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