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Noeud coulant à Grande Prairie : Le médecin responsable devant le comité disciplinaire

Le Dr Wessels est accusé d’avoir « nui à l’intégrité de la profession médicale par sa conduite ».

Un noeud coulant accroché sur une porte.

Un chirurgien de l'Hôpital de Grande Prairie a collé sur la porte d'un bloc opératoire un noeud coulant où devait travailler un collègue noir, en juin 2016.

Photo : Photo envoyée par la Dre Carrie Kollias

Le Dr Wynand Wessels affirme qu’il ignorait la connotation raciste de son geste lorsqu’il a accroché un noeud coulant à la porte d’un bloc opératoire de l’Hôpital Queen Elizabeth II, contrairement à ce qu’allèguent les plaignants. Quatre ans après l’incident, le Collège des médecins et chirurgiens de l’Alberta (CPSA) doit décider s’il sera sanctionné.

Le Dr Wessels, un chirurgien blanc de l’Hôpital de Grande Prairie, reconnaît avoir accroché un noeud coulant sur la porte d'une salle d’opération, le 24 juin 2016.

Un de ses collègues affirme l’avoir entendu dire que c’était pour un aide-chirurgien noir qui travaillait dans cette salle ce jour-là, le Dr Oduche Onwuanyi, mais le Dr Wissels jure que ce n'est pas le cas.

Le CPSA a convoqué le Dr Wessels à une audience disciplinaire le 16 septembre 2020. Le comité disciplinaire a plusieurs sanctions à sa disposition, allant jusqu’à la révocation du permis de pratique du Dr Wessels.

Ce n’était absolument pas un symbolisme haineux, assure le chirurgien

Le Dr Wessels a reconnu que c’était une blague stupide et mal pensée, mais assure qu’il n’avait aucune intention d’évoquer les lynchages, le Klu Klux Klan, ni même la pendaison.

Le chirurgien, originaire d’Afrique du Sud, affirme qu’il ignorait même que le noeud coulant était un symbole raciste.

Sous serment, vendredi, il a expliqué qu’il voulait plutôt évoquer un lasso, et un exercice qu’il a appris dans sa jeunesse, qui consistait à attacher les enfants qui ne s’entendent pas ensemble pour les réconcilier.

C’était une plaisanterie légère, rien de sinistre, a-t-il plaidé.

Il raconte que ce matin-là, il discutait avec une infirmière qui se plaignait du manque de discipline et de respect dans l’équipe de chirurgie orthopédique. Le Dr Wessels lui aurait alors parlé de l’exercice de réconciliation de son enfance. L’infirmière en question a corroboré ses propos dans une déclaration au CPSA.

Le chirurgien dit avoir accroché le noeud sur la porte du bloc opératoire 4 parce qu’il savait que cette infirmière le verrait et comprendrait la référence.

Le Dr Wessels a insisté à plusieurs reprises sur le fait que le noeud coulant n’a pas les mêmes connotations en Afrique du Sud, mais il a admis en contre-interrogatoire qu’il savait que c’était un symbole associé au châtiment des criminels.

L’exécution par pendaison a existé jusqu’en 1992 en Afrique du Sud. 95 % des personnes exécutées pendant l’apartheid étaient noires.

Deux versions d’une conversation

Un collègue du Dr Wessels, le Dr Scott Wiens, a aperçu le noeud sur la porte. Dans une entrevue avec CBC cet été, il a raconté que lorsqu’il a demandé : c’est pour qui?, le Dr Wessels a répondu : pour ton assistant .

Lors de son audience, le Dr Wessels a affirmé que le Dr Wiens lui a plutôt demandé si c’était pour l’assistant en question, et qu’il a répondu : c’est pour tout le monde qui ne se comporte pas bien, y compris lui.

Le Dr Wiens et un autre docteur ont signalé qu’ils avaient trouvé le geste du Dr Wessels offensant. Le Dr Wessels dit aussi qu’il est allé en parler à ses supérieurs de son propre chef le jour même.

Il a expliqué au comité disciplinaire qu’un représentant de Services de santé Alberta (AHS) lui a dit d’écrire une lettre d’excuses aux deux personnes offensées pour clore l’affaire, ce qu’il a fait.

Le Dr Wessels dit que le Dr Onwuanyi ne lui a pas donné l’impression qu’il s’était senti offensé.

L’aide-chirurgien s’est senti menacé

Dans une déclaration écrite, l’aide-chirurgien dit qu’il n’a pas eu de franche discussion avec le Dr Wessels au sujet de l’incident. En réponse à une question de l’enquêteur du CPSA, il a affirmé qu’il avait perçu le noeud comme une menace, une insulte raciale, une insulte envers les personnes noires en particulier qui avait pour but d’intimider.

Sous serment, le Dr Wessels a dit qu’il ne se voyait pas comme le supérieur du Dr Onwuanyi et qu’il ne croyait pas qu’il y avait un déséquilibre de pouvoirs dans leur relation.

Il toutefois reconnu qu’il avait déjà eu un conflit avec le Dr Onwuanyi, qui a dégénéré au point où il a demandé à ne plus l’avoir comme assistant dans ses opérations chirurgicales pendant un certain temps. Il affirme cependant qu’ils étaient en bons termes au moment de l’incident.

Une enquête indépendante en cours

Au moins trois plaintes officielles ont été déposées au sujet de l’incident au cours des quatre années qui l’ont suivi. Ce n’est qu’en 2020, après un article de CBC, que l’affaire et son manque apparent de répercussions ont commencé à attirer l’attention du public.

Le 3 juillet dernier, le ministre de la Santé de l’Alberta a ordonné une enquête indépendante sur la gestion de l’incident par AHS. Le rapport sera remis au ministère le 31 décembre et rendu public.

Le Dr Wessels a reconnu avoir brisé le code d’éthique du CPSA en posant un geste qui peut être vu comme raciste. Le CPSA doit décider de la gravité de son geste et de la sanction qu'il mérite.

Aucun témoin n'a été entendu pendant l'audience, même si des déclarations écrites et des propos de témoins ont été mentionnés plusieurs fois. Questionné à ce sujet, le CPSA a répondu qu'il ne serait pas approprié de commenter un processus « quasi judiciaire » en cours.

Le comité disciplinaire promet de rendre une décision aussi promptement que possible.

Avec des informations de Jennie Russell et Charles Rusnell

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