•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

À Rimouski, de jeunes vies définies par la rafle d'octobre 70

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des soldats montent la garde.

Il y a 50 ans éclatait la crise d'Octobre.

Photo : Radio-Canada

Il y a 50 ans, plus de 400 Québécois sont arrêtés lors de ce qu'on connaît aujourd'hui comme la rafle d'octobre 70. Après Montréal et Québec, c'est à Rimouski qu'on compte le plus d'arrestations. Retour sur ces événements qui ont marqué plusieurs vies dans la région.

En 1970, Richard Amiot est rédacteur en chef du journal étudiant du cégep de Rimouski. À ce titre, disons que j'exerçais une certaine influence sur les étudiants, admet-il.

Un matin, sa mère l'informe que des policiers sont passés chez elle et qu'ils sont à sa recherche.

Je ne suis pas un homme qu'on peut effrayer facilement. Je les attendais très calmement, j'étais très poli, je les ai reçus en les saluant, je leur ai offert du café, mais ils n'en ont pas voulu, raconte-t-il.

M. Amiot affirme que l'objectif de ces arrestations massives était d'effrayer les gens, particulièrement ceux qui réclamaient des changements sociaux.

La volonté du gouvernement Trudeau était d'effrayer les Québécois, ils ont mené une campagne de terreur intellectuelle dans le but de freiner le mouvement nationaliste et les changements sociaux.

Richard Amiot

Or, malgré des interrogatoires qu'il décrit comme assez durs, ni son arrestation ni son séjour d'environ deux semaines en prison ne l'auront effrayé. Au contraire.

Ce que ça a fait, c'est me donner beaucoup de contacts, comme Paul-Eugène Gagnon, qui était alors conseiller syndical de la CSN, Gilles Gauvin et Pierre Jobin, avec qui j'ai collaboré plus tard pour créer des journaux, souligne M. Amiot.

Des soldats surveillent un pont à Montréal après l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre le 16 octobre 1970.

Des soldats surveillent un pont à Montréal après l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre le 16 octobre 1970. C'est cette loi qui permet l'arrestation de centaines de Québécois, sans mandat d'arrestation.

Photo : La Presse canadienne

Il précise que, contrairement à d'autres, au moment de son arrestation, il n'était pas un militant dont la voie était déjà bien définie. Mais les rencontres qu'il fait en prison marquent un tournant décisif dans sa vie.

Ça a défini mon chemin. Un an plus tard, je créais un premier journal appelé La Lutte qui a connu seulement deux parutions, dit-il en riant. Ensuite, un autre journal qui s'est appelé Québec Est puis plus tard, un autre qui s'appelait Nouvel Est où j'étais journaliste.

Mon parcours s'est tracé à ce moment-là à cause des contacts établis en prison. Ça a donné une impulsion nouvelle aux gens qui se sont dits "on ne peut pas rester à rien faire".

Richard Amiot

Pour M. Amiot, il ne fait aucun doute que la rafle d'octobre 70 est un échec sur le plan politique. Loin de freiner l'agitation sociale, il estime que les arrestations ont plutôt servi de déclencheur de mobilisation.

Il n'est d'ailleurs pas le seul pour qui la rafle a eu un impact déterminant.

L'ex-député bloquiste dans la Matapédia, René Canuel, qui était alors enseignant à la polyvalente d'Amqui, affirme que son arrestation a influencé ses convictions politiques.

Je suis devenu souverainiste un peu avant, en 68-69, mais ça m'a confirmé qu'il fallait faire quelque chose chez nous et décider par nous-mêmes. Je me suis senti révolté à cause des arrestations, se souvient-il.

René Canuel est assis à une table devant de vieux journaux.

L'ex-député du Bloc Québécois, René Canuel (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-françois Deschênes

M. Canuel estime que ces arrestations, qu'il qualifie d'injustifiées, ont nui au Québec et au Parti québécois, puisque plusieurs ont cru que les péquistes étaient associés aux felquistes.

Il se décrit d'ailleurs toujours comme un souverainiste, mais croit qu'il faudra attendre encore plusieurs années avant que les Québécois ne soient prêts à voter oui lors d'un éventuel référendum.

Octobre 70, ça fait un demi-siècle. On arrive au bout d'une histoire et on en commence une nouvelle, avec de nouvelles questions.

Richard Amiot

Encore aujourd'hui, les raisons de l'arrestation de M. Amiot demeurent pour lui un mystère.

Ce n'est toutefois pas le cas de Bernard Potvin, de Mont-Joli, arrêté alors qu'il imprimait le journal Le Rimouskois.

Il croit que les policiers ont profité des mesures d'urgence pour arrêter quelques personnages dérangeants. Je ne le pense pas, j'en suis certain. Ils en ont profité un peu pas mal, affirme-t-il.

Ça brassait un peu à Mont-Joli à cause des motards, et j'en ai fait partie un peu. À ce moment-là, on n'analysait pas trop, mais aujourd'hui, tu comprends la dynamique qui se développait, ajoute M. Potvin.

Il explique que quelques jours avant son arrestation, ses amis et lui s'étaient disputés avec des partisans libéraux dans un bar. On s'est pas battus, mais on étaient tous debout, raconte-t-il. Le lendemain, on a commencé à se faire photographier, alors j'ai dit à mon frère : on va se faire arrêter.

La liberté, c'est fragile. Le monde ne sait pas à quel point c'est précaire.

Bernard Potvin

Après Montréal et Québec, c'est à Rimouski où le plus d'arrestations sont survenues en octobre 1970.

Rimouski est une ville qui est considérée un peu à gauche, explique l'historien et chroniqueur au journal Le Soir, Richard Saindon.

Il y avait une base souverainiste ici, c'est certain, mais il n'y avait pas de cellule du FLQ à Rimouski, ajoute-t-il, précisant que les arrestations n'étaient basées que sur des soupçons. De toute façon, la Loi sur les mesures de guerre permettait des arrestations sans mandat et sans aucun motif, rappelle l'historien.

Bien qu'il soit difficile, encore aujourd'hui, de connaître les chiffres exacts, M. Saindon estime que les autorités ont procédé à 53 arrestations au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, dont 25 à Rimouski.

Avec des informations de Michel-Félix Tremblay

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !