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Un viol ordinaire, le nouveau roman proconsentement de Janette Bertrand

« Ce n’est pas vrai qu’on peut tout faire à sa blonde, à son chum », a déclaré Janette Bertrand, dimanche, en entrevue à Tout le monde en parle.

Janette Bertrand porte un haut blanc et gros un collier.

Janette Bertrand à « Tout le monde en parle »

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Radio-Canada

À plus de 95 ans, l’autrice Janette Bertrand sort, mercredi, son nouveau roman, Un viol ordinaire, qui porte sur les relations sexuelles non consenties au sein des couples. « Ce n’est pas vrai qu’on peut tout faire à sa blonde, à son chum », a-t-elle déclaré, dimanche, en entrevue à Tout le monde en parle.

Dans ce livre, un homme, décrit comme un bon gars, oblige sa conjointe à subir un acte sexuel qu’elle refuse. Janette Bertrand a voulu s’intéresser aux viols commis dans l’intimité conjugale, qui sont bien plus fréquents que ceux commis par des inconnus. Le viol dans la ruelle, dont on a peur, les filles, toute notre vie, ce n’est que 5 % [des viols], a-t-elle expliqué à Guy A. Lepage. 

Cet été, Janette Bertrand a lu les 500 autobiographies écrites par des personnes âgées dans le contexte de l’initiative Écrire sa vie!, pour laquelle elle a offert des ateliers d'écriture. Ces gens ont vécu à une époque où ce qu’elle appelle le viol ordinaire était une réalité vécue régulièrement par bon nombre de femmes. 

D’où on vient? s’est-elle exclamée. Quand je me suis mariée, c’était la soumission. Ça veut dire soumission au lit aussi [...], avec la recommandation de monsieur le curé, parce qu’il fallait faire 13, 14, 15 enfants.

Dénoncer oui, mais pas anonymement

En plus d’avoir été harcelée sexuellement lorsqu’elle travaillait pour la télévision, Janette Bertrand a été agressée par un ami de son père quand elle était jeune fille. Non seulement son père ne l’a pas crue à l’époque, disant que son ami était un trop bon gars, mais, 30 ans plus tard, lorsqu’elle lui en a parlé à nouveau, il lui a dit : Toi, tu es bonne pour raconter des histoires.

Vous n’avez pas ça, les hommes, ne pas être crus. Ça n’a pas évolué beaucoup, a-t-elle déploré.

Si elle condamne les violences sexuelles faites aux femmes, l’écrivaine est opposée aux dénonciations anonymes faites sur les réseaux sociaux, comme cela a été le cas l'été dernier. Il faut dénoncer, mais il faut dénoncer avec son nom. Tu ne peux pas accuser n’importe qui. [...] C’est trop dangereux, a-t-elle affirmé. 

Quand tu nommes quelqu’un, il faut que tu aies le courage de te nommer toi.

Janette Bertrand, écrivaine

Pleine d’espoir au sujet des hommes

Dans Un viol ordinaire, Janette Bertrand s’adresse aux hommes, même si elle pense que ces derniers ne liront pas ses mots.  

Les hommes se sentent autorisés à faire ce qu’ils voient dans la porno. [Ils se disent] : "Les filles dans la porno, elles veulent, pourquoi ma femme ne veut pas?"

Il faut que les hommes changent; on a changé, nous autres, et ça va être à leur avantage. Là, pourquoi ils restent dans le patriarcat? Parce qu’ils en tirent des avantages, ils ont des privilèges.

Janette Bertrand, écrivaine

Malgré ce constat, Janette Bertrand est optimiste pour la suite, car elle voit que le rapport des hommes à la paternité a déjà évolué. Il y a 20 ans, un homme disait qu’il gardait son bébé quand sa femme était sortie. Maintenant, dis ça à mes petits-fils, ils vont être choqués, ils vont dire : "Je ne le garde pas, c’est mon enfant.", souligne-t-elle. 

Pour aider les hommes à changer, car elle pense qu’ils ne savent pas comment le faire, l’autrice féministe écrit donc actuellement un livre sur les façons pour eux de se transformer. 

Je suis pleine d’espoir, j’aime les hommes, a affirmé Janette Bertrand. Une relation à égalité, c’est le fun.

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Janette Bertrand est à la table des invités.

Entrevue avec Janette Bertrand

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Voir les choses, même la COVID-19, du bon côté

Cet optimisme, Janette Bertrand le ressent également au sujet de la pandémie de COVID-19 dans laquelle le Québec est plongé depuis désormais sept mois. 

À 20 ans, elle a été confinée pendant 10 mois, car elle souffrait de la tuberculose, une maladie pour laquelle elle n’avait pas accès à un remède à l’époque. On s’en sort et on oublie. Qui parle de la tuberculose [aujourd’hui]?

Je pense qu’on va tous s’en sortir, et que, dans cinq ans, on va l’avoir oubliée, c’est comme ça, les êtres humains.

Janette Bertrand, écrivaine

Celle qui a également été comédienne et journaliste est convaincue que le fait d’avoir eu peur de mourir l’a amenée à voir la vie autrement.  

Tout mon enthousiasme vient du fait que ma mère est morte l’année où j’étais au sanatorium; c’était sûr que je ne pouvais pas m’en tirer, tout le monde mourait dans mon sanatorium, a-t-elle raconté. Mais je m’en suis sortie avec le goût de vivre. Chaque jour supplémentaire est un cadeau.

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