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Suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa : le débat se durcit

Le pavillon Tabaret, à l'Université d'Ottawa.

Le débat entourant la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa, pour avoir utilisé le « mot en n » dans un cours, continue de faire couler beaucoup d'encre. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada

Les réactions à la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa, pour avoir utilisé le « mot en n » dans un cours, se multiplient. Alors que certains critiquent la décision de l'établissement universitaire, d’autres persistent à dire que ce terme ne devrait pas être utilisé en classe.

Le 23 septembre dernier, une professeure à temps partiel de l'Université d'Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval, a été suspendue à la suite d’un dépôt d'une plainte par une étudiante. La professeure avait employé le mot en n dans un cours sur la représentation des identités sexuelles, pour donner l’exemple d’un mot qu'une communauté s'est réapproprié.

Vendredi, 34 professeurs de l'Université d'Ottawa ont signé une lettre pour dénoncer publiquement la position de l’Université et appuyer leur collègue suspendue. Selon eux, l’université doit être un lieu où il est permis d'exprimer les réalités de l’histoire afin de les comprendre et d'en débattre.

Il importe que les administrations universitaires, tout en participant à la mise au jour et à l’abolition de toute forme de racisme systémique, veillent à protéger la transmission des connaissances, le développement de l’esprit critique et la liberté universitaire.

Extrait de la lettre signée par 34 professeurs de l’Université d’Ottawa

Cette initiative a toutefois été critiquée sur les médias sociaux. Certains messages incitent même à la cyberintimidation de professeurs.

Sylvie Paquerot, professeure agrégée en études politiques à l’Université d’Ottawa — et dont le nom apparaît parmi les signataires —, qualifie cette situation de sérieux problème.

Je pense que notre université manque à ses obligations de base, parce qu'[elle] est d’abord responsable d’assurer la santé et la sécurité de tout le monde, dit-elle. Or, maintenant, on se retrouve harcelés pour faire notre métier.

Ce qui s’est passé dans les dernières semaines, ça fait partie d’une tendance, renchérit le professeur titulaire en communications Marc-François Bernier. Ça fait partie d’une montée importante d’une culture où, quand on est inconfortable ou qu’on se sent agressé, ce qui est très subjectif, au lieu de discuter, on peut censurer.

Capture d'écran d'une entrevue par vidéoconférence. L'homme regarde la caméra.

Marc-François Bernier, professeur titulaire en communications à l'Université d'Ottawa

Photo : Capture d'écran/Zoom

Enseigner sans prononcer le mot

À Ottawa, plusieurs membres de la communauté noire ont pris position dans les derniers jours.

Selon la directrice générale de l’organisme Nord-Sud développement racines et cultures Canada, Ketcia Peters, il s’agit d’une discussion très chargée en raison de son aspect historique.

Bien qu’elle reconnaisse que l’Université constitue un lieu d’échange et d’éveil intellectuel permettant de renforcer l’éducation et la sensibilisation, Mme Peters souligne également son appui aux étudiants noirs qui se sont sentis offensés par ces propos.

Ce n’est vraiment pas approprié pour la communauté dominante de l’utiliser [ce mot] parce que, historiquement, c’était utilisé pour des moyens de contrôle, des moyens d’infériorité, fait-elle valoir.

Une femme noire regarde la caméra. Elle porte un chandail rose.

Ketcia Peters, directrice générale de l’organisme Nord-Sud Développement Racines et Cultures Canada

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Certains étudiants croient, pour leur part, qu’il est possible d’enseigner l’histoire du mot en n sans avoir à le prononcer.

C’est très facile de ne pas prononcer le mot et de juste le présenter, indiquer son histoire, son héritage et quel est son impact, surtout en considérant que ces professeurs sont éduqués et qu’ils connaissent la valeur du mot.

Babacar Faye, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa

Dimanche après-midi, les présidents de l’Association des professeur.e.s de l’Université d’Ottawa (APUO) et de l’Association des professeur.e.s à temps partiel (APTPUO) se sont rencontrés pour discuter de cette affaire.

Ils ont convenu d’écrire ensemble une lettre ouverte au recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, pour critiquer la décision de l’administration de l’Université dans ce dossier.

Réaction du recteur Jacques Frémont

Lundi, le recteur de l'Université est intervenu dans le débat. Dans un message envoyé à la communauté universitaire, Jacques Frémont écrit : Nous sommes, comme bien d’autres universités, en train de prendre conscience des diverses manifestations de ce racisme systémique, bien ancrées dans nos façons de faire et nous avons pris l’engagement de travailler à remédier à la situation.

Le recteur Frémont souligne que la liberté d'expression et le droit à la dignité sont deux principes qui doivent être réconciliés.

Dans son message, il a défendu les étudiants qui se sont sentis brimés par la professeure et a rappelé que plusieurs incidents racistes se sont produits sur le campus au cours des dernières années.

Le recteur a ajouté que liberté d’expression et droit à la dignité ne se contredisent pas; ils doivent se compléter et exister l’un en présence de l’autre. C’est l’exercice auquel nous sommes conviés.

La liberté d’expression et la liberté académique sont nécessaires au fonctionnement de toute université. Il faut lutter pour que ces libertés soient omniprésentes dans notre quotidien.

Jacques Frémont, recteur de l'Université d'Ottawa

Jacques Frémont a indiqué que, tout au long des derniers jours, la professeure en question est demeurée une employée de l’Université d’Ottawa.

Le recteur a précisé que la professeure a pu reprendre son cours vendredi dernier. Les étudiants qui le désirent peuvent avoir accès à une autre section du cours afin de poursuivre leur parcours universitaire.

Avec les informations de Jean-François Poudrier

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