•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des CHSLD sans infirmière en Chaudière-Appalaches

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une dame âgée dans un couloir

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie

Photo : Getty Images

Les résidents de sept CHSLD de Chaudière-Appalaches n’ont pas pu compter, en tout temps, sur les soins d’une infirmière dans leur établissement, ce qui est pourtant une exigence du ministère de la Santé, appris Radio-Canada.

Selon des feuilles de temps consultées par Radio-Canada, à plus d’une centaine d’occasions entre juillet et octobre, seule une infirmière de garde était disponible au bout du fil pour répondre aux urgences, et ce, dans au moins sept CHSLD de la région.

Cette pratique est inadmissible et préoccupante, selon l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec.

Son président, Luc Mathieu, rappelle que le ministère de la Santé a émis une directive en 2014 à l'effet que ça prenait des infirmières en CHSLD sur tous les quarts de travail, compte tenu de la complexité des soins.

C'est la clientèle la plus vulnérable du réseau. Ces gens-là dans les CHSLD parlent pas fort pour se défendre pour déplorer ce genre de modalité.

Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec
Le CHSLD de Sainte-Perpétue en Chaudière-Appalaches

Le CHSLD de Sainte-Perpétue a servi de modèle pour le développement des futures Maisons des aînés du gouvernement Legault.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Les établissements en découverture se situent principalement dans les secteurs ruraux, à l’est de la région.

À titre d’exemple, le scénario s’est reproduit à 76 reprises durant cette période au CHSLD de Sainte-Perpétue, 27 fois à Saint-Anselme, 12 à Cap-Saint-Ignace et 11 à Saint-Raphaël.

Je pense qu'on mérite le même service que toute la population du Québec. Ce n'est pas parce qu'on reste dans un milieu rural qu'on doit dire : ‘’Eux, ils ne parleront pas‘’. Je peux vous dire que ça ne restera pas là, déplore la mairesse de Sainte-Perpétue, Céline Avoine.

Céline Avoine, mairesse de Sainte-Perpétue

Céline Avoine, mairesse de Sainte-Perpétue

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

On sait que c’est illégal

Le syndicat des infirmières affirme dénoncer cette situation depuis plus d’un an au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches.

On nous dit qu'on sait qu'on est illégal, mais c'est sa solution quand il n'a pas d'infirmière. Il la met de garde et il n'y a pas personne dans les CHSLD. C'est une pratique qui devient de plus en plus courante, déplore Carole Mercier, vice-présidente du syndicat local.

Selon Mme Mercier, l’absence d’infirmière directement dans les CHSLD altère la qualité des soins.

Il y a une surcharge au niveau de l'équipe de soins. Il manque une personne dans l'équipe. Ça diminue la qualité des soins aux usagers, car il y a une personne de moins de présente sur le terrain, soulève-t-elle.

Manque de personnel

Le CISSS de Chaudière-Appalaches répond que ce n’est qu’en dernier recours qu’une infirmière est attitrée à distance à un établissement. L’employée doit aussi être située à une distance de moins de 30 minutes du CHSLD.

Julie Émond, du CISSS de Chaudière-Appalaches

Julie Émond, du CISSS de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

La directrice adjointe du soutien à l’autonomie des aînés pour les régions de Montmagny, de L’Islet et de Bellechasse, assure que cette option ne s’appliquera pas s’il y a un risque élevé pour les résidents.

Si on a des usagers qui sont instables qui sont en soins palliatifs dans notre établissement, [...] on va s'assurer d'avoir une infirmière sur place, précise Julie Émond.

Le CISSS admet que la directive ministérielle est un objectif difficile à atteindre compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre.

Le contexte de la pandémie de COVID-19 restreint également la mobilité du personnel entre les différents établissements. Une infirmière à temps partiel ne peut donc pas consacrer quelques heures dans un second CHLSD du territoire pour compléter son horaire.

La situation peut se détériorer

L’Ordre des infirmières et des infirmiers rétorque que, même si des préposés aux bénéficiaires et des infirmières auxiliaires sont toujours en poste, il ne suffit qu'un résident se mette à mal aller et la situation peut se détériorer.

Durant la première vague de COVID-19, c'est dans ces milieux qu’on a connu la catastrophe. C'est difficilement compréhensible qu'on puisse se permettre de dire qu'il n'y aura pas d'infirmière disponible dans certains moments, précise Luc Mathieu.

En cas d’urgence, l’infirmière a un rôle précis d’évaluation, rappelle le syndicat. En situation de fin de vie ou de détérioration rapide de la santé, l’intervention d’une infirmière à distance peut ne pas être assez rapide.

Il ne faut pas attendre qu'il arrive l’irréparable pour que la situation se corrige.

Carole Mercier, vice-présidente Axe Nord, FIQ Chaudière-Appalaches
Carole Mercier, vice-présidente Axe Nord du Syndicat des Professionnelles en Soins de Chaudière-Appalaches

Carole Mercier, vice-présidente Axe Nord du Syndicat des Professionnelles en Soins de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Sans être en mesure de spécifier le nombre d’infirmières manquant sur le territoire, le CISSS de Chaudière-Appalaches assure être en recrutement actif pour corriger la situation le plus rapidement possible.

Maison hantée

Le porte-parole de Québec Solidaire Gabriel Nadeau-Dubois s’indigne de cette situation.

Notre réseau de la santé, c'est devenu une maison hanté. On ne sait jamais sur quelle horreur on va tomber. C'est une nouvelle horreur qu'on découvre, a-t-il réagi.

C'est un autre exemple de l'énorme problème de pénurie de personnel. Il y a des solutions à la pénurie. Cette solution, c'est de bonifier les conditions de travail.

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec Solidaire

Mais il s’agit également d’un problème de gestion de personnel et non seulement de pénurie de main-d’œuvre, selon le syndicat.

Des fois, c'est des absences prévues de longue date. Il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas d'infirmière à ce moment. Ce n'est pas des absences de dernière minute, conclut Carole Mercier.

Avec la collaboration de Marie-Pier Bouchard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !