•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Libanais marquent le 1er anniversaire de leur « révolution »

L'immense statue de métal flirte avec les flammes. Dans le fond, on aperçoit les restes de l'immense silo à grain détruit récemment.

Des manifestants se sont réunis autour d’une sculpture en métal épelant le mot « révolution » et surmontée de flammes lors d'une manifestation près du port de Beyrouth.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Agence France-Presse

Plusieurs centaines de Libanais ont défilé, samedi à Beyrouth, pour marquer le premier anniversaire d'un soulèvement populaire inédit, déclenché contre une élite politique accusée de corruption et d'incompétence sans toutefois entraîner de véritables changements dans un pays en plein effondrement économique.

En soirée, des heurts ont éclaté dans le centre-ville aux abords de la place des Martyrs et du Parlement, une poignée de manifestants lançant des pierres sur les forces de l'ordre qui ont tiré des gaz lacrymogènes, a rapporté un photographe de l'AFP.

Deux gouvernements ont démissionné depuis le début de la contestation le 17 octobre 2019. Mais les mêmes politiciens, souvent d'anciens seigneurs de la guerre civile (1975-1990), les mêmes partis et les mêmes familles patriciennes monopolisent toujours le pouvoir.

Tous veut dire tous, ont scandé les protestataires pendant des semaines, réclamant le départ de l'ensemble de la classe politique, avant que leurs rassemblements ne s'essoufflent.

Vue de haut d'une manifestation où les protestataires font face à la police.

Les rassemblements monstres des débuts sont devenus au fil des mois sporadiques et ont été violemment dispersés.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Pendant des semaines, la contestation qui mobilisait certains jours des centaines de milliers de personnes, avait réclamé le départ de l'ensemble de la classe politique. Avant que les rassemblements, souvent violemment réprimés, ne s'essoufflent au fil des mois, dans un Liban éreinté par la crise économique.

Samedi, quelques centaines de manifestants brandissant des drapeaux libanais ont commencé à rallier le centre de Beyrouth et l'emblématique place des Martyrs, épicentre de la contestation où retentissaient des chants patriotiques diffusés par des haut-parleurs, a constaté un photographe de l'AFP.

Brandissant des drapeaux libanais et des torches allumées, ils ont convergé en soirée vers le port pour commémorer l'explosion cataclysmique du 4 août ayant fait plus de 200 morts et 6500 blessés. En route, ils ont observé une minute de silence.

Une sculpture en métal représentant une torche, sur laquelle était gravé en arabe révolution du 17 octobre a ensuite été allumée à 18h07, heure exacte à laquelle, le 4 août, Beyrouth basculait dans l'enfer.

Le 17 octobre 2020, le jour où l'étincelle est devenue une flamme qui ne s'éteindra pas. Nous continuerons jusqu'au dernier souffle (...) nous poursuivrons la révolution.

Sami Saab, un des organisateurs

Depuis un an, on est dans la rue pour porter des revendications sociales et économiques, et rien n'a changé, lâche le septuagénaire Abed Sabagh, rencontré sur la place des Martyrs. Notre revendication, c'est le changement de la classe politique corrompue, qui continue à se disputer les postes et les sièges, martèle-t-il.

Les racines de la colère

La contestation avait éclaté en raison d'une taxe gouvernementale sur l'utilisation de l'application WhatsApp. Si les autorités ont rapidement supprimé cette mesure, le soulèvement avait gagné l'ensemble du pays, illustrant un ras-le-bol généralisé contre un système sclérosé et des services publics quasi inexistants.

Depuis un an, le pays traverse une grave crise économique marquée par un effondrement de la monnaie nationale et des restrictions bancaires draconiennes sur les retraits et les transferts à l'étranger.

À cela s'ajoutent des dizaines de milliers de licenciements et des coupes salariales dans un pays où désormais la moitié de la population vit dans la pauvreté.

Les difficultés ont aussi été accentuées par la pandémie de COVID-19.

Tout au long d'une année catastrophe, les griefs et les demandes légitimes des Libanais n'ont pas été entendus [...] Tout cela a encore aggravé le manque de confiance des Libanais envers leurs dirigeants.

Jan Kubis, coordinateur spécial de l'ONU pour le Liban

Changement dans la continuité?

Mais la classe politique est toujours là, absorbée par des marchandages interminables pour former un gouvernement et ignorant les appels de la communauté internationale à des réformes.

Le gouvernement de Hassan Diab a démissionné dans la foulée de l'explosion, dont la responsabilité est imputée par une grande partie de l'opinion à l'incurie des dirigeants.

De l'aveu même des autorités, l'explosion a été provoquée par une énorme quantité de nitrate d'ammonium, stockée depuis plus de six ans sans mesures de précaution.

Initialement prévues jeudi, des consultations parlementaires visant à désigner le futur chef du gouvernement ont été reportées d'une semaine.

Ma main est toujours tendue pour travailler ensemble et concrétiser les appels à des réformes, a réitéré samedi sur Twitter le président Michel Aoun, les contestataires ayant souvent rejeté ses invitations.

Quant à Saad Hariri, ancien premier ministre qui avait démissionné à l'automne 2019 quand les manifestations battaient leur plein, il se dit désormais disposé à prendre la tête d'un nouveau gouvernement.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !