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Vandalisme à Oka sur fond de tensions sociales

Des traces de roues sur un terrain de golf.

Le terrain de golf d'Oka a été la cible de vandales.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Le terrain de golf d'Oka et la résidence du maire Pascal Quevillon ont été les cibles de vandales au cours des derniers jours. Les actes ont été commis alors que la municipalité veut changer le statut de la pinède d'Oka, ce à quoi les Mohawks de Kanesetake s'opposent fermement.

Le maire Pascal Quevillon se dit victime d'intimidation. Tôt samedi matin, sa demeure et sa voiture ont été vandalisées : des roches ont été lancées, le pare-brise de son véhicule a été brisé et le radiateur transpercé.

Un pare-brise endommagé.

Une roche a fracassé le pare-brise de la voiture personnelle du maire d'Oka, Pascal Quevillon.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette Comeau

C’est une agression, c’est mon véhicule privé, c’est ma résidence [... ] on n'a pas atteint le maire d'Oka, on a atteint Pascal Quevillon, l'individu.

Pascal Quevillon, maire d’Oka

Au cours de la même période, trois verts ont été saccagés au Club de golf d’Oka. Le vandalisme y a toutefois débuté plus tôt dans la semaine causant des dommages estimés à plus de 100 000 $, les pires depuis la crise d’Oka, estime-t-on au Club de golf.

Des enquêtes sont en cours à la Sûreté du Québec, mais l’origine de ce vandalisme est méconnue pour le moment.

Des traces sur un terrain de golf.

Des vandales en VTT seraient à l'origine de la destruction des trois verts du Club de golf d'Oka.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Délinquance ou acte politique?

Pascal Quevillon attribue ces gestes aux tensions qui s’accentuent entre les deux communautés.

En septembre, une maison située au domaine des collines à Oka, terres revendiquées par les Autochtones, a été incendiée. Le grand chef de la communauté mohawk, Serge Otsi Simon, a même dû quitter le territoire de Kanesatake alors qu'il était victime de menaces de plus en plus tenaces.

Il va falloir que le gouvernement se réveille [...] le grand chef Simon ne contrôle pas grand-chose sur son territoire présentement. C’est malheureux.

Pascal Quevillon, maire d'Oka

Le maire d’Oka estime que le crime organisé a pris le contrôle du territoire. Il ajoute que la Sûreté du Québec n’intervient pas « pour des raisons politiques », laissant ainsi la communauté mohawk à elle-même.

Le grand chef Simon demande depuis des années la création d’une force de l’ordre autochtone, une demande restée lettre morte par les gouvernements.

Ça va prendre plus qu’un corps de police autochtone. Ça va prendre une escouade pendant plusieurs années pour faire un gros ménage sur le territoire de Kanesatake, estime quant à lui M. Quevillon.

Un homme à l'extérieur.

Le maire d'Oka Pascal Quevillon

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

La veille du vandalisme, le maire avait dénoncé publiquement la coupe d’une douzaine d’arbres sur les anciens terrains de la Financière Norfolk rachetés par la municipalité en 2011. Un membre de la communauté mohawk prévoyait y construire une cabane à cannabis, selon le maire, ce qui a été confirmé par le grand chef Serge Otsi Simon.

Ce dernier croit cependant que cet incident est la conséquence d'une erreur humaine. Le membre de la communauté aurait été mal renseigné sur le lieu par un des chefs du conseil de bande.

Le Conseil mohawk de Kanasatake déplore le vandalisme, mais ajoute que pointer du doigt tout membre de la communauté mohawk est de nature irresponsable et incendiaire. L’attitude du maire d'Oka attise les tensions, selon le grand chef Simon : Il néglige de pointer le doigt à la bonne place, estime-t-il.

Un homme devant un boisé.

Le grand chef Serge Otsi Simon du Conseil mohawk de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Nouveau projet de discorde

La municipalité d’Oka a entamé cet automne un projet de protection de la forêt de la pinède ainsi que les terrains appartenant au propriétaire Grégoire Gollin.

En 2019, ce propriétaire a signé une entente avec le Conseil mohawk de Kanesatake pour remettre à la communauté 60 hectares de forêt par l’entremise d’un programme fédéral de don écologique. L'entente a été dénoncée par les membres traditionalistes de la communauté qui n’acceptent pas l’autorité du Conseil de bande, une structure qu'ils jugent coloniale.

Avec l’adoption du changement de zonage le 6 octobre, la forêt de la pinède et les terres de M. Gollin se trouvent désormais en zone de conservation environnementale. La municipalité va plus loin et projette d’en faire un site patrimonial. Une consultation publique sur la question a été convoquée et se tient sur internet ce lundi en soirée.

Cette nouvelle désignation protégerait le territoire controversé, au cœur de la crise d’Oka de 1990, en empêchant toutes actions sur ces terrains sans l’aval de la municipalité d’Oka.

La situation est jugée inacceptable par le Conseil de Kanesatake qui dénonce l’expropriation pure et simple des terrains de Grégoire Gollin pour empêcher la rétrocession aux Mohawks.

C’est une insulte totale! [Le maire] veut réécrire l’histoire et on va ignorer les faits historiques que les Mohawks étaient ici bien avant.

Le grand chef Serge Otsi Simon

Le maire d’Oka parle de désinformation : Toutes les démarches ont été faites avec l’accord du propriétaire de la forêt privée, précise-t-il.

Grégoire Gollin confirme qu’il ne s’est pas opposé au projet, mais indique qu’il n’a pas été consulté comme il se doit. Il n'a reçu qu'une invitation à la consultation publique comme tous les résidents d'Oka. Il considère que le moment est mal choisi et que le maire Quevillon ajoute de l’huile sur le feu en proposant ce nouveau site patrimonial.

Le Conseil mohawk veut quant à lui interdire la consultation publique, qu'il juge inappropriée. « On va aller chercher une injonction s'il le faut », affirme le grand chef Simon. Il ajoute qu’elle ne respecte pas la Charte des droits et libertés qui protège les droits ancestraux des autochtones.

La municipalité n’a pas le droit de contourner la constitution, voyons donc!

Le grand chef Serge Otsi Simon

Les municipalités n’ont pas les mêmes obligations que les autres paliers de gouvernement en matière de consultation. Une réalité que veut contester le grand chef Simon par l’entremise des tribunaux.

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