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Comment une campagne haineuse en ligne a conduit au meurtre d'un enseignant en France

Des gens se tiennent debout devant des gerbes de fleurs, des chandelles allumées et des pancarte, dont l'une indique «#Je suis prof #Je suis Samuel».

L’entrée de l’école Bois de l'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, le 17 octobre 2020.

Photo : afp via getty images / BERTRAND GUAY

Reuters

Les élèves et parents d'élèves du collège du Bois de l'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, étaient sous le choc samedi au lendemain de la mort de Samuel Paty.

Louant son engagement et sa bienveillance, ils ne s’expliquent pas comment un cours d'éducation civique que le professeur avait déjà donné les années précédentes a pu mener à une campagne dénigrante sur les réseaux sociaux et attiser la haine au point d'amener au meurtre.

Le professeur d'histoire-géographie a été tué vendredi par un jeune homme de 18 ans d'origine tchétchène qui souhaitait le punir pour avoir montré en classe quelques jours auparavant des caricatures du prophète Mahomet, selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard. Au moins neuf personnes sont en garde à vue dans cette affaire.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des fleurs, une chandelle, et des messages sur lesquels on peut lire « Je suis enseignant ».

Hommages et rassemblements en France au lendemain de l’attentat terroriste

Photo : Reuters / CHARLES PLATIAU

Des vidéos dénonçant la présentation par le professeur des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression avaient été mises en ligne quelques jours plus tôt par un père d'élève dont la demi-soeur avait rejoint le groupe armé État islamique en Syrie en 2014, selon le procureur antiterroriste.

On ne peut pas imaginer qu'on puisse en arriver là, a dit à Reuters Cécile Ribet-Retel, membre d'une des associations de parents d'élèves du collège. Cela remet en question le rôle des réseaux sociaux.

Ces mêmes images - notamment la une de Charlie Hebdo au lendemain des attaques de janvier 2015 - avaient pourtant été montrées l'année précédente en classe pour alimenter un débat sur la liberté d'expression, sans que cela ne fasse de vagues, selon Clémence, 13 ans, qui avait alors assisté au cours.

Des fleurs devant les portes du collège au enseignait la victime de l'attentat terroriste.

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a été décapité hier alors qu'il rentrait chez lui.

Photo : Reuters / CHARLES PLATIAU

C’était un prof très drôle. Il faisait des blagues. Il était très impliqué dans ses cours. Et parlait avec beaucoup de joie, dit la jeune fille, munie d'une gerbe de fleurs blanches qu'elle est allée déposer devant les portes de l'établissement où se trouvait d'autres bouquets ainsi que des pancartes à l'effigie : Je suis Samuel ou Je suis enseignant.

Valentin, 14 ans, voyait Samuel Paty une fois par semaine pour des cours de soutien en individuel. Il le décrit comme quelqu'un de très gentil, très conciliant. Il s’exprimait bien, dit-il.

Emballement des réseaux sociaux

La crise commence le 7 octobre, lorsque le père d'une élève publie sur son compte Facebook une vidéo dans laquelle il crie sa colère contre le professeur qui a, selon lui, diffusé en classe une caricature représentant le prophète Mahomet nu, a expliqué le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.

Il rencontre le lendemain la direction de l'établissement pour réclamer le renvoi du professeur, puis publie le soir même une autre vidéo dans laquelle il donne cette fois, le nom de l'enseignant ainsi que l'adresse du collège. Il dépose ensuite une plainte pour diffusion d'images pornographiques.

De jeunes étudiantes assises devant leur école avec des fleurs.

Des dizaines d’élèves et de parents se sont succédé pour déposer des fleurs au pied des grilles du collège du Bois d’Aulne.

Photo : AFP / BERTRAND GUAY

Une autre vidéo intitulée l'Islam et le prophète insulté dans un collège public est publiée le 12 octobre. Le père de l'élève y relate une nouvelle fois les faits.

Une autre personne, que l'on ne voit pas, précise que le président de la République attise la haine envers les musulmans. Cet homme, qui est actuellement en garde à vue, tout comme le père de l'élève, est connu des services de police, précise le procureur.

Certaines vidéos sont relayées par la Grande Mosquée de Pantin. Abdelhakim Sefrioui, membre du conseil des imams de France, apporte son soutien au père de l'élève sur Twitter.

Face aux propos tenus sur les réseaux sociaux, l'enseignant porte plainte pour diffamation.

Des appels menaçants

La direction du collège - qui dit avoir reçu plusieurs appels menaçants à la suite des publications des vidéos - tente alors de calmer la situation.

Elle organise une rencontre avec les parents pour apaiser les tensions et confirme que le professeur avait bien proposé aux élèves qui auraient pu être choqués par les images de sortir de classe.

La vie du collège en avait été bouleversée. Les élèves ne parlaient que de ça, témoigne Sabrina Pruvost, la mère de Valentin.

Alarmé par la viralité des vidéos, le coprésident national de l'association de parents d'élèves FCPE, Rodrigo Arenas, avait alerté le 9 octobre la mairie qui lui a dit avoir prévenu l'Éducation nationale.

Depuis mardi 13 octobre, la situation s'était calmée depuis mardi au sein de l'établissement, selon un membre de la mairie de Conflans-Sainte-Honorine qui n'a pas souhaité être nommé.

Une journée après l'attaque, des centaines de personnes sont venues témoigner leur soutien. Chahinez Senouci, mère d'un élève, avait l'habitude de croiser Samuel Paty à des réunions.

C’était un professeur qui était très attentionné. Il faisait attention à ce que ses élèves suivent bien tout. Ça a été un énorme choc, dit-elle.

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