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COVID-19 : le PDG de Costco n'aurait pas dû être exempté de quarantaine, dit Ottawa

Craig Jelinek lors d'une conférence de presse en octobre 2019 dans le Nebraska.

Le PDG de Costco, Craig Jelinek, a visité le Canada avec un autre dirigeant de l'entreprise pour une visite de trois jours en magasin en août. L'Agence des services frontaliers du Canada a déclaré que les deux hommes n'étaient pas admissibles aux exemptions de quarantaine et n'auraient pas dû être autorisés à entrer dans le pays. Ils sont arrivés le même jour que trois autres dirigeants américains qui ont obtenu des exemptions similaires.

Photo : Associated Press / Nati Harnik

CBC

En août dernier, le président-directeur général américain de Costco a obtenu une exemption spéciale à la quarantaine obligatoire de 14 jours pour prévenir la propagation de la COVID-19 au Canada. Il était venu pour assister à l'ouverture des nouveaux points de vente de la chaîne d'épicerie, selon une enquête de CBC.

Craig Jelinek et un autre haut dirigeant de l'entreprise, Joe Portera, se sont rendus au Canada à bord d'un jet privé Gulfstream à la fin du mois d'août pour une tournée éclair de trois jours en magasin qui les a emmenés en Ontario, au Québec et en Alberta — les épicentres de l'épidémie du nouveau coronavirus au pays.

Le duo a atterri pour la première fois à l'aéroport international d'Ottawa le 25 août. Le même jour, le PDG milliardaire d'Uline Inc. et deux de ses cadres supérieurs ont obtenu des exemptions de quarantaine similaires, après leur arrivée en jet privé à l'aéroport international Pearson de Toronto.

Dans les deux cas, les dirigeants d'entreprise ont été autorisés à entrer au pays et à sauter la période d'auto-isolement de deux semaines puisqu'ils étaient des travailleurs essentiels — des décisions que le gouvernement fédéral qualifie désormais d'erreurs commises par les agents de première ligne de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, qui supervise l'ASFC, a promis de résoudre le problème après un reportage de CBC le 16 septembre documentant la visite sans quarantaine que les dirigeants d'Uline ont effectuée à l'entrepôt de l'entreprise à Milton, en Ontario. M. Blair a refusé une demande d'entrevue sur les exemptions de Costco et les mesures qu'il a prises depuis.

Bill Blair avec un écouteur sur l'oreille droite, devant des drapeaux du Canada.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, le 20 avril 2020 à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Leur voyage a été jugé essentiel alors qu'il n'aurait pas dû l'être, a écrit le bureau du ministre dans un courriel concernant les visites aux différents magasins Costco. Les décisions d'admissibilité sont prises par les agents des services frontaliers en fonction des informations qui leur sont fournies.

John Ossowski, président de l'ASFC, a également refusé une demande d'entrevue. Une porte-parole de l'agence a confirmé que M. Jelinek et M. Portera, vice-président directeur de Costco, n'étaient pas admissibles aux exemptions de quarantaine et n'auraient pas dû être autorisés à entrer au Canada.

Un examen ultérieur des informations a conclu que le voyage des cadres de Costco aurait dû être classé comme discrétionnaire et l'entrée, refusée en vertu des restrictions de voyage en place à l'époque, a-t-elle écrit dans un communiqué envoyé par courriel.

L'opposition se demande s'il y a eu d'autres erreurs

La députée conservatrice Shannon Stubbs, porte-parole de l'opposition en matière de sécurité publique et de protection civile, estime que le ministre Blair et le gouvernement doivent être plus transparents sur les décisions qui sont prises à la frontière — surtout que plus d'un million de Canadiens ont été forcés de s'isoler après leur retour de l'étranger, selon l'ASFC.

Il semble y avoir un double standard appliqué aux milliardaires, aux personnes très connectées, riches et prospères, tandis que d'autres Canadiens pourraient ne pas être en mesure de faire la même chose pour leurs petites entreprises. D'autres ne peuvent pas retrouver les membres de leur famille lorsque des proches sont sur leur lit de mort, souligne-t-elle.

Mme Stubbs se demande également combien d'autres dirigeants d'entreprise ont obtenu par erreur des exemptions de quarantaine depuis la fermeture des frontières en raison de la pandémie à la mi-mars.

Il y a un manque de transparence, de clarté et, franchement, un refus du ministre de répondre aux questions. Vous savez, les Canadiens s'interrogent sur la compétence, la capacité et la cohérence au sein du système, a-t-elle déclaré.

Costco a confirmé que M. Jelinek et M. Portera avaient assisté à l'ouverture de nouveaux magasins à Sherbrooke au Québec et à Gloucester en Ontario, les 26 et 27 août, en plus de visiter le siège social canadien de l'entreprise à Ottawa pour une réunion.

Le Costco de Gloucester vu de soir.

La cérémonie d'ouverture du nouveau magasin Costco de Gloucester a eu lieu le 27 août.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

La société a déclaré que le duo s'était également rendu à Calgary dans l'après-midi du 27 août, mais n'avait pas assisté à l'ouverture d'un magasin local le lendemain matin, se limitant plutôt à leur chambre d'hôtel. Tous deux sont retournés aux États-Unis le 28 août. M. Jelinek s'est rendu directement vers la région de Seattle, où se trouve le siège social de Costco, alors que M. Portera est revenu à Ottawa à bord d'un autre jet privé transportant un certain nombre de cadres canadiens avant de se rendre chez lui près de Washington.

M. Jelinek et M. Portera sont arrivés au Canada en étant prêts à retourner aux États-Unis s'ils n'étaient pas autorisés à entrer au Canada, a déclaré Stuart Shamis, conseiller juridique canadien de Costco, dans une déclaration écrite à CBC. Ils ont répondu à toutes les questions qui leur ont été posées par les responsables gouvernementaux présents. Ils ont passé en revue leurs plans de voyage avec ces responsables, notamment le respect de tous les protocoles COVID-19 pendant leur séjour au Canada. Cela comprenait la distanciation sociale et le port de masques.

Costco et l'Agence des services frontaliers du Canada ont déclaré qu'il n'y avait pas eu de discussions préalables ou d'approbation donnée pour le voyage.

La société a déclaré que M. Jelinek et M. Portera ont obtenu des résultats négatifs à la COVID-19 depuis le début de la pandémie et que ni l'un ni l'autre n'assisteront à l'ouverture d'un nouveau magasin à Niagara Falls en Ontario à la mi-novembre.

Des règles aux frontières plus strictes, mais la confusion persiste

Le bureau du ministre Blair et l'ASFC ont déclaré que les procédures à la frontière ont été resserrées depuis que la nouvelle des exemptions d'août est apparue. De nouvelles directives ont été publiées et une ligne de soutien 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, a été établie pour permettre aux agents de signaler toute personne de haut niveau tentant de pénétrer au Canada, a déclaré le porte-parole de Blair.

La porte-parole du ministre soutient que les nouvelles lignes directrices fonctionnent et que l'agence a depuis refusé les cas d'entrée au Canada prévue par des cadres pour des déplacements discrétionnaires similaires, mais a refusé de fournir des détails.

L'ASFC n'a pas été en mesure de dire exactement combien de dirigeants d'entreprise ont été refoulés en vertu des lignes directrices révisées, indiquant à CBC que l'agence n'enregistre pas systématiquement les détails sur le titre ou la description de poste d'un voyageur.

Les instructions destinées aux agents frontaliers ont fréquemment changé depuis le début de la pandémie. Un aide-mémoire simplifié pour les agents, basé sur ces directives en évolution, suggère que les propriétaires étrangers d'entreprises canadiennes pourraient être autorisés à entrer dans le pays et exemptés de la quarantaine selon les circonstances.

Barbara Jo Caruso, une avocate spécialisée en immigration qui représente un certain nombre d'entreprises basées aux États-Unis, souligne que le gouvernement fédéral avait défini 15 catégories d'exemptions de quarantaine, mais qu'il était pratiquement impossible d'essayer de savoir comment et quand les règles s'appliquent.

Il y a sur le site web un lien vers les industries essentielles, mais il est ouvert à l'interprétation, et comme l'Agence de santé publique du Canada n'a pas répondu aux courriels, il a été laissé à l'ASFC à la frontière de prendre cette décision, explique Mme Caruso.

Les règles semblent avoir été durcies ces dernières semaines, constate Mme Caruso. Un cadre d'une entreprise qu'elle représente s'est fait refuser l'accès à la frontière récemment, alors que la confusion continue.

Nous ne savons pas qui est le décideur. La santé publique pointe vers l'ASFC. L'ASFC pointe vers la santé publique, a-t-elle déclaré.

C'est une situation qui ne devrait pas persister, sept mois après le début de la pandémie, alors que les entreprises ont encore du mal à trouver leur chemin, estime l'avocate. Le public a besoin de savoir quels sont les critères. Il doit y avoir une certaine transparence et nous devons savoir quel est le processus.

Avec les informations de Jonathon Gatehouse, Madeline McNair et Albert Leung de CBC

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