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40 nouveaux magasins de cannabis par mois en Ontario, deux ans après la légalisation

Intérieur du magasin Highlife.

Highlife est l'un des deux seuls magasins de cannabis de Sudbury, dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Deux ans après la légalisation, le marché du cannabis connaît un nouvel essor en Ontario. Depuis ce printemps, le nombre de magasins privés a quadruplé dans la province en raison de nouvelles réglementations.

En avril, le gouvernement a supprimé la limite du nombre de magasins et allégé les exigences de qualification pour les potentiels détaillants. Aussi, au moment d’écrire ces lignes, 200 commerces ont l’autorisation d’avoir pignon sur rue, alors que la province comptait 53 succursales en mars.

Et le gouvernement n'a pas dit son dernier mot : la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario analyse actuellement plus de 700 projets de magasins privés dans la province. Celle-ci est mandatée d'autoriser 40 nouvelles succursales chaque mois depuis l'automne, soit le double du rythme initial.

Carte des magasins de cannabis de l'Ontario.

Le nombre de demandes de magasin en cours d'étude surpasse largement les magasins autorisés à ouvrir en Ontario.

Photo : CAJO

En comparaison, le Québec compte 46 succursales de la Société québécoise du cannabis, et espère atteindre 70 points de vente d’ici la fin mars. L'Alberta, elle,trône au sommet des provinces ayant le plus de magasins de cannabis avec plus de 500 points de vente pour une population de moins de 5 millions de personnes.

Pour expliquer ses nouvelles politiques, le gouvernement ontarien soutient vouloir lutter contrer le marché illégal, qui représente 81 % des ventes lors de la dernière année financière.

En décembre, moment où la province a annoncé sa décision de migrer vers un marché plus ouvert, le procureur général de l'Ontario Doug Downer a martelé avoir toujours dit que l'ouverture de davantage de magasins légaux est le moyen le plus efficace de lutter contre le marché illégal, de protéger nos enfants et de protéger nos communautés.

Le système ontarien

En Ontario, seule la Société ontarienne du cannabis (SOC), un organe public, a le droit de vendre des produits de cannabis en ligne. Elle fait aussi office de grossiste et de distributeur exclusif pour des magasins de vente au détail, qui sont tous privés.

L’an dernier, la SOC et les détaillants ont vendu pour 385 M$ de produits du cannabis, tels que des boissons, des semences, ou encore des fleurs séchées.

Des commerçants à la conquête de l’Ontario

À Sudbury, dans le nord de l’Ontario, deux détaillants de cannabis ont obtenu la permission d’ouvrir une succursale depuis la légalisation : Highlife et Canna Cabana. Mais depuis la réforme du gouvernement Ford, sept nouvelles compagnies ont déposé une demande afin d’obtenir une licence d’exploitation.

Felicia Fahey, gérante du Highlife Sudbury, ne s'inquiète pas de cette nouvelle concurrence. La plupart des entrepreneurs du monde du cannabis légal sont excités de voir le marché croître, que ce soit nos magasins ou les magasins des autres, dit-elle.

La gérante soutient que le marché peut encore soutenir de nouveaux joueurs. Elle rappelle qu'il y a près de 700 LCBO qui vendent de l'alcool dans la province.

Nous n’avons pas peur de la compétition. [...] Nous sommes contents de couper l’herbe sous le pied du marché noir et ça, c’est gagnant pour tout le monde.

Felicia Fahey, gérante du High Life
Felicia Fahey devant le Highlife Sudbury.

Avant d'œuvrer dans le domaine du cannabis légal, Felicia Fahey travaillait à la LCBO.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Si la bannière Highlife ne compte qu’une seule succursale, la compagnie prévoit déjà ouvrir plusieurs magasins dans le sud de l’Ontario.

Son de cloche similaire à Canna Cabana, qui compte déjà six succursales un peu partout dans la province.

Évidemment, il y a eu des avantages à œuvrer dans un marché restreint. C’est un avantage d’être un des seuls magasins en ville. Mais je ne pense pas que c’est le futur du cannabis, et je ne pense pas que c’est ce que les consommateurs de cannabis souhaitent, dit Andy Palalas, chef des revenus de High Tide, compagnie mère de Canna Cabana.

On a toujours eu l’ambition d’avoir davantage de magasins. Avec le système de loterie, on a dû patienter. [...] Mais il n’y a pas de doutes : dans les deux prochaines années, vous verrez des succursales Canna Cabana dans toutes les grandes villes de l’Ontario.

Andy Palalas, chef des revenus de High Tide, compagnie mère de Canna Cabana

Conquérir… le marché noir?

Le professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu craint que la stratégie ontarienne de légalisation favorise l'économie au détriment de la santé publique.

L’enjeu, c’est de délaisser les objectifs de santé publique pour en faire des objectifs de rentabilité économique, comme on a vu avec l’alcool, comme on a vu avec le jeu dans certains gouvernements, avance-t-il.

Selon lui, permettre à une quarantaine de magasins d’ouvrir chaque mois est imprudent et ne suit pas les impératifs d’une analyse fine de santé publique .

Il faut bien cibler ce qui doit être fait pour aller chercher les consommateurs qu’il faut encore aller chercher [qui consomment encore sur le marché noir, NDLR]. [...] C’est peut-être en partie en ouvrant de nouveaux magasins de cannabis, mais c’est aussi en améliorant le système de livraison, en offrant de meilleurs prix, sans aller trop bas non plus.

Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Serge Brochu, professeur émérite à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, tient un discours similaire. Selon lui, le marché légal doit s’assurer de rendre accessible des produits du cannabis diversifiés et de bonne qualité, sans toutefois les promouvoir.

Il s'agit d'un défi d'autant plus difficile à relever dans un modèle partiellement privé comme celui de l'Ontario, où pour faire du profit, il faut soit augmenter le nombre de consommateurs, soit en augmenter la consommation.

Le cannabis n’est pas un produit neutre comme un livre. Pour toute substance psychoactive comme l’alcool, le cannabis ou la cocaïne, il y a des dangers de dépendance et il faut faire attention. On ne peut pas promouvoir de façon trop excessive la consommation.

Serge Brochu, professeur émérite à l’École de criminologie de l’Université de Montréal

Ultimement, il faudra patienter quelques années avant de voir si la stratégie de l’Ontario est efficace, selon l’économiste Ianik Marcil. De façon générale en politique publique, on expérimente toujours un peu. [...] On se dit : "Voici une bonne idée, on va voir ce que ça va donner". [...] On y va avec des principes de base, et après ça, on regarde les résultats, conclut-il.

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