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Ketty Nivyabandi, de sans-abri à cheffe d’Amnistie internationale au Canada

Cinq ans après avoir fui le Burundi sous les balles, Ketty Nivyabandi, nouvelle secrétaire générale de la section anglophone d’Amnistie internationale au pays, revient sur son parcours extraordinaire.

Ketty Nivyabandi.

Ketty Nivyabandi est la nouvelle secrétaire générale de la section anglais d’Amnistie International Canada.

Photo : Soumis par Ketty Nivyabandi

Radio-Canada

En 2015, le Burundi est à feu et à sang. Le président d’alors, Pierre Nkurunziza, tente de forcer un troisième mandat, alors que les lois de ce pays d'Afrique de l'Est lui interdisent de se représenter. Des manifestations éclatent, réprimées violemment par le régime.

Ketty Nivyabandi s’en souvient comme si elle avait fait ses bagages la veille. Elle était une instigatrice de ces manifestations.

La marche que j’avais organisée, il y avait des risques terribles. Nous étions sous des tirs de gaz, la majorité des gens qui étaient dans la rue à ce moment-là se faisaient tirer dessus et en mourraient, raconte-t-elle à l’émission.

Réfugiée du jour au lendemain

Avec ses deux enfants dans les bras, elle n’a d’autre choix que de fuir la terre qui l’a vue grandir.

J’ai quitté ce pays quelques jours après les marches. Je suis devenue réfugiée du jour au lendemain. Vous quittez votre maison et n’y revenez plus. Je pensais partir pour quelques jours et ça fait maintenant cinq ans.

Du Burundi à Calgary, l’atterrissage est brutal : J’ai fait ma demande d’asile en arrivant. [...] Vous arrivez sans rien. Vous êtes sans-abri, dans des logements pour des personnes qui n’ont pas de résidence. [...] On peut se retrouver dans ces maisons-là pendant des mois.

Journaliste, militante, poétesse... et sans-abri. J’ai vécu dans ces conditions-là avec mes enfants et ça m’a permis de voir ce que c’était, que d’être réfugié au Canada, que d’être une personne avec de très faibles ressources et de voir la vie d’un côté que la majorité de Canadiens peut-être ne voit jamais.

Du racisme systémique au Canada

Après le choc de l’arrivée, elle rencontre le mur du marché du travail. Il y a encore du racisme systémique au Canada. Lorsque je faisais des demandes d’emplois pour des postes pour lesquels j’étais qualifiée, je n’avais rien, aucun retour. Parce que je n’avais pas d’expérience canadienne ou parce que mon nom sortait un peu de l’ordinaire. Ce sont des réalités qui sont présentes et qui pèsent.

Elle rêve d’une société canadienne plus inclusive, et qui met les droits humains en priorité, que ce soit au pays ou sur la scène internationale.

Ketty Nivyabandi est la première femme noire à diriger l’organisme. Après avoir franchi ces obstacles qui se dressaient devant elle, elle veut se servir de son parcours pour aider les plus fragiles.

Je suis une passionnée de la justice. Je l’ai toujours été, pose-t-elle, déterminée. À l’émission Matins sans frontières, elle dit savoir ce que c’est que de risquer sa vie pour exprimer ses opinions ou pour défendre les droits des autres.

Et elle n’a pas dit adieu à son pays : Non, je refuse de faire le deuil [...] Mon pays n’est pas mort, son peuple est vivant, son cœur est vivant [...]. Par contre, l’exil on le vit véritablement comme un deuil. Maintenant, après cinq ans, j’arrive à reprendre ma vie, un petit peu ou à imaginer d’autres possibilités à ma vie, mais je me refuse absolument à tourner la page, ce sera toujours mon pays et il se relèvera.

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