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Une écrivaine sur trois victime de harcèlement, selon un sondage

Une femme ou une personne issue des minorités de genre sur sept a déclaré avoir subi des attouchements.

Plusieurs livres sont posés debout sur un table.

Le milieu littéraire est aussi touché par le harcèlement.

Photo : getty images/istockphoto / FabrikaCr

Cecile Gladel

Près d’une écrivaine sur trois a été victime de harcèlement dans le milieu littéraire québécois, selon un sondage de l’’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) dont les résultats ont été dévoilés mardi.

Et près du quart des 444 autrices et auteurs québécois qui ont répondu au sondage de 21 questions ont dit avoir subi au moins une fois un comportement inadéquat répétitif ou une conduite grave.

Ce taux passe à 32,8 % quand il s’agit de femmes ou de personnes issues des minorités de genre.

Une femme ou une personne issue des minorités de genre sur sept a déclaré avoir subi des attouchements lors de relations professionnelles. Plus d’une sur cinq a été victime d'intimidation et une sur trois a fait l’objet de propos humiliants. Je ne sais pas si j’ai été surpris, mais j’ai été choqué, avoue le directeur général de l’UNEQ, Laurent Dubois.

Selon l’UNEQ, ces chiffres démontrent sans équivoque le déséquilibre du rapport de force entre les partenaires du milieu, déséquilibre qui mène bien souvent à des comportements inacceptables et à une omerta intolérable.

La femme sourit et se tient la tête avec la main.

L'écrivaine et présidente de l'UNEQ Suzanne Aubry

Photo : Julien Faugère

Le type de harcèlement dont il est question est sexuel et psychologique. Cependant, l’UNEQ a décidé de les regrouper sans faire de distinction. Le deuxième volet est tout aussi important, car c’est de l’abus de pouvoir. Sur le volet criminel, on ne peut pas se substituer à la justice, et sur les autres formes d’abus, on ne peut pas agir, car ce n’est pas encadré. On peut seulement conseiller les victimes, précise la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry en entrevue téléphonique.

Cet été, alors qu’une vague de dénonciations déferlait sur les réseaux sociaux, un groupe réunissant 300 femmes et personnes non binaires s’était constitué en ligne pour que les victimes puissent témoigner, mais aussi pour exprimer des revendications afin que la violence cesse dans le milieu.

C’est après cet événement que l’UNEQ a décidé d’agir et a créé une cellule d’urgence avec la vice-présidente Mélissa Verreault et l’écrivaine Erika Soucy. On était sidérées par l’ampleur des situations décrites et dénoncées. Ça a été beaucoup d’écoute, précise Suzanne Aubry en entrevue téléphonique.

Erika Soucy, qui s’est impliquée pour faire changer les choses, parle même d’une omerta : J'ai commencé dans le milieu littéraire il y a 12 ans, la culture a évolué. Maintenant, on est capables de dire que c'est assez. Mais quand je suis arrivée et que je voulais faire carrière, je riais quand on passait des commentaires sur ma poitrine. J'ai banalisé beaucoup de choses en pensant que c'était ainsi.

Elle précise qu’on ne subit pas du harcèlement du jour au lendemain, mais que de nombreuses personnes sont fatiguées de cette situation et veulent vraiment que la culture change. Tout le monde n’a pas un comportement de prédateur. Mais il arrive qu'un éditeur, un producteur ou parfois un collègue t’invite à souper pour discuter d'un projet. On y va de bonne foi. Puis tout d’un coup, on se réveille en pleine nuit et on a reçu un texto bizarre. C’est un cas de figure parmi tant d’autres, puis on continue de travailler avec cette personne, car on se dit qu’elle avait un verre dans le nez. Mais sommes-nous obligées de passer par ce type de malaise? se demande-t-elle.

Elle sourit au micro.

La poétesse, autrice et comédienne Erika Soucy

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

L’absence de recours

L’UNEQ dénonce également l’absence de recours pour les victimes et une privation d’une partie de leurs droits syndicaux.

Suzanne Aubry précise que l’UNEQ a décidé d’agir puisque c’est un syndicat. Toutefois, la Loi sur le statut de l’artiste n'oblige pas les éditeurs à négocier avec nous. Ça nous a permis de constater l’ampleur de la différence qui existe entre les différents artistes, rappelle-t-elle.

Un total de 59 % des personnes ayant déclaré avoir subi un ou plusieurs abus ont dit ne pas avoir tenté de parler à l’un ou l’une des responsables de l’entreprise ou de l’organisation, car c’était impossible ou par peur des conséquences.

L’UNEQ note que le milieu travaille actuellement à développer des moyens pour prévenir ces situations. Laurent Dubois estime toutefois qu’il faut également aborder la question des recours, des sanctions, de l’accompagnement des victimes et des processus de justice réparatrice.

L'absence d'ententes collectives signées dans le milieu littéraire prive les écrivaines et écrivains des mécanismes de griefs, d'arbitrage et de médiation. On n'arrive pas à contraindre les éditeurs ou les autres producteurs, les salons du livre et les festivals, à s'asseoir à la table avec nous pour parler des conditions de travail et imposer des codes de déontologie, des règles, déplore Laurent Dubois.

Évidemment, le directeur général avoue que la prise de conscience du problème dans la société aide à combattre celui-ci. Il y a des gens qui ont pris conscience que les temps changent, que ce qui était peut-être un comportement acceptable il y a 30 ans ne l'est plus aujourd'hui et c'est bien comme ça. Mais il faut mettre en place des choses pour structurer et pour légiférer et accompagner les victimes, car malheureusement, tant qu'il y aura des hommes, il y aura de la masculinité toxique.

L’UNEQ n’a pas demandé aux personnes qui ont répondu au sondage de décrire des situations en particulier.

Avec les informations de Catherine Richer

Avec les informations de La Presse canadienne

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