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Congestion à l’hôpital : des patients attendent des heures en ambulance

Les temps moyens de déchargement sont passés de 45 minutes à 75 minutes à l’Hôpital de Moncton et de 30 minutes à plus de 50 minutes au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont au cours des trois derniers mois.

Il est de plus en plus fréquent que des patients doivent attendre dans l’ambulance ou dans un corridor d’hôpital avec l’équipe paramédicale avant sa prise en charge par le personnel soignant de l’hôpital.

Il est de plus en plus fréquent que des patients doivent attendre dans l’ambulance ou dans un corridor d’hôpital avec l’équipe paramédicale avant sa prise en charge par le personnel soignant de l’hôpital.

Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au Nouveau-Brunswick, il est de plus en plus fréquent que des patients doivent attendre dans l’ambulance ou dans un corridor avec l’équipe paramédicale avant d'être pris en charge par le personnel soignant de l’hôpital.

Des patients transportés en ambulance ont dû attendre de longues heures avant d’être admis à l’hôpital au cours des trois derniers mois. Dans une ambulance stationnée. Ou encore, dans un couloir d’hôpital, sous la responsabilité des travailleurs paramédicaux. Cette congestion paralyse les véhicules d’urgence et met en péril la vie de patients.

Diane Aubie a 57 ans. Elle est atteinte d’un cancer du poumon, du rein et de l’estomac. Le 15 octobre, la résidente de Charlo ne se sent pas bien. Déshydratée et à bout de force, elle appelle une ambulance.

Diane Aubie a attendu dans l'ambulance entre quatre et cinq heures jeudi dernier avant d'être admise à l'hôpital régional de Campbellton.

Diane Aubie a attendu dans l'ambulance entre quatre et cinq heures jeudi dernier avant d'être admise à l'Hôpital régional de Campbellton.

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Elle est transportée à l’Hôpital régional de Campbellton. Mais le personnel hospitalier ne peut pas s'occuper d'elle immédiatement. Diane Aubie a dû attendre entre quatre et cinq heures dans l’ambulance stationnée dans le garage de l’hôpital.

Je vais y penser à deux fois certain [avant d’appeler l’ambulance], je me trouverai une drive. Ce n’est pas normal, je sais qu’il y a la COVID-19, mais t’arrives en ambulance, tu devrais être servi tout de suite, dit-elle.

Bien qu'elle n'ait pas craint pour sa vie, elle se dit ébranlée.

« Une personne pourrait bien mourir en attendant quatre, cinq heures dans une ambulance. »

— Une citation de  Diane Aubie, patiente de l'Hôpital régional de Campbellton

L’expérience de Diane Aubie est celle de dizaines de patients du Nouveau-Brunswick.

Des attentes longues et fréquentes

Radio-Canada a appris qu’au cours des trois derniers mois, il est arrivé 36 fois que le temps de déchargement aux urgences ait dépassé cinq heures. À quatre occasions, le patient a même dû attendre plus de huit heures.

Les paramédicaux sont frustrés c'est sûr. Leur rôle principal est de répondre aux appels de 911. La dernière chose qu’ils veulent, c’est d’attendre dans une salle d’urgence pendant cinq à huit heures, confie Jean-Pierre Savoie, vice-président des opérations pour Ambulance Nouveau-Brunswick.

Ambulance NB estime que les retards des trois derniers mois constituent la plus importante hausse depuis des données ont commencé à être collectées, en 2008.

Au cours des trois derniers mois, on a effectué 15 000 appels de 911. On a eu des retards de déchargement dans les hôpitaux d’à peu près 2092 heures. C’est l’équivalent de 174 quarts de travail de 12 heures, indique Jean-Pierre Savoie, d’Ambulance NB.

Le délai visé par Ambulance NB pour transférer la prise en charge du patient de l’ambulance au personnel hospitalier est pourtant de 25 minutes ou moins.

C’est une situation qui est préoccupante. Ce sont des ambulances qui ne sont pas disponibles dans les communautés pour répondre aux autres appels de 911. Ça a certainement un impact négatif pour nos temps de réponse dans certaines communautés, fait valoir M. Savoie.

D’autre part, pendant l’attente, les patients ne reçoivent pas de soins, le rôle des travailleurs paramédicaux étant de les stabiliser.

Ce n’est pas acceptable

La situation est inacceptable, selon le Dr Serge Melanson, médecin aux urgences de l'Hôpital de Moncton. Selon lui, les temps d’attente dans les ambulances constituent un énorme défi à surmonter, et surtout en zones urbaines.

Lui-même constate l’engorgement au quotidien.

En moyenne, c'est tout à fait normal de voir deux, trois ou quatre ambulances. Par moment, j'en ai déjà compté au-delà de cinq et six, dit-il.

Selon des données fournies par Services de santé Medavie, les temps moyens de déchargement aux urgences des hôpitaux de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean ont explosé au cours des trois derniers mois.

Les temps moyens de déchargement à l’Hôpital de Moncton sont passés de 45 à 75 minutes et de 30 à plus de 50 minutes à l’Hôpital Georges L.Dumont au cours des trois derniers mois.

Les temps moyens de déchargement de deux hôpitaux de Moncton ont explosé au cours des trois derniers mois.

Photo : Radio-Canada

En tête de liste, l’Hôpital de Moncton fait piètre figure : dans 80 à 90 % des cas, le temps d’attente ciblé par Ambulance NB n’a pas été respecté.

J’ai vu des cas durant ma carrière où le délai de déchargement entre l’ambulance et l’hôpital a mené à des conséquences sérieuses ou un potentiel de conséquences sérieuses pour les patients, indique le Dr Melanson.

Le tableau n’est guère plus reluisant au CHR Dr-Georges-L.-Dumont, où dans près de 75 % des cas, les patients sont pris en charge par le personnel hospitalier bien après la limite des 25 minutes prescrites.

Une mort évitable?

Radio-Canada a appris que le 18 août, une patiente en ambulance au CHR Dr-Georges-L.-Dumont a dû attendre plus de deux heures avant d’être prise en charge par le personnel hospitalier. Elle est décédée peu de temps après.

Une enseigne pointant l'entrée de l'urgence et le bâtiment de l'hôpital.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton au Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Bien qu'Ambulance NB ne puisse pas confirmer ou infirmer cet incident pour des raisons de confidentialité, elle reconnaît que les temps d'attente peuvent constituer un facteur aggravant.

C’est sûr qu’on a eu des patients où leur situation s’est détériorée pendant des délais d’attente, indique M. Savoie. Il ajoute que les travailleurs paramédicaux doivent aviser le personnel aux urgences au plus vite s’ils constatent que leur patient se détériore.

On vit une situation très difficile

Le Réseau de santé Vitalité reconnaît que la situation pose problème. Selon le PDG Gilles Lanteigne, plusieurs facteurs contribuent à l’engorgement, dont un plus grand achalandage aux urgences.

De plus, la reprise des opérations non urgentes exerce une pression sur le système de santé, sans compter la pénurie de personnel chronique, les installations désuètes des urgences et le manque de chambres.

À Dumont, c'est un service qui est très peu fonctionnel. Comme la COVID vient ajouter d'autres contraintes, chacun attend que l'autre règle ces problèmes pour assumer les siens, indique Gilles Lanteigne.

Geri Geldart, vice-présidente clinique au Réseau de santé Horizon, reconnaît de son côté être aux prises avec des défis similaires.

Horizon s'efforce de relever ces défis grâce à nos efforts continus pour recruter du personnel supplémentaire, ainsi qu'à diverses initiatives de sensibilisation du public visant à encourager les patients aux prises avec des problèmes de santé non urgents à rechercher d'autres options de soins à l'extérieur du service d'urgence, dit-il.

L’urgentologue de l’hôpital de Moncton, le Dr Serge Melanson, estime que la situation pourrait bien continuer à se détériorer.

Serge Melanson en entrevue sur le plateau du Téléjournal Acadie

Le Dr Serge Melanson (archives).

Photo : Radio-Canada

Là on s'en va dans notre saison infectieuse de grippe, où ce qu'on prévoit que nos volumes vont augmenter surtout chez nos aînés. Si ça s'aggrave, on va encore mettre davantage à risque le soin de nos patients, dit-il.

À Ambulance NB, on espère que les retards de déchargement deviennent une priorité. Pour tous les partenaires du système de la santé, il faut travailler ensemble pour trouver des solutions et réduire les temps d’attente, estime Jean-Pierre Savoie.

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