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D’anciens premiers répondants de Winnipeg dénoncent un manque de soutien en santé mentale

Le portrait d'un homme, Josh Klassen, et d'une femme, Jennifer Setlack.

Josh Klassen et Jennifer Setlack, deux anciens employés du Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg, affirment qu'il faut offrir plus de soutien en santé mentale aux premiers répondants.

Photo : Radio-Canada / John Einarson/Jeff Stapleton

Radio-Canada

Deux anciens employés du Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg, Josh Klassen et Jennifer Setlack, affirment que la Ville n'offre pas un soutien adéquat en santé mentale pour aider les premiers répondants.

Selon eux, un bon nombre de pompiers et d'ambulanciers doivent déterminer seuls comment faire face au stress croissant du travail et aux traumatismes qu'ils subissent chaque jour.

Après avoir été pompier pendant 17 ans, Josh Klassen a démissionné au début de 2020 pour retourner faire des études.

Au cours de ses dernières années au sein du Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg, il a été coordonnateur du service de soutien par les pairs. Il a notamment offert un programme de sensibilisation à la santé mentale, pour aider ses collègues à reconnaître s'ils ont un problème et besoin d'aide.

Il a constaté les difficultés vécues par plusieurs collègues. Je connaissais plus de gens qui étaient morts par suicide que de gens qui avaient perdu la vie dans nos actions sur le terrain.

Ça m’a beaucoup étonné.

Josh Klassen, ancien pompier

Un service de consultation est offert à tous les employés de la Ville de Winnipeg et à leur famille, selon le courriel d’une porte-parole de la Ville, Kristin Cuma.

Kristin Cuma précise que ce programme d'aide gratuit est offert en tout temps aux membres et à leurs familles.

Pour les employés et leurs familles qui ont besoin d’un soutien plus spécialisé ou à plus long terme, des références vers des ressources appropriées dans la communauté sont alors proposées, indique-t-elle.

Jennifer Setlack, qui a été ambulancière pendant 11 ans à Winnipeg, estime que ce service n'est pas suffisant.

Il n’y a pas de psychologues spécialisés en traumatologie qui savent comment gérer le type d’appels et d’incidents auxquels font face les ambulanciers et les pompiers, affirme Jennifer Setlack.

Pourtant, le Service de police de Winnipeg emploie un psychologue à temps plein depuis 1991 et a maintenant une unité de santé comportementale, ajoute-t-elle.

Une ambulance.

L'ancienne ambulancière Jennifer Setlack a mené des recherches qui ont révélé qu'un nombre important d'ambulanciers et de pompiers de Winnipeg éprouvaient des problèmes de dépression, d'anxiété et de stress.

Photo : CBC

Dans sa lettre de démission, remise en juillet dernier, Jennifer Setlack évoque des taux extrêmement élevés d'épuisement professionnel, de [syndrome de stress post-traumatique] de dépression, d'anxiété et de stress parmi les ambulanciers paramédicaux et les pompiers.

Elle tire ces informations d’un projet de recherche fait en 2019 dans le cadre d'un diplôme à l'Université du Manitoba. Ces données ont révélé que 10 % des pompiers et 19 % des ambulanciers paramédicaux présentent des symptômes du syndrome de stress post-traumatique.

Elle a aussi constaté que près de 19 % des pompiers et jusqu'à 28 % des ambulanciers paramédicaux ont des niveaux modérés à extrêmes de dépression, d'anxiété et de stress.

S'ils sont aux prises avec ces problèmes de santé mentale, dans quelle mesure font-ils réellement leur travail?

Jennifer Setlack, ancienne ambulancière

Demandes d’aide en santé mentale en hausse en 2019

Kristin Cuma mentionne une augmentation des demandes d’aide liées à des problèmes de santé mentale chez les pompiers et les ambulanciers. Selon les chiffres de la Commission des accidents du travail des dernières années, le nombre de demandes est passé de 18 en 2016 à 37 en 2019.

Cette augmentation est due à un certain nombre de facteurs, dont l'exposition à la violence et à d'autres incidents sur les lieux de travail, précise Krista Cuma dans son courriel.

Elle affirme toutefois que la Ville ne comptabilise pas de données concernant les décès par suicide au sein de son personnel d'intervention d'urgence.

Des avantages sociaux inférieurs à Winnipeg

Les avantages sociaux offerts en santé mentale par le Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg sont inférieurs à ceux des autres villes canadiennes, selon le constat de CBC News.

Les pompiers et les ambulanciers paramédicaux de Winnipeg ont droit à un maximum annuel de 350 $ pour des rendez-vous psychologiques.

À Regina, la couverture des pompiers est de 500 $ par année, alors que celle des pompiers de Calgary est de 1000 $ et qu'elle est de 1500 $ à Halifax, avec une possibilité de couverture supplémentaire si nécessaire.

L’autorité sanitaire de la Saskatchewan affirme que ses ambulanciers paramédicaux peuvent avoir jusqu'à 2000 $ par année pour des rendez-vous avec un psychologue agréé ou un travailleur social.

À Toronto, la couverture annuelle pour les ambulanciers paramédicaux et les pompiers est de 3500 $.

Le professeur en spychologie à l'Université de Regina, Nicholas Carleton.

Le spychologue Nicholas Carleton croit que le Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg doit revoir le soutien en santé mentale qu'il offre à ses employés.

Photo : Radio-Canada

Surpris par cette variation dans les avantages sociaux d’une ville à une autre, le psychologue et professeur de psychologie à l'Université de Regina Nicholas Carleton croit que la couverture annuelle de 350 $ pour les pompiers et les ambulanciers de Winnipeg constitue un obstacle pour ceux qui ont besoin de services psychologiques.

Selon la Manitoba Psychological Society, une séance de 50 minutes avec un psychologue coûte 195 $. Les 350 $ ne couvrent même pas deux séances complètes, remarque Nicholas Carleton.

Selon lui, le Service d'incendie et des soins paramédicaux de Winnipeg doit examiner les ressources en santé mentale qu'il met à la disposition des employés qui font face à des situations stressantes en raison de la nature de leur travail.

Je pense qu'il est vraiment important qu'ils aient accès aux soins de santé mentale dont ils ont besoin, dans le cadre de leur travail, soutient le spécialiste du stress post-traumatique.

Nous leur demandons de se mettre en danger mentalement et physiquement pour nous protéger.

Nicholas Carleton, professeur de psychologie à l'Université de Regina

Les meilleures données suggèrent que la population générale, vous ou moi, pourrions être exposés à entre un et trois – peut-être quatre, peut-être cinq – événements traumatisants sur le plan psychologique au cours de notre vie, conclut-il.

Avec les informations de Caroline Barghout et Vera-Lynn Kubinec

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