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Affaire UNIS : les libéraux redoutent la création d'un comité « anticorruption »

Un drapeau flotte devant le parlement à Ottawa.

Les conservateurs accusent les libéraux de faire diversion pour éviter d'avoir à rendre des comptes sur l'affaire UNIS.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La Presse canadienne

Le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau soutient que les conservateurs pousseraient le pays au bord d'une élection anticipée avec leur proposition de créer un comité « anticorruption » pour enquêter sur l'affaire UNIS.

Les conservateurs profiteront de leur journée d'opposition, mardi, pour demander de créer ce comité spécial afin d'examiner le défunt accord avec l'organisme de bienfaisance UNIS (WE Charity, en anglais), qui devait gérer un programme de bénévolat fédéral de plusieurs centaines de millions de dollars.

La perspective d'un tel comité a fait bondir le leader du gouvernement, Pablo Rodriguez, qui pense que l'adoption de cette motion par les partis d'opposition serait une indication claire que le gouvernement a perdu la confiance de la Chambre des communes.

C'est extrêmement irresponsable de la part des conservateurs de déposer une telle motion parce que le gouvernement et tous les députés devraient unir leurs efforts pour aider les Canadiens à traverser cette crise sanitaire et financière.

Pablo Rodriguez, leader du gouvernement

Il n'a cependant pas voulu dire clairement si le gouvernement serait prêt à déclencher une campagne électorale si la création de ce comité se concrétisait. On verra, s'est contenté de répondre M. Rodriguez.

Les conservateurs et les bloquistes y ont vu une menace à peine voilée de se lancer dans des élections.

Le gouvernement ne veut tellement pas faire la lumière sur le scandale de WE Charity qu'il est prêt à se faire tomber, s'il fallait qu'on vote pour un comité spécial qui ferait la lumière sur cette question-là, s'est scandalisé Alain Therrien, du Bloc québécois.

Quel est le secret qui est si pire et dangereux que le premier ministre veut déclencher des élections pour le cacher?, a demandé Pierre Poilievre, du Parti conservateur.

Pierre Poilievre parle devant une série de drapeaux des provinces canadiennes.

Le député du Parti conservateur Pierre Poilievre.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le mandat du comité

Selon une source conservatrice qui a requis l'anonymat, le comité spécial proposé par l'opposition officielle compterait 15 membres – soit quatre de plus qu'un comité régulier – et pourrait se rencontrer aussi tôt que la semaine prochaine.

Il aurait pour but d'examiner les liens entre UNIS et le gouvernement libéral et les membres de leurs familles, mais aussi les efforts de lobbying pour modifier le programme de subventions salariales, le contrat accordé à la compagnie Baylis Medical et toute autre dépense jugée d'intérêt. Ce comité spécial pourrait aussi convoquer le premier ministre s'il le désire.

Les libéraux ont fait une autre proposition, qu'ils jugent plus raisonnable. Ils proposent aux partis d'opposition la création d'un comité spécial dédié à l'étude des dépenses liées à la COVID-19.

Ce comité spécial composé de 12 personnes pourrait convoquer les témoins qu'il juge appropriés – en excluant le premier ministre – et pourrait se réunir dès la mi-novembre. Il devrait produire un rapport au plus tard le 15 février 2021.

M. Rodriguez soutient que les conservateurs ont proposé un processus purement partisan dont l'objectif est de paralyser le gouvernement en pleine deuxième vague de la pandémie.

Le néo-démocrate Charlie Angus a appelé le gouvernement à mettre de l'eau dans son vin.

Notre message pour les libéraux, c'est : calmez-vous, nous avons du travail à faire. Travaillez avec nous, a fait valoir M. Angus, qui estime qu'il serait irresponsable de plonger le pays dans des élections lors de la deuxième vague de la pandémie.

Charlie Angus parle dans une pièce peu éclairée.

Le député néo-démocrate Charlie Angus.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Pour que la motion conservatrice soit adoptée, il faudra que l'opposition officielle ait le soutien du Bloc québécois et du NPD.

La semaine dernière, des comités parlementaires se sont prolongés pendant des heures, alors que les membres libéraux faisaient obstruction aux tentatives des partis d'opposition de raviver l'affaire UNIS et d'obtenir des réponses à leurs questions.

Honoraires dévoilés

Lundi, tant le bureau du premier ministre qu'UNIS ont tenté de jouer la carte de la transparence en divulguant des sommes payées à Justin Trudeau et à son épouse Sophie Grégoire Trudeau pour des conférences.

UNIS avait déjà dévoilé avoir payé l'épouse du premier ministre 1500 $ pour une conférence. Lundi, l'organisme a confirmé avoir remboursé 23 940,76 $ en dépenses pour huit événements auxquels Mme Grégoire Trudeau avait pris part entre 2012 et 2020.

Le bureau du premier ministre, par l'entremise de M. Rodriguez, a envoyé une liste des honoraires reçus par Justin Trudeau entre 2006 et 2013 pour des conférences organisées avec l'aide de l'agence Speakers' Spotlight. Aucune n'a un lien avec l'organisme UNIS.

M. Trudeau a reçu des sommes allant de 3000 $ à 20 000 $ provenant de fondations, de commissions scolaires et de syndicats, entre autres. Le total s'élève à 1 341 500 $.

Pablo Rodriguez parle aux Communes.

Le leader du gouvernement Trudeau, Pablo Rodriguez.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

En 2013, le chef libéral avait révélé qu'il avait reçu environ 1,3 million de dollars en honoraires, ce qui équivaut au chiffre dévoilé lundi par M. Rodriguez. Il avait été critiqué, à l'époque, par l'opposition pour avoir accepté de telles sommes de la part d'organismes à but non lucratif, entre autres.

La controverse entourant UNIS part du fait que la famille du premier ministre a bénéficié de lucratifs contrats de l'organisme. Sa mère Margaret Trudeau et son frère Alexandre ont tous deux reçu des dizaines de milliers de dollars pour des apparitions publiques.

Le premier ministre s'est déjà excusé de ne pas s'être récusé des discussions entourant la décision d'accorder à UNIS la gestion du programme de bourses pour le bénévolat étudiant en raison des liens de proximité entre l'organisme et des membres de sa famille.

Les partis d'opposition ont continué de réclamer, en comité parlementaire sur l'éthique, lundi, que Speakers' Spotlight dévoile tous les honoraires des membres de la famille Trudeau pour des conférences. Les libéraux disent que cela va trop loin.

Le NPD a paru céder sur ce point; M. Angus a suggéré que l'étude du comité sur l'éthique se limite aux contrats liés au premier ministre et à Mme Grégoire Trudeau.

Le gouvernement libéral a toujours maintenu qu'il n'y avait eu aucune corruption dans l'octroi de ce contrat à UNIS et que la fonction publique lui avait recommandé de faire appel à l'organisme, afin de mettre sur pied le programme de bourses pour le bénévolat étudiant.

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