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Projet d’éoliennes à Anse-Bleue : le promoteur songe à déménager

Une affiche «Non aux éoliennes à Anse-Bleue» collée sur un poteau.

Plusieurs résidents d'Anse-Bleue s'opposent à la construction d'éolienne dans leur voisinage.

Photo : CBC/Jacques Poitras

Radio-Canada

L’entreprise Naveco envisage de renoncer à son projet de parc éolien à Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick. Plusieurs résidents s’opposent vivement au projet.

Le PDG Amit Virmani affirme pour la première fois que l'entreprise est disposée à chercher un autre endroit qui offrirait les mêmes avantages pour produire de l’électricité avec le vent dans la province.

Anse-Bleue est un bon endroit pour cela et les arguments des opposants sont sans fondement, selon lui.

Est-il sensé de continuer à cet endroit? Oui, ce l’est. Mais avec une poignée de gens qui a soulevé tant d'opposition, quelles sont les options? Si nous cherchons à résoudre le grand problème du changement climatique, je dois être ouvert à d’autres solutions potentielles aussi, ce qui comprend le déplacement du projet, explique Amit Virmani.

Amit Virmani.

Amit Virmani, PDG de Naveco, dit envisager de réaliser ailleurs au Nouveau-Brunswick le projet d'éoliennes qui suscite tant d'opposition à Anse-Bleue.

Photo : CBC/Jacques Poitras

Il faudrait pour cela que la société Énergie NB accepte de modifier le contrat conclu avec Naveco pour l’achat des 20 mégawatts que l’entreprise compte produire avec son parc éolien projeté à Anse-Bleue.

Énergie NB ne fait pas de commentaires sur les modalités et les conditions de toute entente pour l’achat d’électricité parce qu’il faut respecter les conditions de confidentialité, explique un porte-parole de la société de la Couronne.

Si Énergie NB refuse le changement, ajoute M. Virmani, il devra poursuivre le projet à Grande-Anse malgré l’opposition des résidents.

Une vive opposition

Plus de 85 % des résidents ont appuyé une pétition plus tôt cette année contre le projet de parc éolien.

Une pancarte indiquant Oui à l’énergie verte figure sur la fenêtre d’une maison le long de la route 320 à Anse-Bleue. Une dame qui habite dans cette maison dit qu’elle appuie le projet de parc éolien, mais elle ne donne pas d’entrevue à ce sujet.

Il est très facile pour les opposants de rejeter un projet et de convaincre leurs voisins de les appuyer parce que personne dans une petite collectivité ne veut être exclu, selon Amit Virmani.

Mais l’opposante Gina Girard souligne que les conseils municipaux de Caraquet, Grande-Anse, Maisonnette, Bertrand et Shippagan appuient les opposants.

Gina Girard .

Gina Girard s'oppose à la construction d'éoliennes à Anse-Bleue.

Photo : CBC/Jacques Poitras

Anse-Bleue, explique Mme Girard, est une petite collectivité d’environ 400 résidents. Le projet de parc éolien, selon elle, touchera tous les résidents. Elle ne croit pas que cela est important pour le gouvernement. Elle dit que l’argent est ce qui importe pour le gouvernement.

N’ayant pas de gouvernement municipal, Anse-Bleue n’a pas de pouvoir en matière de zonage ni de réglementation sur l’usage des terres qui préviendrait la construction des éoliennes.

Le seul pouvoir dont disposent les gens est de s’épauler et de s’opposer au projet, explique la présidente du district de services locaux, Ginette Bertin.

Naveco est établie à Fredericton. Son projet repose sur une loi adoptée en 2015 et qui permet la construction d’installations d’énergie renouvelable à petite échelle. Énergie NB peut acheter de ces installations jusqu’à 20 mégawatts et revendre cette énergie à ses abonnés.

Ginette Bertin.

Le seul pouvoir dont disposent les gens est de s’épauler et de s’opposer au projet, explique la présidente du district de services locaux, Ginette Bertin.

Photo : CBC/Jacques Poitras

Le projet est de Daniel Brassard, un consultant au Québec qui a lui-même acheté 120 hectares dans la région d’Anse-Bleue. Lorsqu’il a appris que le Nouveau-Brunswick avait adopté cette loi, il a communiqué avec M. Virmani, dont l’entreprise à ce moment visait à rendre plus efficace en matière d’énergie un édifice appartenant à sa famille à Fredericton.

Ils ont ensuite entrepris des démarches auprès de résidents d’Anse-Bleue et conclu des ententes de location avec une vingtaine de propriétaires. Naveco a soumis son projet avec l’appui de ces propriétaires, souligne M. Virmani. Il dit croire que l'entreprise dispose toujours de leur appui, mais qu’ils n’en parlent pas publiquement parce que le sujet est controversé dans la collectivité.

Une entité locale est requise

Le programme provincial qui permet à de petits producteurs d’énergie de source renouvelable de vendre jusqu’à 20 mégawatts à Énergie NB requiert une entité locale à titre de propriétaire majoritaire. Il peut s’agir d’une municipalité, d’une collectivité autochtone, d’un organisme sans but lucratif ou d’une coopérative.

Dans la proposition de Naveco, l’entité locale était la Ville de Bathurst, mais cette dernière s’est retirée du projet en décembre 2019. Le maire, Paolo Fongémie, a expliqué à ce moment que le projet n’était plus nécessairement intéressant financièrement.

Pour remplacer Bathurst, Amit Virmani a fondé une coopérative dont il fait partie ainsi que quelques autres résidents de Fredericton, mais personne de la région d’Anse-Bleue.

Cela ne correspond pas au critère d’entité locale, selon un agriculteur d’Anse-Bleue, Patrick Thériault. La coopérative, selon lui, n’a rien de locale parce qu’aucun résident de la région n’en fait partie.

Amit Virmani affirme que des résidents d’Anse-Bleue sont prêts à y adhérer si le projet est approuvé et que l’opposition s’apaise. La loi, souligne-t-il, stipule que l’entité locale doit être contrôlée par des résidents de la province. Il n’est pas nécessaire que des membres d’une collectivité en particulier en fassent partie.

Toutefois, en février, l’ancien PDG d’Énergie NB, Gaëtan Thomas, a expliqué que Naveco devait trouver un moyen de travailler avec la communauté et que sans l’appui de la communauté, il serait difficile de réaliser le projet.

La société de la Couronne ne fait pas d’autres commentaires à ce sujet aujourd’hui. Elle recommande de lire la loi.

De gigantesques monstres, selon une opposante

Ginette Bertin, Gina Girard, Patrick Thériault et d’autres opposants disent craindre que les éoliennes perturbent la tranquillité d’Anse-Bleue.

C'est industriel et nous ne sommes pas industriels, affirme Mme Girard.

Le prix à payer leur semble trop élevé même si le but est de produire plus d’électricité sans émission de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas une question d’énergie verte, selon Mme Girard, c’est une question d’installer de gigantesques monstres de métal et de fibre de verre près de la côte.

Les opposants craignent un effet stroboscopique créé par la lumière et les ombres projetées par les pales des turbines. Amit Virmani dit qu’il a promis aux résidents que les éoliennes seraient immobilisées par moments pour prévenir ce phénomène.

Les opposants disent aussi que les éoliennes seraient visibles du Village historique acadien, ce qui nuerait selon eux à l’expérience des visiteurs, mais Naveco ne croit pas que les turbines y seraient visibles.

Skypower?

Des opposants remettent en question le rôle de Daniel Brassard en disant qu’il travaillait pour une autre entreprise, Skypower, qui cherchait aussi à construire un parc éolien dans la région il y a 13 ans.

C’est son projet, affirme Patrick Thériault en ajoutant que M. Brassard possède des terres dans la région. M. Thériault doute qu’il s’agisse de deux projets distincts.

Patrick Thériault.

Patrick Thériault juge que la coopérative fondée par le PDG de Naveco n'est pas locale parce qu'aucun résident d'Anse-Bleue n'en fait partie.

Photo : CBC/Jacques Poitras

Mais Daniel Brassard et Amit Virmani disent que les règlements sur la distance à respecter entre des éoliennes et des habitations empêchent la construction de plus de cinq ou six turbines à Anse-Bleue.

Même si je voulais 20 éoliennes sur mes terres, je ne pourrais pas le faire, affirme Daniel Brassard. Il dit vouloir que ses terres servent plutôt à l’agriculture.

En 2007, Skypower et son partenaire local, le groupe Atcon, ont tenté de convaincre Énergie NB de contourner les règles pour leur accorder un contrat en matière d’énergie éolienne. Cet effort de lobbyisme est apparu dans une poursuite intentée par Skypower et abandonnée par la suite.

Daniel Bassard précise que son travail pour Skypower portait sur l'achat de terre et qu’il n’était absolument pas au courant des démarches de cette dernière auprès d’Énergie NB. Il n’y a aucun lien entre les terres que Skypower aurait utilisées et les ententes conclues par Naveco, assure-t-il.

Daniel Brassard confirme qu’une parcelle de terre qui lui appartient est louée par Naveco pour un chemin qui mènerait aux lieux où les cinq éoliennes seraient installées. Mais il ajoute que les redevances qu’il toucherait pour cela seraient minimales et qu’elles ne compenseraient pas son investissement pour l’achat de cette terre.

Une éolienne au coucher du soleil.

Le parc éolien pourrait être construit dans le sud de la province, mais Naveco ne précise par à quel endroit exactement (archives).

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Amit Virmani ne révèle pas exactement où il pourrait déplacer le projet de parc éolien, mais il indique que ce serait dans le sud de la province, que des Autochtones y participeraient et qu’il ne serait pas nécessaire de reprendre à zéro l’étude d’impact environnemental.

Il souligne que son entreprise est la seule au Nouveau-Brunswick disposée à investir dans l’énergie de source renouvelable. Les coûts du déménagement du projet seraient considérables, dit-il en ajoutant que Naveco cherche à déterminer le mieux qu’elle peut faire pour la province en général.

Sans le consentement d’Énergie NB, il devra trouver un moyen de réaliser le projet à Anse-Bleue. Patrick Thériault est convaincu que ce ne sera jamais le cas. Il juge que des éoliennes gâcheraient le paysage naturel d’Anse-Bleue. Il dit ne pas savoir quel gouvernement voudrait imposer un projet dont les gens ne veulent pas.

Avec les renseignements de Jacques Poitras, de CBC

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